Pass sanitaire : la piste d'une levée territorialisée du dispositif laisse les médecins sceptiques

Est-ce la fin du pass sanitaire ? Le gouvernement réfléchit à alléger les mesures sanitaires dans les départements où le taux d'incidence de l'épidémie est le plus faible.

AVIS - Depuis qu'elle a été évoquée par Emmanuel Macron puis Olivier Véran, l'hypothèse d’un allègement local des mesures sanitaires contre le Covid-19 ne manque pas de faire réagir les épidémiologistes.

Bientôt un allègement territorialisé des restrictions en France ? C'est en tout cas ce qu'a laissé entendre Emmanuel Macron à deux reprises la semaine dernière, avant qu'Olivier Véran ne viennent conforter cette hypothèse. "Dès que les conditions sanitaires le permettront, on va lever certaines contraintes et donc lever le pass là où le virus ne circule plus", a ainsi déclaré jeudi le chef de l'État, précisant que "vu les chiffres ce ne sera pas si tard". Et d'insister : "Est-ce qu'on pourra se passer dans trois semaines du pass ? Non ! Des territoires en ont encore besoin !". 

De son côté, Olivier Véran a confirmé, ce lundi 20 septembre, qu'il était question "le moment voulu, dans les départements où le virus circulera moins" de "lever un certain nombre de mesures". 

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Mais du côté des spécialistes, l'éventuelle instauration d'un pass sanitaire local, qui sera d'ailleurs au programme du Conseil de défense de ce mercredi, ne semble pas faire l'unanimité.

"Un mauvais signal"

"L'objectif du pass sanitaire était de pousser à la vaccination et il l'a atteint. Désormais, le nombre de contaminations nouvelles va aller en se réduisant et mi-novembre, il sera tel que les dangers de maintenir cette mesure seront supérieurs pour les autorités", a reconnu le Pr Mégarbane, chef du service de réanimation à l'hôpital Lariboisière à Paris, jeudi sur LCI, avant de nuancer ses propos dans la foulée. 

"Pour autant, je suis réservé" quant à l'éventualité d'un pass sanitaire local, car selon lui, cela induit "l'hypothèse que les contaminations continuent de se réduire", or, "malheureusement ça ne sera pas le cas", présage-t-il. "Le virus existe et du moment que le temps va se refroidir il va recirculer surtout là où y a une population non vaccinée ; et la couverture vaccinale en France est insuffisante pour éviter une cinquième vague". 

"Une erreur monumentale"

Pour toutes ces raisons,  a-t-il insisté ce lundi sur CNews, lever le pass sanitaire, même à certains endroits seulement, "ça serait donner un mauvais signal". D'autant plus "vis-à-vis des soignants qui ont été obligés de se faire vacciner", car "permettre désormais aux familles non vaccinées de visiter des personnes fragiles à l'hôpital ferait à nouveau rentrer le virus et pourrait malheureusement constituer une possibilité d'infection nosocomiale". 

"C'est une erreur monumentale", a abondé ce dimanche sur BFMTV l'épidémiologique Catherine Hill pour qui "la régionalisation n’a jamais fonctionné". Et de s'en expliquer : "les gens vont aller tranquillement dans le département d’à côté s’ils n’ont pas de pass vaccinal, et vont contaminer autour d’eux dans les restaurants, les cinémas, etc".

"On est à peu près au milieu de la redescente", concède Catherine Hill avant de rappeler que "17 millions de Français ne sont pas encore vaccinés". De quoi permettre au virus de continuer à circuler sur le territoire, déplore-t-elle. Parmi les autres ombres qui pourraient venir ternir l'embellie sanitaire : la baisse des températures attendues à l'automne et en hiver. Il faudra faire attention, a poursuivi Catherine Hill, car "les gens vont être à l'intérieur", ce qui est plus propice aux contaminations.

"Le contexte ne semble pas propice"

Benjamin Davido, infectiologue, s’est, lui aussi, montré sceptique. "Il faut être lucide. On arrive sur la saison automnale puis l’hiver, donc il y aura une cinquième vague. Ça paraît difficile d’y échapper. Alors, le contexte ne semble pas propice à la suppression de certaines mesures sanitaires", a-t-il lancé sur Europe 1. "Il ne faut pas réitérer les erreurs de 2020. On avait différencié la France en plusieurs couleurs en expliquant que là où ça allait bien, on pouvait faire tout ce qu’on voulait. Si on lève les restrictions, on fait repartir l’épidémie", a-t-il poursuivi.

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Pourtant, d'autres experts se montrent plus nuancés. "Il ne faut aucune mesure immédiate, aucune disparation complète", a préconisé l'infectiologue Christian Rabaud sur LCI, jeudi dernier. En revanche, "il faut s'adapter et à l'évolution et à la situation", a-t-il indiqué, estimant qu'effectivement, "on est dans une situation qui doit permettre dans certaines situations de façon progressive de ne pas être obligé d'utiliser ce pass sanitaire".

Même analyse pour l'épidémiologiste Antoine Flahault, qui estime qu'une levée de certaines restrictions ne serait pas inenvisageable. "La vaccination n’est pas efficace à 100 %, les masques non plus, le pass sanitaire non plus, mais l’ensemble de ce dispositif permet de contrôler l’épidémie", a-t-il estimé auprès d’Europe 1." Alors, quand le virus circule beaucoup moins dans la population, comme cela va être le cas en France dans deux semaines peut-être, vous pouvez commencer à enlever des restrictions".

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