Covid-19 : pourquoi la France n'utilise-t-elle pas le vaccin russe ?

Covid-19 : pourquoi la France n'utilise-t-elle pas le vaccin russe ?

MIS DE CÔTÉ - Le Mexique a annoncé avoir commandé 24 millions de doses du vaccin russe Sputnik V contre le Covid-19. Pour vacciner plus rapidement sa population, pourquoi la France ne l'utilise-t-elle pas également ?

Depuis la fin du mois de décembre, la France s'est engagée dans une course contre la montre pour vacciner le plus rapidement possible sa population, et ainsi la protéger des cas graves du Covid-19. Pour l'heure, seuls deux vaccins sont autorisés dans le pays : celui de Pfizer/BioNTech, et celui de Moderna. Le produit développé par AstraZeneca pourrait suivre dans les jours à venir, en cas de validation par les autorités européennes le 29 janvier.

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Mais ce ne sont pas les seuls vaccins autorisés dans le monde. Comme la Chine, la Russie a développé son propre remède, pour lequel, à l'instar de ses concurrents, deux doses sont nécessaires pour bénéficier de l'efficacité maximale, estimée par Moscou à 91,4%. Baptisé Sputnik V, il est désormais accepté en Hongrie, en Serbie, aux Émirats ou encore en Iran. Lundi, le Mexique a, pour sa part, indiqué avoir commandé 24 millions de doses.

La France, dont les commandes dépendent de celles de la Commission européenne, ne semble pas faire partie des candidats. Outre le vaccin d'AstraZeneca et les deux déjà autorisés, le portefeuille du gouvernement comprend les vaccins développés par Janssen et Curevac. Pas le Sputnik V, donc.

Des raisons scientifiques évoquées

Cette absence relève-t-elle d'un choix scientifique ou d'une décision politique ? Pour Frédéric Adnet, chef du service des urgences de l'hôpital Avicenne (Bobigny), cela coince d'abord pour des raisons scientifiques. "Étant au courant de la littérature internationale, je n'ai vu aucune étude de phase 3 (la dernière des essais cliniques, ndlr.) dans des journaux scientifiques de haut niveau, que ce soit pour le vaccin russe ou chinois", explique-t-il à LCI.

Sputnik V a pourtant régulièrement publié des communiqués de presse relayant les résultats intermédiaires des données des essais cliniques. "Il y a eu des rapports, mais je n'ai pas vu les résultats des expérimentations dans des revues, alors que c'est pourtant habituel", commente le Pr Adnet. "À l'inverse, AstraZeneca a bénéficié d'une publication de phase 3 dans le New England Journal of Medicine, tandis que le Moderna et le Pfizer ont obtenu une publication de la phase 1/2 dans ce même journal."

225 millions de doses déjà commandées

Autre raison évoquée pour expliquer l'absence du vaccin russe dans la stratégie vaccinale française : le nombre de doses déjà commandées. "Théoriquement, la France était gavée de vaccins", analyse pour LCI Bernard Bégaud, professeur de pharmacologie à l'université de Bordeaux et ancien membre de l'Agence du médicament. "À terme, elle avait 225 millions de doses, ce qui permettrait de vacciner deux fois la population française totale avec deux injections."

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Depuis, le ciel s'est assombri. "Il y a eu quelques mauvaises surprises, nous n'arriverons pas à autant de doses : Sanofi décale son projet de vaccin, l'Institut Pasteur a jeté l'éponge, Pfizer a réduit sa dotation, Moderna et AstraZeneca ont du retard...", rappelle Bernard Bégaud. "Mais si la France, en plus de ses 225 millions de doses, avait commandé 50 millions de vaccins Sputnik V, certains auraient aussi crié au scandale."

Un problème éventuel de production

Enfin, la production du Sputnik V pour l'Europe pose également question. "En étant pragmatique, et sans être favorable ou défavorable au vaccin russe : comment faire pour produire autant de vaccins pour le monde entier ?", se demande Morgane Bomsel, chercheuse du CNRS spécialiste en virologie. "Certes, il n'est pas accepté en France, mais seraient-ils capables de le fournir ?" Même son de cloche pour le Pr Bégaud. "Les Russes sont bien organisés dans leurs recherches et leur production, mais je ne crois pas qu'ils puissent fournir les doses pour eux-mêmes, en plus de l'Europe, du Brésil et de l'Afrique", estime-t-il.

Certaine de l'efficacité et de la sécurité de son vaccin, la Russie a toutefois déposé ces derniers jours une demande d'autorisation de Sputnik V auprès de l'Agence européenne du médicament. "Il n'y a aucune raison de l'écarter", réagit le Pr Bégaud. "Je ne suis d'ailleurs pas du tout certain que l'on terminera sans Sputnik. Si jamais il y a des blocages ou un problème de production pour l'Europe, c'est une vraie hypothèse."

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