Covid-19 : une bonne hygiène de sommeil, "une véritable arme pour se rendre plus fort"

Covid-19 : une bonne hygiène de sommeil, "une véritable arme pour se rendre plus fort"

INTERVIEW - Depuis le début de l'épidémie, les troubles du sommeil explosent. D'autant que peu de Français savent réellement comment préserver leur hygiène de sommeil, alerte le docteur Pierre Philip, chef du service universitaire de médecine du sommeil du CHU de Bordeaux.

Rythmes décalés, télétravail, davantage d’heures passées devant les écrans, pic de stress et d'anxiété : la crise sanitaire a déréglé le cycle de sommeil de nombreux Français et multiplié les cas d'insomnies. À commencer par le premier confinement, à cause duquel de plus en plus de Français ont eu du mal à fermer l'œil. Près de trois personnes sur quatre ont rencontré des troubles du sommeil en mars 2020, révélait une enquête du centre du sommeil de l'hôpital Hôtel-Dieu, à Paris, soit 25% de plus qu’en 2017. 

Un taux en légère baisse mais toujours élevé lors du second confinement, au cours duquel 45% des Français ont rencontré des difficultés à dormir, révélait en mars dernier une enquête de l’Institut national du sommeil et de la vigilance. Par ailleurs, 64% des patients contaminés par le coronavirus présentaient un trouble du sommeil lors du second confinement, ajoutait l’étude. 

Et ces perturbations semblent s’installer dans la durée. Selon l’enquête CoviPrev de Santé Publique France, lancée au début de l’épidémie pour suivre le comportement et la santé mentale de la population, 63% des Français se plaignaient toujours de problèmes de sommeil au cours de la première semaine de septembre 2021. Soit 14% de plus qu'avant l'épidémie et une "tendance en hausse par rapport à la vague précédente", alerte le site.

Ces constats sont d’autant plus inquiétants que l’hygiène du sommeil est un sujet largement méconnu, estime le docteur Pierre Philip, chef du service universitaire de médecine du sommeil du CHU de Bordeaux.

Quelle conséquence la crise sanitaire a-t-elle pu avoir sur le sommeil des Français ? 

Ce qui est frappant dans les études publiées par Santé publique France tout au long des confinements et déconfinements, c’est que 60% des gens se plaignent de troubles alors qu’au pire de la crise, "seuls" 20% des Français signalaient des états d’anxiété et de dépression. L'épidémie a donc déstructuré l'hygiène de sommeil d’une majorité de personnes. 

Par ailleurs, le CHU de Bordeaux a lancé une application gratuite et validée par le ministère de la Santé du nom de Kanopée, un outil de santé publique téléchargé par 20.000 utilisateurs. On dispose donc d’une extraordinaire base de données qui nous a permis de constater que les plaintes de sommeil étaient bien sûr souvent associées à un stress psychosocial, c'est-à-dire une contrainte qui impacte la santé mentale, pouvant provoquer de l'anxiété et de la dépression. Mais on remarque aussi que c'est une contrainte que l'on peut corriger en s’attelant à régler les problèmes de sommeil. Il faut donc que les Français apprennent à renforcer leur hygiène de sommeil, car c’est une véritable arme pour se rendre plus fort par rapport à ce stress psychosocial. 

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"60% de la population souffre de troubles du sommeil mais on n'en parle pas, on n’amène pas de réponse"- Dr Pierre Philip

D'autant qu'au cours de la crise, il y a eu beaucoup d’actions publiques vis-à-vis des infections, mais aucune sur la prise en charge des troubles du sommeil. Alors que 60% de la population en souffre, on n'en parle pas, on n’amène pas de réponse, c’est surprenant ! Les gens sont pourtant très conscients de ces problématiques, mais les pouvoirs publics ne s'en sont pas emparés.

Comment se définit alors une bonne hygiène de sommeil ?

Dans l'Hexagone, la situation est catastrophique car les Français ne savent pas de quoi il s'agit. On connait de grands principes comme "cinq fruits et légumes" et "10.000 pas" par jour, mais pas la règle "7x7 = 49", à savoir dormir sept heures par nuit, et sept nuits par semaine. 

Une hygiène de sommeil cohérente repose sur la durée, la régularité et la qualité. Il faut éviter les facteurs qui la perturbent, comme le café, le tabac, l’alcool, et tenir un rythme de sommeil plutôt comparable entre la semaine et le week-end. Il faut également veiller à ce que l'horaire du lever soit le plus régulier possible. Une personne est insomniaque dès lors qu’elle ne perçoit pas son sommeil, qu’elle a le sentiment de ne pas dormir. Le cas est sévère quand le patient s’aperçoit que cela est très pénible pour lui et a un retentissement dans son quotidien. 

Les troubles de sommeil n’ont pas tellement de conséquences directes, il s’agit plutôt d’un mécanisme d'association : dans le cas du stress psychosocial, on remarque qu'une désorganisation générale impacte entre autres le sommeil, et un mauvais sommeil renforce notre vulnérabilité. Par exemple, il peut contribuer à une inflammation de bas grade (de faible intensité, ndlr), un facteur de risque de certaines dépressions. 

Quelles sont les catégories de population les plus touchées par ces troubles ? 

Il s'agit des femmes, des personnes isolées, les personnes plutôt jeunes ainsi que celles qui avaient des antécédents anxio-dépressifs. Mais également ceux qui ont ensuite décompensé des stress psychiatriques associés à ces troubles, comme des épisodes dépressifs. 

Parmi les patients contaminés au coronavirus, on a également enregistré un taux très important de plaintes pour des soucis liés au sommeil après leur rétablissement. Le sommeil des soignants a également été perturbé, car ils ont été très exposés au stress. Il y a eu une souffrance indéniable et les dispositifs de prise en charge n’ont pas toujours été opérationnels. 

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Comment remédier à un sommeil de mauvaise qualité ou en carence ? 

Avec Kanopée, il est possible d’évaluer son hygiène de sommeil à l’aide d’un agenda étalé sur une semaine, pour faire un bilan non pas ponctuel, mais répété dans le temps. Ensuite, l’application propose des conseils personnalisés en fonction de sa situation. Ces outils numériques sont très efficaces pour restaurer le sommeil, il faut massivement les utiliser, plutôt que de consulter directement un médecin et de saturer des cabinets déjà débordés. 

Actuellement, on fait exploser le système de santé en envoyant des gens voir des médecins pour de faux prétextes, ce qui prive d'accès aux soins des patients qui subissent les situations les plus sévères. L’application permet au contraire de prévenir et repérer des problèmes de sommeil, en quantifiant leur intensité, et si besoin est, on peut appuyer sur un bouton au bout de l'intervention et solliciter un rendez-vous en fonction de votre région d'origine. 

C'est d'autant plus important que la crise sanitaire est encore assez présente, il y a un stress qui reste toujours très marqué. Je pense qu'il ne faut surtout pas dire que les problèmes sont derrière nous, mais qu'il faut au contraire les considérer. Le retour progressif au travail en présentiel va peut-être améliorer les choses sur le volet chrono-biologique, mais les effets ne sont pas encore là, ce n’est pas complètement gagné. 

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