Contre les jouets sexistes roses ou bleus, ils appellent à aller mélanger les rayons des magasins

Contre les jouets sexistes roses ou bleus, ils appellent à aller mélanger les rayons des magasins

MIX - Le collectif "C pas mon genre" dénonce le sexisme des jeux pour enfants, de plus en plus séparés en version filles ou garçons. Au cours d’un petit happening dans un magasin de jouets, ils sont allés mélanger les rayons. Et appellent à faire de même.

Il y a les classiques : kit de ménage rose, fer à repasser rose, miroir-coiffeuse rose avec du maquillage rose, barre de pole dance – rose – pour poupée. Il y aussi les versions déclinées de jeux unisexes, comme la série de Lego Friends, Lego repeints en rose, ou encore le Monopoly pour filles, tout rose, pour acheter boutiques, salons de coiffures, instituts de beauté ou centres commerciaux, au lieu des traditionnelles rues, avenues et gare de la version classique. Il y a, encore, le kit d’infirmière, à la place du kit de docteur, réservé aux garçons. Ça, c’est pour les filles. Pour les garçons, la version est bleue, et les jeux légèrement différents : perceuses, marteaux,  tenues de superhéros, jeux d’extérieur, robots… 

C’est un constat : de plus en plus, dans les grands magasins, les jouets sont "genrés", les rayons séparés entre jouets pour filles et pour garçons. Du rose, et du bleu, qui s’étalent par rayons entiers. Proposant, pour les petites filles, toutes les reproductions possibles d’activités d’intérieur, et pour les garçons des jeux plus scientifiques, sportifs, ouverts sur le monde. Comme dans le monde des adultes ?

Alors le collectif C pas mon genre a voulu chambouler cet ordre des choses bien installé. Le 10 décembre dernier, une dizaine de personnes a investi discrètement deux magasins de jouets parisiens, et s’est amusé à mélanger dans les rayons tous ces jouets. Ils en ont fait une vidéo, lancée sur les réseaux sociaux. "Il ne s’agissait pas de bousculer ni les clients ni les vendeurs, ni même de déranger le magasin", expliquent à LCI Margot et Lison, deux membres du collectif qui s’est formé début décembre.  "C’est une action ludique et bion enfant, pour inviter les industriels à mélanger les genres et les couleurs, à classer les jeux différemment : mimétisme, créatif, artistique, individuel...", estiment-elle. "Tous les types de jouets sont nécessaires au développement de l’enfant. Plus les jouets sont diversifiés, plus c’est propice à leur développement et leur permet d’avoir de choix dans ce qu’ils veulent faire."

Il vaut mieux éviter aux enfants d'être cantonnés dès l’enfance à une façon de vivre- Margot, du collectif C pas mon genre

Avertir les industriels, mais aussi "sensibiliser les parents", sans les "stigmatiser". "L’idée est aussi de leur faire réaliser ces divisions et l’importance qu’elles auront sur le développement de l’enfant, et sa future vie d’adulte", expliquent Margot et Lison. "Les femmes sont, par exemple, surreprésentées dans tous les secteurs du social, de la santé. 97% des aides à domicile sont des femmes, 94% des employés de maison sont des femmes… A l’inverse, très peu de femmes sont policiers, pompiers, chauffeurs… " 

Alors non, les jouets offerts aux enfants ne conditionnent sans doute pas toute leur vie. Mais ça peut jouer. "C’est évidemment un facteur, parmi un ensemble d’autres, comme l’éducation, la pression sociale, l’école, l’industrie, ou encore les programmes télé très genrés", estime Lison. "Mais si une petite fille est biberonnée au rose et aux poupées et aux mini cuisinières, ce sera tout de même plus difficile pour elle d’aller vers autre chose." Margot abonde : "Tout l’environnement des enfants est genré,  et ce n’est certainement pas pour rien qu’au niveau des carrières, les différences sont aussi marquées. Il vaut mieux éviter aux enfants d’être cantonnés dès l’enfance à une façon de vivre, pour qu’ils trouvent au mieux leur place dans la société." 

Les enfants n’osent pas forcément demander des jouets qui ne sont pas considérés comme pour eux- Margot, du collectif C pas mon genre

Depuis quelques années, d’autres collectifs ou associations féministes mènent des actions de sensibilisation sur le sujet, comme Osez le féminisme et les Chiennes de garde avec leur campagne Marre du rose, ou encore les Effrontées, luttant contre les stéréotypes dans les rayons. "C’est un mouvement qui s’enclenche d’autant plus, que ces divisions se développent", commente Margot. "On a tendance à penser qu’on est en marche vers l’égalité des sexes, alors que les stéréotypes masculins et féminins sont de plus présents dans l’industrie."  Et ce, souvent, pour des questions de marketing : "Acheter un jouet qui peut servir au garçon et à la fille n’est pas intéressant", explique Lison. "Tandis si l’on achète un vélo rose à la fille ainée, le petit garçon ne voudra pas jouer avec, il faudra lui en acheter un autre." Et les enfants intègrent bien cette division, comme le rappelle la tribune de ce papa, qui avait découvert, devant le catalogue de Noël, que son fils rêvait d’une poupée, mais n’osait pas le dire, car elle était dans les pages "roses", et donc, dans sa tête, "pour les filles". "Beaucoup d’enfants n’osent pas s’aventurer dans les rayons qui ne leur sont pas dédiés", indique Manon. 

L’action de C pas mon genre fait son petit buzz. La vidéo a touché 130.000 personnes sur les réseaux sociaux, et a été vue plus de 53.000 fois sur Facebook. Elle a déjà fait des émules dans d’autres villes. Le collectif met d’ailleurs à disposition sur sa page Facebook des tracts imprimables, ainsi qu’un guide pour reproduire cette "inversion des rayons". "On a reçu des remerciements de parents. Cela leur rend service : ils se retrouvent gênés, face à leurs enfants, qui n’osent pas forcément demander des jouets qui ne sont pas considérés comme pour eux."

Et ça, ça fait bien plaisir au collectif. "On veut que tous ceux qui le souhaitent se sentent autorisés à faire bouger les choses, que les rayons ne soient pas bleu et rose, mais bleu, rose, vert, jaune, de toutes les couleurs !" lancent Margot et Lison. L'appel est passé.  

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