Corse : qui est Charles Pieri, entendu dans l'enquête sur les injures à la veuve du préfet Erignac ?

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PORTRAIT - Charles Pieri a été placé en garde à vue mardi dans l'enquête sur un message Facebook injuriant la veuve du préfet Erignac. Relâché depuis, l'ex-leader du FLNC, figure incontournable du nationalisme sur l'île, devrait de nouveau avoir affaire à la justice prochainement.

Retour à la case justice pour Charles Pieri. Dans la nuit du mardi 6 au mercredi 7 février, peu après un hommage à Claude Erignac en Corse, cet ancien leader du Front de libération national corse (FLNC) aurait publié un message d'insultes sur Facebook. Dans son viseur : la veuve du préfet, comparée aux françaises ayant eu des relations sexuelles avec des soldats allemands durant la Seconde guerre mondiale. 


Des propos présumés qui ont valu à Charles Pieri un placement en garde à vue mardi. Selon le procureur, l'homme a refusé de "s'expliquer". Relâché mercredi, il devrait être convoqué à nouveau après l'analyse des éléments techniques - notamment le disque dur de son ordinateur - saisis lors d'une perquisition à son domicile 


Les forces de l'ordre connaissent bien Charles Pieri, considéré comme le dernier chef historique vivant du FLNC. Le nationalisme, cet homme né à Bastia en 1950 dans une famille modeste s'y engouffre au début des années 1980 après avoir été employé à l'office local des HLM. Rapidement, il se fait un "nom" : en février 1982, il est soupçonné du meurtre d'un légionnaire. Incarcéré, il s'évade en 1984 avec Francis Mariani, un pilier de la bande criminelle bastiaise de la Brise de mer - tué en 2009 - ce qui conduit certains à lui reprocher, depuis, des liens avec le milieu. Repris et jugé pour ce meurtre, Pieri sera acquitté.

"Comme Al Capone"

En 1989, il devient le dirigeant d'A Cuncolta, vitrine légale du FLNC-Canal historique puis du FLNC-Union des combattants. En 1993-1994, il participe aux discussions entre les nationalistes et le ministre de l'Intérieur Charles Pasqua, selon François Santoni, son alter ego pour la Corse-du-Sud. Pieri est élu en 1996 au conseil municipal de Bastia. La politique cède le pas à la violence le 1er juillet de la même année, quand il échappe à l'explosion d'une voiture piégée sur le port de Bastia qui tue l'un de ses proches. Il y perd l'ouïe du côté droit ainsi qu'un oeil. Deux ans plus tard, il est arrêté et condamné à cinq ans de prison après la découverte d'un arsenal à son domicile.


Après l'ouverture en septembre 2003 à Paris d'une enquête financière visant Charles Pieri "indirectement", Nicolas Sarkozy, alors ministre de l'Intérieur, confie qu'il le verrait bien "tomber" pour des délits financiers "comme Al Capone".  Trois mois plus tard, le nationaliste est interpellé, puis condamné en mai 2005 à dix ans de prison pour avoir pris le contrôle d'un réseau de sociétés pour financer son mouvement, son train de vie et celui de ses proches. La peine sera réduite à huit ans en appel. 


Sorti de prison en 2009, M. Pieri bénéficie d'un régime de semi-liberté, puis d'une libération conditionnelle en 2010. Mais, en juin 2011, s'étant soustrait au contrôle judiciaire, il est de nouveau arrêté en possession d'armes et de faux papiers et retourne purger les huit mois de sa peine. En juillet 2013, il est une nouvelle fois condamné pour détention illégale d'armes à deux ans de prison. Lors de ce procès, il dit au tribunal s'occuper désormais, avec sa jeune compagne, d'un élevage de chiens. Il est libéré le 21 septembre 2015.  


Depuis septembre 2017, ce père de trois enfants ayant plusieurs petits-enfants se fait de plus en plus présent dans l'île. Il est apparu le 27 janvier à Corte parmi les organisateurs de la manifestation du 3 février à l'appel des dirigeants nationalistes, avant la visite du président de la République en Corse. Une visite intervenue quelques heures avant la publication du message d'insultes, sur Facebook.

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