Covid-19 : verra-t-on le bout du tunnel en "novembre ou décembre" en France ?

Covid-19 : verra-t-on le bout du tunnel en "novembre ou décembre" en France ?

PERSPECTIVES - Si la décrue de l'épidémie se poursuit en France, la survenue d'une possible quatrième vague est encore à craindre pendant ou après l'été. Mais une sortie de crise à l'approche de l'hiver est, elle, de plus en plus plausible, jugent des experts sanitaires, comme Olivier Véran. Voici pourquoi.

La troisième vague, en perte de vitesse en France et en Europe, touchera-t-elle bientôt à sa fin ? Peut-on espérer qu'elle soit la dernière ou risque-t-elle au contraire d'être suivie d'une quatrième ? Si la circulation du virus a nettement diminué en France depuis quatre semaines, elle est loin d'avoir disparu, avec environ 14.000 nouveaux cas quotidiens en moyenne. 

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C'est dans ce contexte que la deuxième étape du plan de déconfinement en quatre phases annoncé fin avril par Emmanuel Macron s'est amorcée ce mercredi, avec l'ouverture des terrasses et des lieux culturels. Il doit se poursuivre le 9 juin par la réouverture des cafés et restaurants en intérieur, des jauges moins strictes et un couvre-feu à 23 heures, qui doit être supprimé le 30 juin si la situation le permet. Autant d'étapes jugées délicates, laissant plutôt entrevoir une sortie de crise à l'approche de l'hiver.

"Il faut suffisamment de recul pour dire que c'est derrière nous"

"Je pense qu'en novembre ou décembre prochains, au cœur de l'automne ou à l'approche de l'hiver (...) si les choses se passent au mieux, alors là nous pourrons tourner la page du Covid" a estimé ce mercredi le ministre de la Santé, Olivier Véran interrogé sur LCI par Ruth Elkrief  sur le risque de survenue d'une quatrième vague. Et de préciser : "s'il n'y a pas eu de nouveaux variants dans des contrées lointaines et parce que nous aurons suffisamment vacciné et que nous ne voyons pas émerger de vague épidémique, nous pourrons véritablement considérer que la pandémie est derrière nous"

"Mais ça ne veut pas dire que jusqu'à novembre ou décembre, on va vivre dans la peur du virus ou avec des normes", a-t-il ajouté, s'appuyant sur l'expérience des précédentes vagues. "Souvenez-vous l'été dernier : le mois de mai se passe bien, en juin il y a la Mayenne, en juillet il y a la Guyane, mais en métropole les choses se passent bien, le virus circule peu, on est dans l'insouciance. Certains experts vous disent que finalement, c'est terminé... Et à la fin du mois d'août et au mois de septembre émergent des diffusions du virus dans les Bouches-du-Rhône". 

Se voulant "prudent pour dire si c'est complètement derrière nous", il a ensuite expliqué que, s'agissant du Covid, "il faut suffisamment de recul". Notamment parce qu',"on sait que la période automnale est propice à la diffusion du virus et est à risque de déclencher des vagues épidémiques". Et de conclure : "On profite, on retrouve de la vie, progressivement, mais on garde dans un petit coin de sa tête que si on veut profiter dans la durée, on a les clés : la responsabilité de chacun et de tous".

"Une boite noire entre maintenant et septembre"

La veille, le professeur Gilbert Deray avait, lui aussi, évoqué cette échéance. "Je suis très confiant sur la fin de l'épidémie, hors nouveau variant qui serait résistant au vaccin entre septembre et décembre. On va y arriver, c'est le bout du tunnel" a ainsi indiqué sur LCI le chef du service de néphrologie à la Pitié Salpêtrière à Paris. 

 "La période qui m'inquiète, ce n'est pas tant octobre, où on sera vaccinés", a-t-il poursuivi, se montrant toutefois beaucoup plus nuancé, voire "inquiet", sur la période qui va s'écouler d'ici là. "Ce que j'attends, c'est cette boite noire dans les deux ou trois prochains mois, c’est-à-dire entre maintenant et septembre. Et je ne sais pas ce qu'il va se passer parce que c'est une course de vitesse entre vaccination et épidémie", a-t-il détaillé, évoquant le risque de diffusion, selon bien réel, dans les écoles et la réouverture à venir des frontières. "Attention, l'immunité collective, on dit que c'est 80%... Si on stagne à 60%, comme certains pays, on risque d'avoir une nouvelle vague". Pour finir, il "encourage à garder les masques et à conserver les gestes barrières".

Le président de la commission médicale des Hôpitaux de Paris, Rémi Salomon, n'a d'ailleurs pas manqué mercredi de partager sur Twitter son "sentiment mitigé" face aux images de "gens heureux de se retrouver en terrasse, mais vraiment très proches les uns des autres". Et de s'interroger : "Tiendra-t-on ainsi ? (...) Ne faudrait-il pas être plus prudent et garder un peu plus de distance au risque d'un retour en arrière qui serait dramatique ?". Mêmes réserves pour Mircea Sofonea, maître de conférences en épidémiologie à l'université de Montpellier. "À court terme, il y a des raisons d'être optimiste. Mais au 30 juin, on aura un relâchement qui sera vraisemblablement important et il est trop tôt pour en prévoir l'impact", résume-t-elle pour l'AFP.

"Quand on va relâcher les contraintes, mathématiquement les R0 vont remonter"

Le Pr Bruno Lina, virologue et membre du conseil scientifique, s'était attardé dès la semaine dernière sur l'enjeu des prochaines semaines pour éviter la survenue durant l'été 2021 d'une possible quatrième vague. "On a un équilibre qui se joue entre la vaccination et l'immunité collective et la circulation des virus", avait-il résumé sur LCI, rappelant qu'"actuellement il y a deux populations de virus : les classiques et les variants qui entrainent partiellement un échappement immunitaire". 

Or, avait-il insisté, "quand on va relâcher les contraintes, mathématiquement les R0 (le taux de reproduction du virus, NDLR) vont remonter et ce qu'on veut éviter à tout prix, c'est que le R0 des mutants, le plus élevé, passe au-dessus de 1. Si cela arrive, il va se passer la même chose qu'en décembre et en janvier : inexorablement, ces virus vont donner un petit nombre de cas au début, mais progressivement de plus en plus avec un risque de reprise épidémique". Dans le cas contraire, "si on arrive à descendre suffisamment bas aux mois de mai et juin, la campagne de vaccination va être tellement puissante pour freiner ces variants qu'ils n'auront plus la possibilité d'avoir un R0 au-dessus de 1".

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Face à ces différents enjeux, l'exécutif promet aussi de revoir sa stratégie de repérage et d'isolement des personnes contaminées, jugée trop peu efficace par les spécialistes. "Il faut qu'on arrive à faire une nouvelle évolution de ce 'tester-alerter-protéger', de façon à capter les chaînes de contamination beaucoup plus vite que l'été dernier. La vaccination seule ne peut pas arrêter la contamination", reconnaît-on à l'Élysée.

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