Covid-19 : la fermeture des remontées mécaniques est-elle justifiée ?

Stations de ski : vers une saison blanche

EXPLICATIONS - À l'issue d'un Conseil de défense mercredi, le gouvernement a annoncé que les remontées mécaniques des stations ski ne rouvriraient pas en février, ni même probablement de tout l'hiver. Mais alors qu'il est peu probable d'être contaminé sur les pistes, pourquoi donc une telle décision ?

Pour les saisonniers, le couperet est tombé mercredi. Les stations de ski ne rouvriront pas leurs remontées mécaniques le 1er février. Quelques heures après un Conseil de défense sanitaire consacré aux "mesures de freinage" de la pandémie de Covid-19, le secrétaire d'État au Tourisme, Jean-Baptiste Lemoyne, a annoncé que le secteur s'orientait "hélas vers une saison blanche". Alors que les vacances d'hiver représentent l'essentiel de la saison des professionnels de la montagne et que les stations s'étaient préparées à accueillir les vacanciers dans le respect des règles sanitaires, la colère et l'incompréhension montent.

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"Nous ne comprenons pas cette mesure : dès lors qu'on autorise les voyages, les déplacements dans le pays, il n'y a aucune raison objective de discriminer les stations de ski", lance Dominique Marcel, PDG de Compagnie des Alpes, qui évoque un "tsunami" pour le milieu de la montagne au micro de TF1. "C'est le seul sport de plein air qu'on ne peut pas faire, c'est très difficile à admettre", s'insurge auprès de l'AFP Eric Brèche, le président du Syndicat national des moniteurs du ski français (SNMSF). Alors quand, il est vrai, la pratique du footing, du football ou de l'aviron est autorisée en dehors des horaires de couvre-feu, pourquoi la pratique du ski et du snowboard est-elle jugée incompatible avec la situation sanitaire actuelle ?

La crainte d'un trop grand brassage

La décision de la fermeture des remontées mécaniques, qui date de novembre dernier, est avant tout motivée par la crainte d'un brassage des populations. Lors d'une conférence de presse donnée le 26 novembre, Jean Castex avait expliqué que "quelle que soit l'importance des efforts que les professionnels sont prêts à consentir, il ne serait pas prudent de laisser se rassembler des flux importants" de vacanciers. "Notre évaluation aujourd'hui, c'est que rouvrir les stations de ski avec le risque d'avoir des festivités, des gens qui se retrouvent en appartement ou en chalet, nous fait courir un risque sanitaire important", expliquait la veille sur France Inter Bruno Le Maire.

Les vacances au ski occasionnent en effet non seulement des réunions en famille ou entre ami, mais également une affluence de touristes étrangers venus profiter des joies de la montagne française. Or, à l'heure où le contrôle des frontières est renforcé suite à l'apparition de plusieurs variants du Covid-19, leur présence dans les stations est d'autant susceptible d'éveiller les craintes. D'après les derniers chiffres de l'Observatoire Savoie Mont Blanc, un tiers des nuitées réservées durant l'hiver 2018 en Haute-Savoie et Savoie l'ont été par des étrangers. Les trois premières clientèles étrangères viennent du Royaume-Uni (35%), de Belgique (8%) et de Suisse (7%). 

Début février 2020, un Britannique, de retour de Singapour, avait contaminé douze personnes dans un chalet de la station des Contamines-Montjoie, en Haute-Savoie, en faisant l'un des premiers clusters de l’épidémie de Covid-19. Plus récemment, fin décembre, une Belge partie skier en Suisse a contracté le variant britannique et contaminé sa fille au retour. Selon le site 7sur7, cela aurait entraîné la mise en quarantaine de 5000 personnes dans la ville d’Edegem, à l'ouest du pays, parmi lesquelles les camarades de classe et les enseignants de l'enfant, ainsi que leurs familles.

Hausse des admissions en réanimation en Auvergne-Rhône-Alpes

Autre source d'inquiétude : la surcharge des hôpitaux. Lors de son dernier point épidémiologique, Santé Publique France rapportait "une progression de la circulation du SARS-CoV-2 à un niveau élevé en Auvergne-Rhône-Alpes", alors que 10 cas confirmés du variant anglais ont été identifiés. Le taux d’incidence a progressé de 30% dans la région par rapport à la dernière semaine de décembre, atteignant 222 cas pour 100.000 habitants. Et s'il a augmenté dans toutes les classes d’âge, la plus forte hausse a été constatée chez les moins de 20 ans (+45%).

Ainsi, le nombre d’actes médicaux SOS Médecins pour suspicion de Covid-19 a progressé de 20% la première semaine de janvier, tandis que le nombre de nouvelles hospitalisations a bondi de 22%, avec 1395 patients supplémentaires. Les services de réanimation ont également fait face à une hausse de patients Covid de 33%, avec 214 nouvelles admissions.

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En plus des patients Covid, les autorités craignent de voir arriver, comme chaque année dans les hôpitaux d'Auvergne-Rhône-Alpes, des Vosges ou du Jura, un déferlement de skieurs blessés sur les pistes. L’Association des médecins de montagne (AMM), a recensé lors de la saison 2019-2020 - tronquée en raison du confinement en mars - 110.791 blessés pris en charge par l'un des 300 généralistes répartis sur tout le domaine skiable français. Selon l'association, 95% d'entre eux sont totalement traités au sein des cabinets de Médecin de Montagne. Si seulement 5% des patients sont contraints d'être hospitalisés, les chiffres donnés par l'association ne comprennent cependant pas les blessés hélitreuillés depuis le lieu de leur accident. En 2019, le groupe Mont Blanc hélicoptères a réalisé 900 opérations de secours en montagne.

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