Coquillages et mégots abandonnés : quand les plages tentent de bannir la cigarette, ce n’est pas toujours gagné

POLLUTION - Labellisées sans tabac, une cinquantaine de plages du littoral français tentent de bannir la cigarette, afin de préserver l'environnement des mégots et de réduire l'exposition au tabagisme passif.

Après le bar sans tabac, le square sans tabac, voici la plage sans tabac. De la Bretagne à la Côte d’Azur, du littoral corse au sud-ouest, une cinquantaine de plages tentent cette année d’imposer des "plages sans tabac". 


Ces plages sont labellisée "Espace sans tabac", une appellation lancée il y a quelques années par la Ligue contre le cancer, et les municipalités prennent des arrêtés municipaux. L’enjeu se pose à la fois en terme de santé publique, mais aussi... de pollution : un mégot dans le sable met deux ans à se dégrader, un mégot jeté dans la mer pollue 500 litres d’eau. 

Les familles sont très contentes

C'est Nice qui, la première, a créé en 2012 une plage sans tabac - elle en compte quatre aujourd'hui. D'autres municipalités ont rapidement suivi, comme sa voisine de Cagnes-sur-Mer, qui a interdit cet été sur l'une de ses 10 plages cigarettes ainsi que "narguilé, chicha, cigarette électronique, vapoteuse ou tout autre produit à fumer ou à inhaler". D’après le maire, Louis Nègre, la mesure a été bien acceptée, recevant un "avis très favorable" des familles, notamment pour la santé des enfants. La Corse, elle, possède déjà 20 plages non-fumeurs notamment à Propriano, inaugurée fin juillet.

Plus au nord, Saint-Malo (Ille-et-Vilaine) est passée d'une à trois plages, et Ouistreham (Calvados) a suivi le mouvement pour préserver "la santé publique" et lutter contre "la pollution du sable et de la mer, les mégots finissant souvent dans l'eau, le ventre des poissons, voire la bouche des enfants", relève le maire (LR) Romain Bail. Même motivation à Saint-Gilles-Croix-de-Vie ou Royan, où s'amassaient les mégots "jetés par les fumeurs sur la plage certes, mais surtout, les gens l'ignorent, provenant de rejet pluvial, qui ruissenllent vers la mer et reviennent sur la plage", explique Julien Duressay, conseiller municipal (LR) en charge de l'environnement. "Et franchement, la richesse de notre ville balnéaire, ce n'est pas l'industrie, ce sont nos plages. Alors si on ne fait rien pour les protéger..."

Chacun ses arguments

 Si tous jouent la carte de la lutte contre la pollution des eaux et pour la protection de la santé publique, des arguments locaux jouent aussi. A Carnac, le maire met en avant la pollution des eaux, un vrai enjeu pour les ostréiculteurs. A Saint-Gilles-Croix-de-Vie, en Vendée, le maire raconte à HitWest que "le ramassage de mégots, ça représente quatre heures de travail par jour en pleine saison tous agents confondus. C'est un des seuls déchets que l'on ne peut pas ramasser avec le pic, il faut vraiment se baisser pour le ramasser à la main."


A Royan, la ville a apposé, une vingtaine de plaques métalliques au sol, à proximité d'avaloirs d'égouts, qui clamant : "Ne rien jeter, ne rien vider. La mer commence ICI". 

Au total, c'est donc une cinquantaine de plages, réparties sur toute la France, qui tentent d'installer ces nouvelles réglementations. Dans la plupart des stations balnéaires, les municipalités comptent sur le civisme des vacanciers et la pédagogie. Seul un panneau à l’entrée de la plage indique qu’elle est sans tabac.

Et ça marche vraiment ?

"Il n'y a pas d'amende prévue pour les contrevenants", indique un élu à Carnac. Même chose au Cap-Ferret, où "les gens font un peu la police eux-mêmes, cela se passe bien", relate le maire (DVD) Michel Sammarcelli. Même chose en Corse, où une vingtaine de plages sont interdites à la cigarette. Et si certains s’adaptent bon gré mal gré, d’autres rechignent, et ce d'autant plus qu'il n'y a souvent pas de contrôles.

Pas de punition, c’est peut-être aussi la limite du dispositif. Car dans plusieurs stations, qui avaient mis les moyens en terme de présence policière des dernières années, est parfois constaté un essoufflement du dispositif, après un "franc succès" à ses débuts. 


A Ouistreham par exemple, l'interdiction est "peu respectée" cet été, confie le maire à l'AFP. "Nous avons une vraie difficulté à faire entendre raison aux vacanciers", regrette-t-il, jugeant les rondes de la police municipale moins dissuasives que les CRS postés les premiers temps. Mais il indique ne plus être "en capacité d'assurer la pédagogie en raison des baisses de dotations de l'Etat". Sa solution reste donc a minima : mettre des panneaux et embaucher "un ou deux jeunes pour faire de la prévention sur la plage". 

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Le dispositif Espace sans tabac, qui concerne aussi de plus en plus les parcs et jardins, connaît les mêmes limites. A Paris, où jeter un mégot coûte 68 euros quand le fauteur est pris en flagrance, une expérimentation est en cours dans un square dans le 12e. Mais visiblement, le dispositif a fait long feu, assure Le Parisien qui est allé y faire un tour : les mégots jonchent encore le sol, les passants ne sont souvent pas au courant de l’interdiction et n'ont pas vu les panneaux... et aucun membres des forces de l’ordre n'est venu le leur rappeler, raconte le journal local. 

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