La France doit-elle se préparer à un troisième confinement ?

La France doit-elle se préparer à un troisième confinement ?

MESURES SANITAIRES - L'évolution de l'épidémie chez nos voisins européens fait craindre un nouvel essor du virus en France, où il circule déjà activement. La piste d'un reconfinement, écartée jusqu'ici par les autorités, reste une option possible. Et probable ?

L'instauration de couvre-feux à 18 heures dans les départements à risque sera-t-elle suffisante dans les semaines à venir ? C'est la question qui se pose en France, où les autorités se sont refusées jusqu'ici à envisager un troisième confinement du territoire national, les Français n'ayant retrouvé leur liberté de circuler que le 15 décembre dernier. 

Les exemples européens n'incitent pas à l'optimisme. Au Royaume-Uni, l'émergence d'une variante du virus et la flambée sans précédent de l'épidémie a forcé les autorités à reconfiner totalement le territoire et à fermer les écoles du pays. Avec l'espoir que la course à la vaccination, ici comme ailleurs, vienne enfin mettre un terme à cette crise interminable. En Allemagne, un reconfinement partiel a été mis en œuvre durant les fêtes de fin d'année. En Espagne, où le confinement extrêmement strict du printemps dernier est dans toutes les têtes, le scénario reste écarté mais la reprise de l'épidémie inquiète. Quant au Portugal, il vient de renforcer ses mesures de confinement avec un couvre-feu à 13h le week-end et des restrictions de déplacements sévères.

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La France avait été l'un des premiers pays d'Europe à reconfiner partiellement son territoire fin octobre. Si le pays n'est pas descendu sous le seuil des 5000 contaminations par jour espéré par Emmanuel Macron, il reste depuis la fin décembre sur un plateau de 15.000 contaminations en moyenne par jour - contre plus de 86.000 cas au pic du 7 novembre - et ne connaît pas, pour l'heure, la flambée du voisin britannique. 

Les hôpitaux comptent à ce jour un plus de 2.600 personnes en réanimation, critère de référence pour les autorités sanitaires et politique, contre plus de 4.600 le 19 novembre dernier. Si l'on se réfère aux deux premiers épisodes du printemps et de l'automne 2020, le cumul d'une reprise des contaminations et d'une hausse des hospitalisations constitueraient les critères décisifs d'un 3e confinement, l'objectif de ce dernier étant précisément d'empêcher une saturation des lits de réanimation. 

"Si je vous disais que nous ne reconfinerons pas, je m'inclurais de fait dans la catégorie des prédictologues", expliquait mardi, sur RTL, le ministre de la Santé Olivier Véran. "Nous voulons éviter le reconfinement total, la fermeture des commerces. Cela, nous n'en voulons plus et nous nous donnons les moyens de l'éviter." Ce qui ne veut pas dire que l'on parviendra à l'éviter. 

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Pressions pour des reconfinements locaux

Le régime actuel de l'état d'urgence sanitaire permet d'envisager toute une panoplie de scénarios, du couvre-feu au confinement total, en passant par des confinements localisés. Si cette dernière piste a jusqu'ici été écartée par l'exécutif, des élus ont plaidé ces derniers jours pour la mettre en œuvre, arguant de la situation épidémiologique sur leur territoire. 

Samedi dernier, les élus de la métropole de Nancy ont ainsi déploré, compte tenu de la pression hospitalière, des mesures "pas à la hauteur des enjeux", jugeant insuffisant le couvre-feu avancé à 18 heures depuis le 4 janvier. Le maire de Nancy, Mathieu Klein, réclame ainsi un reconfinement local immédiat de son territoire. "C'est un paradoxe d'imaginer résoudre le problème en renvoyant à plus tard cette décision. Tout au long de janvier, nous continuerons à avoir des malades aux urgences et en réanimations, lesquelles sont déjà saturées", a-t-il prédit dès le 29 décembre sur TF1. 

Une possibilité également réclamée par le maire de Reims. "Je sais que c'est une mesure impopulaire, et je l'assume", a indiqué sur LCI Arnaud Robinet en début de semaine. "C'est une urgence. S'il doit y avoir un confinement, la mesure doit être annoncée dans les jours qui viennent."

La possibilité d'un confinement a été esquissée fin décembre par le conseil scientifique. "Dans certaines régions, territoires, métropoles, on observe une circulation du virus élevée avec une augmentation modérée mais réelle du nombre d’hospitalisations", indiquait ce dernier. "Dans ces zones géographiques, à un niveau à déterminer, on pourrait mettre en place un confinement strict de la population", a-t-il plaidé, tablant sur un reconfinement dès la fin décembre. 

"Des mesures plus lourdes" la semaine prochaine ?

L'hypothèse d'un troisième confinement, local, ou national, ne devait pas être à l'ordre du jour ce jeudi, lors de la conférence de Jean Castex. Mais il est dans toutes les têtes. Certains scientifiques le pensent même imminent, au vu des dernières évolutions outre-Manche. "Au milieu de la semaine prochaine, ça sera le moment peut-être de discuter de mesures plus lourdes pour éviter une expansion de l'épidémie", a ainsi pronostiqué le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, mercredi sur France 2. "On est dans une situation un peu intermédiaire mais on arrive à des chiffres qui sont préoccupants", a jugé le scientifique. 

"Il faut espérer qu'il y a aura une inertie dans le démarrage de la diffusion" du variant britannique du virus en France, a estimé l'épidémiologiste Arnaud Fontanet mercredi dans Le Monde. "Mais on n'aura pas les trois mois que l'Angleterre a eus", a-t-il ajouté. "Il faut frapper vite et fort", selon le scientifique, en prenant des mesures locales, voire nationales, plus puissantes que le seul couvre-feu. 

Un scénario confirmé par l'infectiologue Eric Caumes. "Il est trop tôt pour recommander" ce troisième confinement, mais "il n'est pas inenvisageable qu'il faille reconfiner", a-t-il estimé mercredi sur BFMTV. "Cela dépend si l'épidémie nous échappe. Nous sommes juste sur la ligne de crête. Ça peut basculer à tout moment."

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