Contrôleurs aériens : comment travaillent-ils vraiment ?

SOCIÉTÉ

FOCUS - Selon un rapport de la commission des Finances du Sénat, "la France est responsable de 33 % des retards dus au contrôle aérien en Europe". Outre les mouvements sociaux (254 jours de grève entre 2004 et 2016, un record), c'est la vétusté du système qui est pointé du doigt. Mais au fait, que sait-on du métier de contrôleur aérien ? Explications.

Grèves à répétition, matériel vétuste... : un rapport de la commission des finances du Sénat, dresse un constat sévère sur le contrôle aérien français, révèle ce lundi Le Parisien. Pour la période 2004-2016, la France a ainsi enregistré 254 jours de grève de ses contrôleurs aériens. A titre de comparaison, la Grèce, deuxième sur le podium, affiche seulement 46 jours ! Du coup, on a voulu savoir en quoi consiste la mission d'un contrôleur aérien...

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Leur métier

"Assurer 24h/24, 365 jours par an, l'écoulement sûr et ordonné du trafic aérien sur les aéroports et au dessus de l’espace géré par la France." Telle est la mission essentielle du métier de contrôleur aérien donnée sur le site du SNCTA, premier syndicat des contrôleurs du trafic aérien. Gestion des déplacements sur le tarmac, décollages, atterrissages et trajectoires... En d'autres termes, les contrôleurs aériens - ou aiguilleurs du ciel - sont un peu les chefs d'orchestre de l'espace aérien.

Ils doivent maintenir des séparations minimales entre les avions dont ils ont la charge. Pour cela, ils surveillent l’espace aérien à l’aide de radar et guident les avions en donnant par radio les instructions nécessaires aux pilotes. Les contrôleurs aériens s’assurent que les avions soient séparés d’un minimum de 1 000 pieds (300 m) verticalement ou 3, 5 ou 8 miles nautiques (environ 5, 9 ou 14 km) horizontalement. La raison est simple : face à face, les avions se rapprochent à une vitesse de 1 800 km/h soit 30 km/min ou encore 500 mètres par seconde…

Un matériel vétuste = des retards à répétition

Autre pierre d'achoppement visée par le rapport, la France est aussi championne toute catégorie... des retards. En cause, "la vétusté des matériels de contrôle", pointe l'auteur, Vincent Capo-Canellas, sénateur (UDI), membre de la commission des Finances. "Notre pays est responsable de 33 % des retards dus au contrôle aérien en Europe", déplore-t-il. 

Une formulation  beaucoup très sévère pour Norbert Bolis, secrétaire général CGT de l'Union syndicale de l'aviation civile. "Il faut relativiser, dit-il à LCI. Les retards liés au contrôle aérien ne représente que la moitié de ce chiffre, voire un peu moins, soit à peu près 15%, à quoi il faut ajouter d'autres paramètres comme la météo ou les retards des compagnies aériennes. C'est le cas, par exemple, lorsqu'il faut attendre un passager ou quand un bagage suspect doit être évacué de la soute".

"Quand à la vétusté, si les systèmes de contrôle étaient si vieux, il y aurait à coup sûr des problèmes de sécurité. Or, le rapport dit que la sécurité est assurée sans problème, c'est d'ailleurs notre mission première", poursuit-il. "La réalité c'est plutôt que la DGAC ne renouvelle pas assez rapidement ses systèmes de contrôle. On l’a déjà dénoncé. Les échéances ne sont pas du tout tenues. On aurait dû changer les installations en 2015, et on annonce maintenant un renouvellement en 2022 ! Mais cela n'empêche pas de rénover en permanence les infrastructures existantes, c'est ce qui se passe aujourd'hui".

Le trafic aérien augmente, les effectifs diminuent

Le rapport précise, par ailleurs, que les 4.000 contrôleurs aériens français doivent faire face tous les ans à une forte augmentation du trafic. Ils ont contrôlé plus de 3,1 millions de vols en 2017, soit une hausse de 4% par rapport à 2016 et de 8,6 % par rapport à 2015. "Sauf que la commission des finances du Sénat oublie de dire qu'en même temps que le trafic aérien augmente, les effectifs diminuent. On a perdu entre 12 et 15% des effectifs en 10 ans, souligne Norbert Bolis. Beaucoup de grèves sont d’ailleurs liées à ces problèmes de sous-effectif et à des conditions de travail jugées peu satisfaisantes". 

Leurs conditions de travail

Les futurs contrôleurs aériens sont formés à l'Enac, l'Ecole nationale d'aviation civile, reconnue dans le monde entier. Ils sont rémunérés pendant leurs études, au cours desquelles ils touchent un peu moins que le SMIC. Payés par l'Etat, ils doivent s'engager au moins dix ans dans cette carrière, durée de leurs études comprise. Plus tard, les contrôleurs perçoivent, selon le syndicat USAT-CGT, un salaire brut mensuel de 5000 euros en moyenne. De son côté, la Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (IFRAP) évoquait en 2010 un salaire moyen de 5000 euros nets mensuels, primes comprises. 

La même année, la Cour des comptes s'intéressait de près aux conditions de travail des contrôleurs aériens. Et notait une "organisation de travail contraignante". "Les centres fonctionnent en continu, les horaires sont variables, partiellement nocturnes, les congés sont limités pendant la période où les agents souhaiteraient le plus les prendre" ajoute encore la Cour des Comptes. Un rythme qui implique des jours de repos précisément calculés, suivant la logique : "Trois jours de travail - trois jours de repos". Ce qui aboutit à 155 vacations par an, au total. 

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