Corse : ce qu'il s'est passé lors de la rixe de Sisco

Corse : ce qu'il s'est passé lors de la rixe de Sisco

RÉCIT - Alors que le procès de la rixe de Sisco doit s'ouvrir ce jeudi, après le rejet d'une demande de dépaysement, LCI revient sur cet après-midi du 13 août où tout a dégénéré dans une crique corse.

Que s'est-il passé le 13 août dernier, à Sisco, en Haute-Corse ? La rixe très violente qui a éclaté sur une petite crique de cette station balnéaire du nord de Bastia a vu émerger presque autant de versions que de témoignages. S'il a d'abord été question d'un port de burkini comme élément déclencheur, cette version a été rapidement démentie. Très vite, les médias se sont emparés d'un fait divers, somme toute plutôt banal, qui aurait opposé deux communautés, "Corses" contre "Maghrébins". 

L'enquête de la section de recherche de la gendarmerie, dont Le Parisien a dévoilé les contours mercredi, dissèque une affaire qui se révèle bien plus complexe. D'abord, précise le quotidien, "presque tous les protagonistes de la rixe de Sisco sont corses", et certains "adversaires se connaissaient au moins de vue, de l'époque du lycée". 

Onze membres d'une même famille

Samedi 13 août, les Benhaddou, une famille de nationalité marocaine qui a grandi en Corse, se réunit sur la petite plage de Sisco. Sur les onze membres de cette grande famille, certains arrivent d'Espagne, pour les vacances. La journée commence plutôt bien pour eux : baignade et poisson grillé, pêché par leurs soins. 

En début d'après-midi, un couple de touristes se pointe sur la crique. L'homme remarque très vite le groupe "marqué par une adhésion forte à la pratique de la religion musulmane", qui s'était étalé de façon à "nous dissuader de [nous] installer", raconte-t-il aux enquêteurs. Malgré "l'hostilité de cette famille", le couple s'installe sur la plage, mais prend soin, au cas où, de noter le numéro de la gendarmerie la plus proche. 

Une photo aurait déclenché la bagarre

C'est vers 17h30 que les choses s'enveniment : un touriste belge prend une photo de la mer depuis le parking. Il raconte avoir entendu l'un des Benhaddou crier "dégage ou sinon je monte". Un quart d'heure plus tard, Jerry, l'un des jeunes villageois installés sur les rochers qui bordent la crique prend, à son tour, une photo. Une de ses amies avouera aux enquêteurs que les Marocains figuraient bien dans l'angle de la prise de vue. "C'est à partir de là que tout a basculé", témoigne-t-elle. 

Le ton monte, une bagarre éclate. Mustapha Benhaddou, 33 ans et casier judiciaire bien fourni, blesse de façon "superficielle" le jeune majeur, qui se réfugie, emmené par ses amis, dans un bar, où se trouve son propre père, un ancien militaire. Ce dernier, accompagné d'un groupe de villageois très remontés, se dirige vers la plage, où l'affrontement repart de plus belle, à coups de poings et de pierres.

Les gendarmes caillassés

Petit à petit, le rang des villageois grossit jusqu'à atteindre, selon les estimations des enquêteurs, une centaine d'individus. Les voitures des Marocains sont retournées puis incendiées. La violence est telle que l'un des blessés, Jamal Benhaddoun, est frappé alors qu'il est évacué en civière. 

"Sous une pluie de pierres, les gendarmes, pourtant appelés en nombre, ont toutes les peines à ramener le calme et à exfiltrer la famille marocaine", conclut Le Parisien. Le lendemain, une foule très remontée se masse dans le quartier populaire de Lupino, à Bastia. Elle est stoppée dans son élan, in extremis, par des barrages de gendarmes mobiles.

L'affaire, qui a provoqué de fortes tensions locales et de nombreuses réactions politiques, est jugée devant le tribunal correctionnel de Bastia ce jeudi 15 août.

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