En prison, des permissions et remises de peines facilitées pour les détenus vaccinés ?

Le ministère de la Justice évoque une maladresse, observée uniquement dans un centre pénitentiaire de Guadeloupe.

INCITATIONS - Un document incitant à la vaccination a été distribué à des détenus en Guadeloupe. Perçu par beaucoup d'entre eux comme une forme de chantage, sa diffusion a été interrompue. Le ministère évoque une "maladresse".

Pour convaincre les détenus de se faire vacciner, leur indique-t-on qu'une attestation de vaccination serait "prise en compte dans les dossiers de demandes de permission, d’aménagement de peine et l’octroi des réductions de peine supplémentaires" ? C'est que laisse clairement entendre un document, dont une copie a circulé sur les réseaux sociaux. 

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Il s'agit d'un formulaire, sur lequel le détenu est invité à renseigner diverses informations personnelles, ainsi que son souhait de se faire vacciner ou non. Une injection dont on peut lire qu'elle est proposée par l'ARS de Guadeloupe, ainsi que par l'unité sanitaire du contre pénitentiaire de Baie-Mahault, situé au centre de l'île.

Initiative "isolée"

S'agit-il d'un document authentique ? A-t-il été diffusé ailleurs qu'en Guadeloupe ? LCI a contacté pour le savoir le secrétaire local de FO Pénitentiaire, Alex Caneval. Il confirme "qu'en tant que syndicaliste", il a "pu trouver le document en question", évoqué par des détenus. "On ne sait pas d'où il sort", glisse-t-il, ajoutant que les surveillants pénitentiaires n'avaient pas été mis au courant de sa distribution. "Le directeur est passé voir les détenus en porte-à-porte", ajoute-t-il, déplorant une telle initiative. 

La prise en compte du statut vaccinal des détenus ? "On ignore ce que veut dire cette petite phrase", lance Alex Caneval. "Les détenus y voient du chantage, et en prison le chantage engendre des débordements." Évoquant des agents pénitentiaires "à bout de nerfs", un tract de FO condamne fermement ce qu'il qualifie de "torchon". Le représentant syndical quant à lui, note qu'à sa connaissance, le document n'a été partagé dans "aucune autre prison". Pas plus en métropole qu'en Martinique, en Guyane, ou à la Réunion.

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Du côté du ministère de la Justice, joint par LCI, on insiste sur le "caractère isolé de cette initiative", qui ne traduit en aucun cas une "consigne de l'administration pénitentiaire". Cette "maladresse" a fait l'objet d'un cadrage, afin que "ce formulaire ne soit plus donné" aux détenus. Le ministère ajoute qu'il "ne correspond pas au sens d'un aménagement de peine", puisque "c'est le juge qui se prononce en fonction de critères fixés par la loi, et jamais en fonction de critères uniques".

Est aussi rappelée l'importance de la "liberté juridictionnelle" : les juges d'applications des peines "interpréteront chacun les conséquences à tirer de cette éventuelle vaccination". "Qu'ils puissent y voir un acte civique, pourquoi pas, mais cela ne constituera pas un critère prépondérant", souligne-t-on. Quoi qu'il en soit, le ministère met en avant une politique incitative à la vaccination et sa "volonté de vacciner des détenus, pour protéger les détenus autant que les agents". Rappelons en passant que le centre pénitentiaire de Baie-Mahault, celui-là même où a été diffusé ce formulaire, a été touché par un cluster il y a presque un an jour pour jour.

Des documents similaires ont-ils été distribué ailleurs en France ? Non, répondent les autorités, selon qui il s'agit uniquement d'une "initiative locale". Un geste certes maladroit, mais que le ministère souhaite remettre dans son contexte. Il évoque ainsi la "situation sanitaire critique et très dégradée en Guadeloupe", ainsi que les difficultés auxquelles font face les hôpitaux sur place.

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