La France est-elle le seul pays où la stratégie de vaccination fait polémique ?

La France est-elle le seul pays où la stratégie de vaccination fait polémique ?

CRISE SANITAIRE - Les débuts de la campagne de vaccination en France font l'objet d'un déluge de critiques en raison de sa lenteur présumée. Pour autant, les critiques relatives à la stratégie retenue par les autorités dépassent largement nos frontières.

Accusé de lenteur, le gouvernement français fait face depuis plusieurs jours à une vague de critiques sans précédent depuis le début de la crise sanitaire. Médecins, élus locaux et opposition parlementaire dénoncent les conditions dans lesquelles les autorités sanitaires du pays ont organisé la première phase de la vaccination contre le Covid-19, centrée sur les résidents de Ehpad et leurs soignants. 

Si, à date, la France se situe loin derrière certains voisins européens en matière de vaccination, comme l'Allemagne, le Royaume-Uni ou l'Italie, un détour par la presse étrangère montre que les autres gouvernements peinent à échapper à la critique sur leurs stratégies respectives. 

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Le monde commence à se vacciner contre le Covid-19

Le Royaume-Uni, pays pilote, mais objet de polémiques

Les autorités sanitaires britanniques, confrontées à une épidémie virulente, ont validé la campagne de vaccination dès le début du mois de décembre, prenant beaucoup d'avance sur les voisins européens. Fortement critiqué pour sa gestion de la crise sanitaire, le Premier ministre Boris Johnson a mis les bouchées doubles, au point que le pays s'apprête, bien avant les autres, à distribuer le vaccin d'un second laboratoire, AstraZeneca, en plus de celui de Pfizer-BioNtech. Le pays frôle ainsi le million de vaccinations, quand la France plafonne toujours officiellement à quelques milliers de vaccinations, selon les dires d'Olivier Véran ce lundi

Cette stratégie volontariste n'empêche pas les polémiques. Parmi celles-ci, l'une agite particulièrement le monde médical : le choix du gouvernement britannique de repousser de 3 à 12 semaines le délai d'administration de la deuxième dose de vaccin afin de permettre à un maximum de personnes de recevoir rapidement la première. Une option qui réduirait considérablement l'efficacité du vaccin, et qui a poussé les autorités à se justifier. "A chaque fois que nous vaccinons quelqu'un une deuxième fois, nous ne vaccinons pas une autre personne pour la première fois", a ainsi expliqué l'infectiologue Jonathan Van-Tam, patron des services de santé du pays. "Cela signifie que nous ratons l'occasion de réduire considérablement le risque les personnes les plus vulnérables deviennent gravement malades."

En Allemagne, la crainte de la pénurie

Nos voisins allemands ont-ils été trop optimistes dans la première phase de vaccination ? Dans ce pays qui affiche déjà près de 240.000 vaccinations, la polémique porte moins sur le déploiement de cette stratégie que sur le manque d'anticipation présumé des autorités. La chancelière Angela Merkel, et à travers elle la présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, sont accusées d'avoir commandé une quantité trop faible de vaccins au niveau européen, faisant craindre un risque de pénurie de vaccins qui viendrait stopper la dynamique actuelle, soit 4 millions de doses d’ici la fin du mois de janvier, et 12 millions d’ici fin mars. Dans le pays, des voix se sont notamment élevées pour demander au gouvernement de négocier directement avec les laboratoires des stocks supplémentaires. 

Une "catastrophe vaccinale", titrait ainsi lundi le quotidien populaire Bild sur son site Internet, publiant une lettre d'Angela Merkel et d'Ursula Von der Leyen demandant au ministre allemand de la Santé de céder le mandat de vaccination à l'Union européenne, les partenaires de l'UE ayant choisi de mutualiser les commandes. 

Plusieurs pays accusés de lenteur, comme la France

Le procès en lenteur intenté à la France dans cette première phase de vaccination n'est pas une particularité hexagonale. Dès le mois de décembre, les États-Unis ont été en proie au même type de polémique. L'administration Trump a été accusée d'avoir sous-estimé les besoins, compte tenu des objectifs annoncés. La première puissance mondiale, qui compte plus de 350.000 morts du coronavirus, n'a vacciné à ce jour que 4,2 millions de personnes, alors que Donald Trump misait sur 20 millions de personnes vaccinées avant la fin de l'année 2020. "Le plan de l’administration Trump pour distribuer des vaccins est à la traine", a ainsi fustigé le président élu Joe Biden. "Si cela continue à progresser de la sorte, cela va prendre des années, pas des mois, pour vacciner le peuple américain."

En Espagne, après les débuts chaotiques de l'approvisionnement en vaccin, des critiques fusent à l'égard du gouvernement fédéral. Les autorités de Madrid lui ont ainsi imputé, lundi, la responsabilité de la lenteur dans la campagne de vaccination dans cette ville, raconte El Pais, demandant aux autorités du pays de faire connaître leur stratégie. 

En Italie, où près de 115.000 personnes ont déjà été vaccinées, l'exécutif est également accusé de lenteur. La secrétaire d'État à la Santé Sandra Zampa a d'ailleurs reconnu elle-même qu'il faudrait accélérer, dans un entretien au Corriere Della Serra, rappelant l'objectif de vacciner 10 à 13 millions de personnes d'ici au mois d'avril et assurant que "toutes les doses disponibles" étaient utilisées.  

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Hors Europe, on peut également citer le cas du Brésil, l'un des pays les plus meurtris par la pandémie. Le président Jair Bolsonaro y a été la cible de critiques particulièrement virulentes, le quotidien Estadao ayant par exemple décrit son plan de vaccination comme le témoin d'une "incompétence mortelle". Dans ce pays, la Cour suprême a imposé au gouvernement de présenter ce plan afin d’immuniser les 14 millions de Brésiliens les plus vulnérables, avant d'atteindre 70% de la population du pays. Mais, selon les critiques formulées, ce plan ne détaillerait pas suffisamment les moyens pour y parvenir. 

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