Ils "me rendent bien service" : après 18h, on s'échange l'adresse des commerces ouverts sous le manteau

Ces petits commerces qui violent le couvre feu

COVID-19 - Depuis la mise en place du couvre-feu à 18h, de nombreux commerces et établissements publics bravent les interdits. Et les clients sont là.

Pendant le confinement, il y avait les soirées clandestines et les réunions en groupe dans des lieux extérieurs publics ou privés. Avec la mise en place d'un couvre-feu au niveau national à 18h, est venu en plus le temps des commerces et des établissements qui ont décidé de rester ouverts, discrètement ou non, malgré l'horaire de fermeture imposé. 

Les règles du couvre-feu - qui concernait au départ 15 puis 25 départements et qui a été étendu à tout le territoire le 16 janvier pour une durée de 15 jours au moins - sont strictes et les dérogations, précises. Pourtant, il n'est guère compliqué de trouver des adresses ouvertes entre 18h et 6h du matin. 

Des épiceries ouvertes, rideau ouvert ou fermé

Ainsi, peu après la mise en place du couvre-feu avancé, plusieurs Parisiens n'ont pas hésité à s'envoyer des adresses de commerces ouverts tard le soir. Sur un groupe privé Facebook rassemblant les habitants d'un arrondissement chic par exemple, on pouvait lire dès le 18 janvier, "Personne ne connaît une épicerie ouverte après 18 heures dans le quartier ?". La réponse ne se fait pas attendre. En quelques minutes, apparaissait le commentaire suivant : " Attends, je t'envoie des adresses ouvertes tard le soir par message privé". 

Les internautes justifient leurs demandes par un emploi du temps chargé pour certains et des oublis d'achat pour d'autres. "Quand on a oublié le lait pour le petit déjeuner ou le vin pour le dîner, c'est pas cool. Déjà qu'on ne peut pas sortir et voir des potes", justifie Damien, commercial de 27 ans joint par LCI qui reconnaît avoir obtenu plusieurs adresses de dépannage qui pour certaines ont gardé une ouverture jusqu'à "au moins deux heures du matin". Priscilla, mère de famille divorcée, explique qu'elle n'a pas vraiment le temps de tout gérer avec les horaires du couvre-feu. "Je pose les petits le matin à l'école, je file au boulot, la nounou les récupère, et moi quand je rentre, tous les magasins sont fermés, alors oui, je ne vais pas mentir, ces petits épiciers me rendent bien service". 

Ces "petits épiciers", comme les appelle ce témoin, ne sont pas les seuls à ouvrir malgré le couvre-feu. La semaine dernière, sur les ondes de France Inter, un reportage évoquait la même situation mais dans certains Franprix cette fois. "Théoriquement, de 18h à 20h, c'est juste pour les livraisons, mais ils font rentrer une personne ou deux à la fois, vite fait. Ils disent à la personne, faites-vite vos courses et ne traînez pas dans le magasin", relatait un témoin de la situation à nos confrères. François Alarcon, directeur de la stratégie du groupe, insistait lui auprès de nos confrères sur le fait que " le phénomène ne concerne que quelques magasins franchisés". "Franprix ne cautionne pas ce comportement et nous, en tant qu'enseigne de franchisés, nous n'avons pas les moyens d'obliger un franchisé à fermer.  Nous ne sommes pas la loi non plus, on essaye et malheureusement, il y a parfois des ratés", avait-il ajouté.

Une pinte ou un verre de fin chaud "vite fait" après l'école

Outre ces commerces alimentaires, il y a aussi les cafés, qui ont du mal à baisser le rideau à 18h. Ainsi, dans certains quartiers de Paris, il n'est pas rare de croiser sur le trottoir des parents d'élèves sur les trottoirs devant les cafés en train de trinquer entre 18h et parfois… 19h30. "Les cafés nous servent, on en profite. On va chercher les enfants, et sur la route du retour, on boit un verre vite faut avec les copains, et puis on rentre. Il n'y a rien de mal à cela", justifie un papa. "Rien de mal certes, sauf que c'est tout simplement interdit", estime pour sa part une maman en colère de voir des parents montrer le mauvais exemple et la police "laisser faire"

Une source policière explique à LCI qu'il est pourtant "impossible" de verbaliser tout le monde. "Si nous avons des adresses précises, si on peut faire du flagrant délit, oui, les sanctions peuvent tomber assez facilement. Mais on ne peut pas s'en prendre à tout le monde. D'autant que l'on sait que les temps sont durs pour beaucoup de cafés et restaurants qui n'ont même pas la perspective d'une date d'ouverture qui pourrait leur permettre de retrouver le moral". 

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Des déjeuners et des dîners au restaurant

Certains fonctionnaires de police seraient même clients dans certains établissements censés être fermés, à l'heure du déjeuner tout du moins. Samedi 23 janvier, Le Parisien rapportait ainsi que des policiers et des magistrats appréciaient d'aller se rassasier le midi à de bonnes tables, près d'un tribunal de la capitale notamment. "On n'a même aucune consigne à ce sujet et on n'organise aucun dispositif ou aucune patrouille spécifique pour ce type de faits", expliquait par ailleurs au journal un commissaire parisien. Selon des chiffres communiqués par la préfecture de police au journal pourtant, "391 bars et restaurants ont été verbalisés depuis novembre pour ouverture irrégulière, dont 207 dans la capitale."

 "Les services de la préfecture de Police sont pleinement engagés pour faire respecter les différentes mesures gouvernementales liées à la Covid-19", assurait pourtant à LCI la préfecture de police de Paris. "Depuis la mise en place du couvre-feu à 18 heures le 9 janvier 2021, 15 verbalisations d'épiceries ont été faites à Paris pour ouverture irrégulière et 3 fermées par arrêté. Une verbalisation est également recensée dans le Val-de-Marne. Depuis le 1er janvier 2021 et concernant les bars et restaurants pour Paris, 14 fermetures d’établissements et pour la petite couronne 7 fermetures d’établissements et 5 demandes de fermeture", nous détaillait-elle.

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