Covid-19 à l'école : pourquoi l'idée d'avancer ou de prolonger les vacances fait son chemin au sommet de l'État

Covid-19 à l'école : pourquoi l'idée d'avancer ou de prolonger les vacances fait son chemin au sommet de l'État

MESURES SANITAIRES - Face à la flambée épidémique dans les 19 départements confinés, les classes doivent désormais fermer dès le premier cas de Covid-19. Si la situation devait encore s'aggraver, l'idée d'une fermeture anticipée, toutes zones confondues, fait son chemin. Un sujet "pas tranché", a fait savoir mardi soir l'entourage de Jean-Michel Blanquer.

Depuis des semaines, l'exécutif ne cesse de rappeler qu'une fermeture des écoles ne serait décidée qu'en dernier recours face à une reprise de l'épidémie. Le gouvernement a même fait du maintien en classe la marque de fabrique de sa gestion de l'épidémie. 

Pour autant, face à la flambée de l'épidémie dans les 19 départements soumis à des restrictions sanitaires plus fortes, des voix ne cessent de s'élever, tant chez les scientifiques que dans l'opposition, pour réclamer une fermeture immédiate des établissements scolaires, suspectés de favoriser une partie des contaminations actuelles. Si le ministre de l'Éducation, Jean-Michel Blanquer, déplorait lundi soir, devant des cadres LaREM, "une focalisation médiatique pas forcément justifiée" sur les contaminations en milieu scolaire, la possibilité de prendre une décision plus radicale n'a jamais été écartée par l'exécutif. Le sujet sera vraisemblablement au cœur des échanges lors du conseil de défense sanitaire prévu ce mercredi. 

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Une proposition, notamment, a eu un écho au sein du gouvernement. Celle de la présidente du Conseil régional d'Ile-de-France, Valérie Pécresse, qui a suggéré le 24 mars d'avancer les vacances scolaires, qui ne commencent en principe que le 

17 avril en zone C. "Je me demande si la bonne mesure ne serait pas d’avancer les vacances scolaires de 15 jours afin de fermer les écoles dès le 2 avril", a-t-elle expliqué. D'autres options ont été avancées par la suite, comme celle de fusionner l'ensemble des zones, ce qui permettrait de fermer toutes les écoles à partir du 10 avril, date correspondant aux vacances de la zone A, et potentiellement jusqu'au 3 mai, date de fin de vacances pour la zone C. Une période qui pourrait s'avérer utile, non seulement pour désengorger les réanimations, mais aussi pour accélérer la vaccination, notamment au sein du personnel scolaire où la campagne devrait démarrer après la mi-avril.  

Dans le milieu scientifique, une telle mesure serait saluée. "Il faut fermer les écoles au plus vite", a plaidé l'infectiologue Eric Caumes, le 28 mars sur LCI. "J'ai suggéré que les vacances de Pâques soient avancées de quinze jours. Nous devrions être en vacances dès lundi, avec des conséquences, j'en suis conscient. Il n'y a pas d'autres solutions si nous voulons casser les chaînes de transmission. Il faut s'attaquer aux transmissions dans le milieu du travail et en milieu scolaire."

Une piste possible dont le gouvernement craint les conséquences

Jusqu'ici, l'exécutif n'a pas validé cette option, qui avait d'ailleurs été déjà avancée - et écartée - avant les vacances d'hiver. Jean-Michel Blanquer s'est montré très sceptique à ce sujet lors de sa conférence de presse du 26 mars. "Pendant les vacances scolaires, il peut y avoir parfois plus de contaminations que pendant les périodes scolaires", a-t-il argumenté, expliquant notamment que les précédents congés d'hiver avaient pu se traduire par un rebond des contaminations. "C'est pourquoi les mesures consistant à avancer les vacances scolaires doivent être regardées avec beaucoup de discernement, car elles ne sont pas toujours les mesures les plus appropriées."

