Contraindre les sans-abris à rejoindre des centres d'hébergement ? "Ce n'est pas la solution"

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FROID - Alors qu'un maire en Belgique a pris un arrêté pour mettre de force les sans-abris dans des centres d'hébergement, la question se pose aussi pour la France, actuellement touchée par une intense vague de froid. Mais la solution ne plaît pas du côté associatif.

Alors que des températures polaires touchent l’Europe de l’Ouest depuis le début de la semaine, les pouvoirs publics s’inquiètent du sort des personnes sans domicile fixe. Depuis vendredi dernier, en France, trois SDF ont déjà perdu la vie à cause du froid. Pour éviter des drames, nos voisins belges pensent avoir trouvé la solution. Le bourgmestre d’Etterbeek, une ville en banlieue de Bruxelles, a décidé de prendre un arrêté imposant aux forces de l’ordre d’arrêter et d’amener de force les SDF ne souhaitant pas rejoindre un hébergement d’urgence. 


La mesure serait-elle une bonne idée côté français ? Éléments de réponse.

Une première tentative ratée en 2008

Il y a 10 ans, après le décès de plusieurs SDF à travers la France, Nicolas Sarkozy, alors président de la République, avait tenté de trouver une solution estimant que le gouvernement avait "le devoir et la responsabilité" de "ne pas laisser mourir les sans domicile fixe de froid". 


La ministre du logement d'alors, Christine Boutin, avait alors fait la proposition devant la représentation nationale qu'elle s'engageait "à lancer une étude de façon à ce qu'on examine l'hébergement obligatoire des sans-abri lorsqu'on sera en dessous de - 6 °C". Un sondage de l’époque réalisé par TNS Sofres montrait que 85% des sondés étaient d’accord avec l’idée d’amener en période de grand froid d’amener les sans-abri dans des centres d’hébergement puis de leur laisser la liberté d’y rester ou non.

Malgré le soutien populaire, les associations s‘étaient insurgés à l’époque contre cette proposition. "Ce serait une grave régression", avait jugé Xavier Emmanuelli, le fondateur du Samu social. Patrick Doutreligne, secrétaire général de la Fondation Abbé-Pierre en 2008, avait jugé que "Mme Boutin a dit une grosse bêtise". "Nous sommes furieux", avait-il déclaré.

"Une question de libertés individuelles"

Dix ans plus tard, la situation n'a pas changé. Interrogées sur l’éventuelle mise en place en 2018 d’un dispositif similaire à celui d’Etterbeek, les associations ne sont pas enchantées de l'idée. "Ce n’est pas la solution, nous dit-on du côté d’Emmaüs France. Avant de penser à contraindre les sans-abris à rejoindre les centres d’hébergement, il faudrait tout d’abord qu’il ait assez de places pour les accueillir". 


Pour Emmaüs France, forcer des sans-abris à rejoindre des centres d'hébergement n’est pas la voie à prendre car "il y aura toujours des gens qui ne voudront pas venir. C’est une question de libertés individuelles et c’est difficile d’imposer cela à quelqu’un".


L’association souhaite surtout que le gouvernement "arrête la gestion au thermomètre". Traduction : Emmaüs France veut que les politiques arrêtent de s’inquiéter du sort des sans-abris seulement en hiver. "Il y a tout autant de sans-abris qui meurent pendant l’été qu’en hiver", affirme-t-on du côté de l’association. Et ils ont raison. Selon l’association les morts de la rue, 125 SDF sont morts du 1er juin au 31 août 2017 contre 148 entre le 1er janvier et le 31 mars.

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