"On attend de savoir quand on va tomber malade" : chez les enseignants, l'inquiétude face à l'explosion des cas

"On attend de savoir quand on va tomber malade" : chez les enseignants, l'inquiétude face à l'explosion des cas

DÉCRYPTAGE - L'école, qui a échappé aux dernières restrictions, continue de faire face à la crise sanitaire. Mais dans les zones sous tension, l'inquiétude a pris le dessus, les cas se multipliant au sein des élèves et des personnels. Le protocole sanitaire va être renforcé. Un appel à la grève a été lancé, notamment par le SNUipp-FSU.

"Nous sommes face à un effet boule de neige qui commence à ressembler à une avalanche". Basile Ackermann, professeur des écoles à Aulnay-sous-Bois, file la métaphore quand il s'agit d'évoquer son quotidien ces jours-ci. En cause, une épidémie galopante de Covid-19 qui, sur son sillage, provoque des absences au sein du personnel et des élèves, voire des fermetures de classe. Un cas loin d'être anecdotique : les remontées sont identiques aux quatre coins de l'Ile-de-France. 

Une situation qui a poussé le ministre de la Santé, Olivier Véran, à annoncer jeudi soir un nouveau renforcement des protocoles dans les établissements scolaires. 

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"Dans mon école, les collègues absents depuis deux semaines n'ont pas été remplacés, témoigne Basile Ackerman, professeur en CM1/CM2. Les enfants sont répartis dans d'autres classes, augmentant de facto les jauges. Lundi et mardi, j'avais quatre élèves de CE1 et CE2." Comme le relève le secrétaire général de la CGT Éduc'Action 93, ces situations, inédites à l'automne, sont devenues la norme  ces jours-ci avec l'arrivée du printemps. "Depuis quelques semaines, le nombre de contaminations explose à tous les niveaux. On a des remontées de collègues de plus en plus inquiets, une peur s'installe. Ce n'est pas le représentant syndical qui vous parle, là."

"Ne faudrait-il pas refermer les écoles ?"

À l'image de la plupart de ses collègues, l'enseignant observe un édifice qui se craquelle de toutes parts. Les employés chargés du nettoyage ? Cas contact ou malades, certains ne peuvent plus venir. "Nous n'avons plus d'agents pour nettoyer les classes". Or ces dernières doivent l'être quotidiennement... Certains enseignants qui parviennent à échapper au virus, eux, doivent rester chez eux pour garder leurs enfants, cas contact. Et ainsi devoir se faire remplacer. Sans parler des masques, qui parfois viennent à manquer. "Les collègues, ayant constaté les difficultés engendrées par le premier confinement, se battaient pour assurer la continuité pédagogique. Désormais, ils ont peur pour eux et se disent : ne faudrait-il pas refermer les écoles ?" relève l'enseignant.

La situation de la Seine-Saint-Denis n'est pas un cas isolé. À Paris, les établissements du privé sont, eux aussi, rattrapés par l'épidémie. Par exemple dans le nord de Paris : contactée par LCI, une professeure des écoles préférant garder l'anonymat dépeint une situation ubuesque : "Une collègue est malade depuis la semaine dernière, elle a pu être remplacée. En revanche, deux autres enseignantes étant cas contact, l'une est remplacée par une mère d'élève qui, suppléante, s'est proposée. L'autre par une Atsem (ndlr : agent territorial spécialisé des écoles maternelles). Un autre enseignant, lui, est absent, car il doit garder ses enfants, dont la classe a fermé." Bilan : quatre absents sur un total de 14 personnes. 

Une "opacité entretenue" par la rue de Grenelle

En Seine-Saint-Denis, cette pénurie de personnels peut se révéler encore plus frappante. Selon nos informations, l'école élémentaire de la Croix-Rouge, à Aulnay-sous-Bois, a fonctionné ces jours-ci avec 100% de remplaçants, l'intégralité de l'équipe en poste étant soit malade, soit cas contact.  Contactées par LCI, l'école et la mairie d'Aulnay n'ont pas données suite à nos sollicitations. À une poignée de kilomètres de là, au lycée Blaise-Cendrars, les enseignants ont fait usage de leur droit de retrait le 18 mars. Ce jour-là, sept classes étaient concernées par au moins un cas avéré de Covid-19. Et huit cas ont été recensés parmi les enseignants. Cette semaine, 75% d'entre eux étaient absents. Mais le lycée, lui, est toujours ouvert.

Contactée par LCI, l'académie de Créteil a reconnu qu'elle faisait face à "une situation sanitaire compliquée qui perturbe le service." Avant de préciser :  "Il faut également accepter le fait que nous faisons le maximum. Certes, ce n'est pas un service assuré à 100%. Mais compte tenu de la situation que nous vivons, c'est plutôt louable." Les écoles de Seine-Saint-Denis vont-elles manquer de bras ces prochains jours ? "Le ministre a permis le remplacement de personnel supplémentaire. Et nous continuons de recruter",  assure une source au sein de l'Académie. Nous sommes en Seine-Saint-Denis, on peut parfois manquer de candidats. Cependant, nous sommes en mesure de garantir le service. (...) Jamais de la vie l'Éducation nationale n'aurait demandé l'ouverture d'une école sans enseignants. Ce n'est pas possible".

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En effet, malgré le contexte épidémique, maintenir les écoles ouvertes reste une priorité pour le gouvernement. Le ministre de l'Education le répète : "On se contamine moins à l'école que dans le reste de la société". Les chiffres officiels, eux, montrent pourtant une réelle hausse : entre le 12 et le 19 mars, le nombre de cas chez les élèves est passé de 9000 à 15000. Au total, 2018 classes étaient fermées durant ce laps de temps, soit seulement 0,4 % des classes en France. 

Mais la situation sur le terrain serait pire. C'est en tout cas l'avis du SNES-FSU 93 : contacté par LCI, Grégory Thuizat, co-secrétaire départemental, estime que les chiffres du ministère de l'Éducation nationale sont sous-estimés par rapport aux courbes de Santé publique France. Et le syndicaliste de dénoncer une "opacité entretenue" par la rue de Grenelle, qui ne prendrait pas en compte la totalité des chiffres communiqués par les établissements.

"On attend de savoir quand on va tomber malade", constate avec amertume Basile Ackermann. Ce dernier regrette la volonté de la France d'avoir ouvert, coûte que coûte, ses écoles : "Le gouvernement a fait un pari, sauf qu'ils parient avec la santé des personnels. C'est intolérable." Face à cette situation, les syndicats d'enseignants, dont le SNUipp, ont lancé un appel à la grève "comme ultime moyen de protéger leur santé, celle des élèves et des familles". 

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