"Toutes les propositions sont utiles, surtout quand elles ne nient pas la réalité des faits et qu'elles cherchent à trouver des solutions", a toutefois salué le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal à l'attention de Valérie Pécresse, même si ce dernier s'est montré également dubitatif en raison de "l'impact" d'une fermeture anticipée "pour les familles, qui auraient alors des difficultés pour s'occuper de leurs enfants tout en devant continuer à travailler". 

Pour autant, l'idée fait bel et bien son chemin au sein du gouvernement. Alors que ce dernier continue de privilégier "la territorialisation des mesures" face au Covid-19, "on peut imaginer, pour les écoles, d'avancer, voire de rallonger les vacances scolaires pour avoir un bloc commun sur toutes les zones", a confirmé lundi soir à LCI une source au sein de l'exécutif. Une autre source gouvernementale indiquait que les autorités s'interrogent aussi sur la possibilité de fermetures par classe d'âge (maintenir les écoles ouvertes, mais fermer ou limiter les collèges comme les lycées), qui pourrait également compliquer la vie des familles ayant des enfants à la fois dans le premier et le second degré - ce qui plaiderait pour une fermeture générale à l'occasion des congés.  "Toutes les questions que vous posez sont sur la table", a en outre indiqué le ministre de la Santé, Olivier Véran, interrogé à ce sujet mardi à l'Assemblée nationale. 

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Un relatif consensus politique

Si le gouvernement veut repousser le plus possible la perspective d'une fermeture des classes, même sous couvert de vacances anticipées, la mesure semble désormais rencontrer un certain consensus politique. "On accueille cette proposition avec bienveillance, ça n'a rien d'absurde", répondait la semaine dernière à Valérie Pécresse un cadre de la majorité LaREM, interrogé par LCI. "Ce n'est pas la décision du jour, mais c'est une possibilité, du moins en dernier recours. Valérie Pécresse sait bien que ça fait partie des hypothèses sur la table." Le patron du groupe LaREM à l'Assemblée nationale, Christophe Castaner, a d'ailleurs expliqué qu'il n'y avait "pas de tabou sur la fermeture des écoles", mardi en réunion de groupe.

"Je souhaite qu'on avance les congés scolaires pour freiner le virus et gagner du temps", a également plaidé le patron du PS, Olivier Faure, mardi matin sur LCI. Même son de cloche du côté du secrétaire national du PCF, Fabien Roussel. "Évitons le carnage ! Trop de morts !", a tweeté ce dernier. "Le gouvernement doit profiter des vacances d'avril pour annoncer des mesures fortes", a-t-il estimé, citant "une fermeture utile des écoles" associée à "une vaccination en urgence des personnels". Dimanche, la présidente du RN Marine Le Pen jugeait que le gouvernement ne pouvait "plus faire autrement" que de fermer les établissements "plutôt que d'attendre que les classes ferment les unes après les autres"

Le sujet "pas tranché"

Une telle décision, pour certains, pourrait en effet clarifier la situation actuelle. En vertu du nouveau protocole mis en place dans les 19 départements confinés, obligeant les écoles à fermer les classes dès le premier cas de contamination, les cas de ce type se démultiplient depuis le début de la semaine. Pour autant, pas sûr que le gouvernement ne se précipite sur le sujet. "On a déjà pris de nouvelles mesures pour les écoles vendredi", a expliqué mardi à LCI une source gouvernementale. "Il est trop tôt pour voir si la mesure a un impact. Donc on pourrait très bien décider, demain, de se laisser encore un peu de temps."

Le sujet des écoles "n'est pas tranché", a confirmé mardi soir à LCI l'entourage du ministre de l'Éducation nationale Jean-Michel Blanquer. Plusieurs possibilités sont sur la table à ce stade : une fermeture des établissements par niveaux, par territoire ou bien sous la forme d'une mesure nationale. "On a encore des leviers pour durcir le protocole et maintenir la présence à l'école", nous a-t-on précisé. Avec ce dernier commentaire : "Cela paraîtrait curieux qu'il n'y ait aucune mesure pour l'école dans les deux semaines".

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