Congélation d'ovocytes : et si on relançait le débat en France ?

Congélation d'ovocytes : et si on relançait le débat en France ?

SANTÉ - Aux Etats-Unis, Facebook et Apple vont faciliter la congélation d'ovocytes pour leurs employées. Au-delà de ces projets polémiques, metronews s'est penché sur la question de la conservation ovocytaire de convenance. Autorisée dans de nombreux pays, elle reste interdite en France.

Retarder son horloge biologique au profit de sa carrière ? Du Japon à l'Espagne, de nombreux pays offrent aux femmes la possibilité de congeler leurs ovocytes afin de pouvoir faire des enfants plus tard. Et ce, contrairement à la France, même sans motifs médicaux. Les Américains Facebook et Apple vont même désormais, selon la chaîne NBC News, aider leurs employées à vitrifier ces cellules sexuelles qui peuvent évoluer en ovules : les deux entreprises prendraient en charge jusqu'à 20.000 dollars des frais (le coût de deux prélèvements outre-Atlantique environ). Au nom, disent-elles, de l'égalité hommes-femmes.

L'initiative a fait réagir jusqu'à notre ministre de la Santé. Mercredi, Marisol Touraine s'est dite "préoccupée" par ces projets , estimant que la question relevait du domaine "médical, éthique". Ce n'est certainement pas un débat pour directeurs des ressources humaines", a-t-elle souligné. Tout en se gardant bien de s'exprimer plus largement sur la question de la conservation ovocytaire de convenance. Car en France, ce débat est figé.

Contrer les effets du temps sur la fertilité

Depuis 2011, la congélation des ovocytes y est autorisée pour les seules femmes atteintes de maladies dont les traitements, par exemple la chimiothérapie lors d'un cancer, peuvent menacer la fertilité. Autre possibilité surprenante : l'autoconservation est accordée à celles qui, en échange, font un don pour traiter une autre femme stérile. "Un chantage inacceptable" pour le Collège national des gynécologues et obstétriciens français. Fin 2012, le CNGOF s'était prononcé en faveur de la généralisation de l'autoconservation des ovocytes. "Pour des raisons sociétales et de santé", nous explique son président, Bernard Hédon.

Aujourd'hui, constate-t-il, "les femmes retardent de plus en plus l'âge de la procréation (NDLR : selon l'Insee , l’âge moyen des mères à l’accouchement était de 30,3 ans en 2013, contre 26 ans dans les années 1970). Résultat, elles essaient souvent d'avoir un enfant à 38-40 ans et n'y arrivent pas. Elles ont donc recours à la fécondation in vitro avant que beaucoup, car ces tentatives sont souvent vaines, n'aient recours au don d'ovocytes à l'étranger." Donner la possibilité de congeler leurs ovocytes entre 25 et 35 ans pourrait donc éviter à beaucoup d'entre elles ces parcours du combattant.

"Un bébé quand je veux"

Mais depuis cette prise de position il y a deux ans, rien. "En haut lieu, il y a des blocages, déplore Bernard Hédon, sans doute car le problème de la congélation des ovocytes se télescope avec les vifs débats sur la PMA hors indications médicales. Les deux n'ont rien à voir, mais cela peut expliquer que le gouvernement n'y mette pas la moindre phalange." Sans compter, souligne le professeur, le coût pour la Sécurité sociale que pourrait engendrer l'ouverture d'un tel droit.

"Un bébé quand je veux", clamaient autrefois celles qui se battaient pour l'accès à la contraception. En France, les féministes appellent aujourd'hui à changer les règles sur la congélation des ovocytes. Si elle s'oppose aux projets de Facebook et d'Apple, car ils "contribuent à entretenir l'image de la femme enceinte fardeau pour l'entreprise", Anne-Cécile Mailfert, la porte-parole d'Osez le féminisme, considère ainsi que ce serait "une avancée" face à "la problématique de l'infertilité des femmes". "Notre ministre de la Santé étant également ministre des droits des femmes, on espère qu'elle se penchera sur cette question". Le débat est ouvert.

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