Covid-19 : directeurs de collèges et lycées s'opposent à la levée du secret médical à l'école

Un amendement du gouvernement prévoit d'autoriser aux directeurs d'établissements scolaires de connaître le statut vaccinal de leurs élèves. Un texte qui doit encore être entériné mais qui suscite déjà des crispations.

POLÉMIQUE - La proposition de loi sur l'extension du pass sanitaire, votée mercredi au Parlement, prévoit également que les chefs d'établissements scolaires puissent connaître le statut vaccinal des élèves. L'initiative ne convainc pas les directeurs du secondaire, satisfaits du protocole actuel.

Les chefs d’établissements du secondaire montent au créneau. Le texte prévoyant d'étendre le pass sanitaire jusqu'au 31 juillet 2022, voté dans la nuit de mercredi à jeudi 21 octobre par l'Assemblée Nationale, comprend un amendement portant sur la "vigilance sanitaire" qui permet aux directeurs d’école, principaux et proviseurs de connaître le statut vaccinal des élèves. L'initiative ne fait pas l'unanimité du côté des équipes pédagogiques.  

Actuellement, aucun élève n’est dans l’obligation d’indiquer s’il est vacciné ou non, en vertu du secret médical. Mais le texte prévoit que "les directeurs des établissements d’enseignement scolaire du premier et du second degré et les personnes qu’ils habilitent spécialement à cet effet (les principaux et les proviseurs)" puissent "avoir accès aux informations relatives au statut virologique des élèves, à l’existence de contacts avec des personnes contaminées ainsi qu’à leur statut vaccinal"

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L’amendement viserait ainsi à "faciliter l'organisation de campagnes de dépistage et de vaccination et d'organiser des conditions d'enseignement permettant de prévenir les risques de propagation du virus" et donc, in fine, les fermetures de classe.

Une mesure "complètement déconnectée"

"C’est une mesure qui est assez surprenante à ce stade", estime Bruno Bobkiewicz, secrétaire général du syndicat des personnels de direction (SNPDEN-UNSA) et proviseur d’une cité scolaire à Vincennes, interrogé sur LCI dans la vidéo en tête de cet article. "La question avait déjà été évoquée cet été mais n’avait finalement pas été retenue. Depuis, d’autres dispositions sont mises en place depuis presque huit semaines, qui donnent totale satisfaction."

Le protocole mis en place pour l'heure dans les collèges et les lycées repose uniquement sur les déclarations sur l’honneur des parents. En cas de Covid déclaré dans une classe, ils doivent indiquer si leur enfant est vacciné ou non, car seuls les jeunes non vaccinés suivent alors les cours en distanciel. Un dispositif qui offre de bons résultats, selon Bruno Bobkiewicz. "Nous ne sommes pas du tout demandeurs de cette mesure, c’est plutôt une mesure du ministère de la Santé qui est complètement déconnectée du besoin et du fonctionnement actuel plutôt qu’une idée de l’Éducation Nationale", lance-t-il. 

"Une telle mesure porte les prémices d’une stigmatisation des élèves dans l’exercice de leur égal droit à l’éducation", s'inquiète de son côté la fédération des parents FCPE dans un communiqué publié le 19 octobre, estimant que seuls les vaccins obligatoires doivent être connus des infirmiers et médecins scolaires et de la direction. 

Dans le primaire en revanche, l’initiative est bien accueillie. Elle permettrait d’"éviter un retour des enfants en classe quand ils ont un membre de leur famille testé positif ou qu’ils le sont eux-mêmes", estime Guislaine David, porte-parole du SNUipp-FSU, syndicat majoritaire chez les professeurs des écoles, dans Le Monde.

Du "bon sens" pour LaREM, "une brèche" selon l'opposition

Une "mesure de bon sens", a défendu de son côté la présidente déléguée du groupe LaREM Aurore Bergé jeudi sur franceinfo. Le dispositif actuel comporte "le risque éventuellement que toutes les attestations sur l'honneur ne soient pas véridiques", a-t-elle souligné, avant d’affirmer le but de l'amendement est "de protéger nos adolescents parce que le risque épidémique peut aussi les concerner"

"Quand j'entends des gens irresponsables hier dans l'hémicycle disant 'il n'y a aucun risque', mais qu'en savent-ils ?", a-t-elle tancé, en faisant valoir que le gouvernement a déployé la "couverture vaccinale aussi pour les 12-17 ans" parce qu'il "considère qu'il y a un risque"

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À l'unisson des autres oppositions, le LR Philippe Gosselin a fustigé mercredi les projets du gouvernement : "Vous ouvrez une brèche impensable dans un secret (médical à l'école, ndlr) qui doit être conservé." Des sénateurs se montrent déjà critiques vis-à-vis de cet amendement, si bien que le passage du texte au Palais du Luxembourg pourrait être compromis. "Ça ne me paraît pas être le rôle d’un enseignant que de contrôler la situation sanitaire des enfants", a estimé jeudi sur Public Sénat le patron des sénateurs socialistes Patrick Kanner, qui se dit "très réservé" sur cette mesure.

Selon les dernières données du ministère de la Santé, 75% des 12-17 ans ont reçu une première dose de vaccin et 71% sont totalement vaccinés. 

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