"Qu'ils assument leurs actes égoïstes" : assistons-nous aux prémices de la "fracture vaccinale" ?

"Qu'ils assument leurs actes égoïstes" : assistons-nous aux prémices de la "fracture vaccinale" ?

TÉMOIGNAGES - La "fracture vaccinale" redoutée par le gouvernement pourrait s'être amorcée en France, certains vaccinés et non-vaccinés faisant déjà ouvertement part de leur ressentiment mutuel.

"Je suis vacciné et j'aimerais qu'on libère les personnes vaccinées". À l'heure où le variant Delta fait peser la menace d'une quatrième vague et de possibles nouvelles restrictions dès cet été en France, Jean-Marc assume sa position de voir "le port du masque et toute autre contrainte sanitaire réservés aux non-vaccinés." C'est aussi le cas de Théo. "Je ne suis pas 'jusqu’au-boutiste' mais il me semble qui s’il y a une nouvelle vague qui entraîne des restrictions, il faudrait qu’il n’y ait que les non-vaccinés qui soient impactés et pas les vaccinés qui eux ont fait les efforts pour stopper cette pandémie", nous dit-il.

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Covid-19 : le défi de la vaccination

"Qu'ils assument leurs actes égoïstes", renchérit Charles qui va, lui, jusqu'à demander à ce "qu'on ne rembourse plus les non-vaccinés en cas de Covid grave" et qu'en cas de nouvelles restrictions, "ça soit sur leurs impôts qu'on prélève l'argent nécessaire à la reconstruction économique des secteurs touchés." Pour Lua, "dans une société, il faut avoir le sens du sacrifice" et "si on se reconfine alors qu'il y en a certains qui ne se font pas vacciner, c'est pas juste".

"Les vaccinés ne respectent plus rien"

Le 1er juillet, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, avait pointé ce risque que la perspective de reprise épidémique finisse par monter petit à petit les Français les uns contre les autres. "C'est certain", avait-il même présagé. Et de détailler :  "Si des Français qui ont fait le choix de se faire vacciner devaient voir une perspective de nouvelles restrictions parce que l'épidémie repart notamment chez des personnes qui ne sont pas vaccinées, ça peut créer des difficultés en termes de cohésion entre les Français". Et ce ressentiment est mutuel.

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"Moi j’ai peur des gens vaccinés", explique Lisa. "Cette catégorie pense être immunisée, se balade sans masque, et sans respecter les gestes barrières", ajoute-t-elle, estimant que "c’est la fête pour eux." Et d'insister : "alors qu'ils peuvent comme tout le monde être contaminé et transmettre le virus aux autres". Antoinette abonde et considère que si l'on est reconfiné, "ce sera plutôt à cause des vaccinés qui ne respectent plus rien". 

"Mécanisme de peur"

Autant dire que le projet gouvernemental d'un pass sanitaire étendu, réservant à terme aux seuls vaccinés l'accès à certains commerces ou loisirs, vient exacerber cette crainte d'une fracture entre les deux camps. Un tel pass "reviendrait à rendre la vaccination obligatoire", fulmine Aude. Non vaccinée au nom du "droit de choisir pour sa propre santé", elle explique mal supporter le climat de réprobation ambiant. "On me regarde avec l'air de dire : 'tu ne penses qu'à toi, tu ne veux pas œuvrer pour l'immunité collective'."  

Nicolas, la quarantaine, qui pense, à son âge et vu son état de santé, avoir "zéro chance d'encombrer les hôpitaux", trouve qu'on "met une pression malsaine sur les non-vaccinés" comme lui. Le variant Delta et le pass sanitaire sont des "mécanismes de peur", selon ce père de famille, prêt à se priver de certains loisirs, "une affaire de principe" face à un "tel abandon de libertés".  Comme lui, Aude dénonce une "restriction de liberté" et même "un premier pas vers un État autoritaire", dans "un scénario à la 'Black Mirror' (la série télé) où l'on note les bons et les mauvais citoyens".

Un traitement différencié tout à fait légal

Pourtant, "du point de vue du droit", prévoir un traitement différencié pour vaccinés et non-vaccinés dans l'accès à certains lieux, pour voyager ou s'éloigner de leur domicile, est tout à fait légal, explique à l'AFP le constitutionnaliste Dominique Rousseau. La Constitution impose "la protection de la santé publique" et c'est à l'Etat "de définir les éléments permettant" de la garantir. 

Le professeur de droit dresse le parallèle avec la ceinture de sécurité obligatoire dans les voitures. À l'époque, certains la contestaient "au nom de la liberté individuelle". Mais ils avaient perdu face à "l'objectif fixé à l'État de protection du public". 

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