Contestation dans les universités : "La note de 10/20 attribuée automatiquement à tous les étudiants, c’est un mythe"

Contestation dans les universités : "La note de 10/20 attribuée automatiquement à tous les étudiants, c’est un mythe"

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INTERVIEW - Une petite musique se fait entendre au sein du mouvement de contestation étudiant : face aux blocages, certains demandent que les partiels soient annulés et que la moyenne soit automatiquement accordée à tous (certains exigent même 20/20). Une telle option serait-elle envisageable ? LCI a interrogé l’historien de l’éducation Sylvain Wagnon, professeur à l’université de Montpellier-2.

"Il n’y aura pas d’examens en chocolat", a prévenu jeudi dernier Emmanuel Macron dans son entretien face à Jean-Pierre Pernaut sur TF1. Mais le mouvement d'opposition à la réforme de l'accès à l'enseignement supérieur, s’il reste circonscrit à quelques établissements - à peine quatre facs sont pour l’heure entièrement bloquées ou fermées et une dizaine de sites connaissent de sérieuses perturbations selon les chiffres du ministère de l'Enseignement supérieur – tend à ce durcir ces derniers jours, avec notamment l'arrivée de Nanterre dans la contestation.


Dans ces conditions, comment les examens de fin d’année vont–ils pouvoir se dérouler ? L'historien de l'éducation Sylvain Wagnon répond aux questions de LCI.

LCI : On entend actuellement dans certains établissements bloqués la revendication d’une note moyenne attribuée à tous les élèves. Est-ce un classique des mouvements de contestation étudiants ?

Sylvain Wagnon : Oui, c’est une revendication récurrente. De la même manière que dans un mouvement social, on réclame que les heures de grève soient payées, un des éléments forts des contestations étudiantes est de dire que l’on doit valider la période où il n’y a pas eu cours. Mais la réponse est claire : la note de 10 qui serait attribuée automatiquement à tous les étudiants est un mythe. Cela reviendrait à dire que l’inscription vaut validation. Ce qui est vrai en revanche, comme cela a été le cas lors des grands mouvements comme Mai 68, le CPE ou les grèves plus récentes, c’est qu’à chaque fois, les universités cherchent des modalités différentes d’évaluation et de rattrapage.

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LCI : Quelles sont les options possibles ?

Sylvain Wagnon : Elles sont différentes selon les universités et les disciplines, il n’y a pas un choix national : chacun regarde sa situation et cherche le type d’évaluation qui soit le moins contraignant. Et le plus fréquent, car il apparaît comme le plus simple et le plus rapide, c’est clairement de privilégier l’oral. Dans certaines disciplines, on va par exemple interroger les étudiants sur un travail personnel et omettre de le faire sur les cours, car on ne peut pas leur poser des questions sur un cours qu’ils n’ont pas suivi. Des épreuves écrites peuvent également être allégées. On peut aussi repousser les examens à juillet, comme des universités sont en train d'y songer.

Les universités sont un peu prises à la gorge, car le conflit n’est pas fini et que les validations commencent dans quelques semaines. Sylvain Wagnon

LCI : Des examens en ligne, suspendus mercredi après une attaque des serveurs informatiques, ont également été mise en place à l’université Paul Valéry de Montpellier…

Sylvain Wagnon : Oui, ce mode d’évaluation existe même s'il est marginal. On voit que ça a plutôt durci le mouvement, parce que ça a pu donner l’impression qu’on cherchait à le contourner. Là, les universités sont un peu prises à la gorge, car le conflit n’est pas fini et que les validations commencent dans quelques semaines. On arrive au moment de cristallisation et il y a un durcissement de chaque côté.

LCI : Emmanuel Macron a prévenu jeudi dernier sur TF1 qu’il n’y aurait "pas d’examens en chocolat". Mais quand des universités cherchent à assouplir des épreuves, n’y-a-t-il pas un risque de diplômes au rabais ?

Sylvain Wagnon : Si on regarde ce qu’il s’est passé en 1968, on voit que les pourcentages de ceux qui ont eu le bac ou d’autres diplômes étaient un peu plus hauts que d’habitude. Il peut certes y avoir une souplesse dans l’évaluation, mais on ne peut pas parler d’examens "au rabais". Personne n’a intérêt à ce que ce soit le cas, encore moins les étudiants, et c’est encore plus vrai dans les secteurs très professionnalisants, qui amènent par exemple à des concours.

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