Covid-19 : face à la multiplication des absences de profs, des contractuels "bouche-trous"

Ina FASSBENDER / AFP

ETAT DES LIEUX - Positifs au Covid-19, cas contact ou "vulnérables", les enseignants manquant à l'appel sont plus nombreux qu'à l'accoutumée. Si l'annonce d'une vague de recrutements de contractuels est un moindre mal, la communauté éducative ne s'en satisfait pas pour autant.

Vers une pénurie de profs ? C'est l'une des craintes qui a accompagné la rentrée des vacances de la Toussaint, en pleine recrudescence de l'épidémie, alors que le reconfinement venait d'être annoncé et la liste des profils "à risque" face au Covid-19 élargie. Un mois plus tard, entre ces personnels dits "vulnérables", les cas positifs et les cas contacts, les enseignants manquant à l'appel sont en effet bien plus nombreux qu'à la même période les années précédentes. "Nous n'aurons des chiffres que d'ici deux mois mais c'est une certitude", prévient déjà Guislaine David, porte-parole du premier syndicat du primaire SNUipp-FSU, précisant que les craintes formulées depuis plusieurs semaines par les organisations syndicales étaient "justifiées."

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Des témoignages de parents d'élèves affluent pour attester d'une situation des plus délicates. De la Creuse aux Bouches-du-Rhône en passant par l'Essonne ou Paris, tous font état des mêmes difficultés rencontrées pour pallier l'absence d'un ou plusieurs enseignants et des conséquences qui en découlent dans les classes concernées, voire au sein des familles. Car il a bien fallu aviser. Si certains élèves n'ont eu école que quelques jours dans la semaine, il est arrivé que des classes entières soient réparties dans d'autres. Mi-novembre, les syndicats d'enseignants alertaient notamment sur la situation d'une dizaine de classes de primaire de Creuse, fermées faute de professeurs pour remplacer les absents en pleine crise sanitaire.

"Tout cela était prévisible"

En début de semaine, la directrice d'une école primaire de l'Essonne a, par exemple, annoncé aux élèves d'une classe de CM2 qu'ils n'auront plus classe jusqu'aux vacances de février, leur enseignante enceinte n'étant plus remplacée. Pourquoi ? Sa remplaçante s'était vue demander par le rectorat d'intervenir dans une autre école. Finalement, ce dernier est revenu sur sa décision. Dans ce département de région parisienne, où se concentre justement un certain nombre de personnels vulnérables, on recense a peu près 150 classes non pourvues de remplaçant par jour, précise le SNUipp-FSU.

"Depuis des années, on coupe dans les personnels des brigades de remplacement et sur des épisodes comme celui que l'on vit, on le paye", déplore Guislaine David. Selon elle, "cette crise est venue exacerber toutes les difficultés que l'école rencontrait déjà parmi lesquelles figurent les difficultés de remplacement". Et de poursuivre : "Tout ce qu'il se passe était prévisible, tous les ans entre novembre et janvier, avec les maladies de l'hiver, ont est déjà confrontés à des difficultés de remplacement ; cela vient s'ajouter aux congés maternité dans une profession qui, on le sait aussi, est très féminisée." Pour rappel, les femmes représentent près de 80% des enseignants dans le pré-élémentaire et l'élémentaire. Or, celles qui se trouvent dans leur troisième trimestre de grossesse, sont désormais considérées comme personnels vulnérables. 

Recrutement de 6000 contractuels dans le premier degré

Au sein de l'Education nationale, les "personnels vulnérables" représentaient 8 % à 9 % des effectifs, assure-t-on rue de Grenelle, soit entre 70.000 et 80.000 fonctionnaires. Tous toutefois ne sont pas en arrêt de travail, certains choisissant notamment de faire cours avec des masques FFP2, précise le ministère. Malgré cela, avec un vivier de 80.000 professeurs remplaçants, la marge est trop faible puisqu'il faut donc ajouter à ces profils à risque les enseignants positifs au Covid, les "cas contact" et les arrêts pour tout autre motif. C'est ce qui a conduit le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer a autoriser fin novembre l’embauche de 6000 remplaçants contractuels supplémentaires pour le premier degré, et 8000 assistants d’éducation (AED) pour les collèges et lycées. 

Un moindre mal pour la communauté éducative pour qui la situation est toutefois encore loin d'être satisfaisante. D'une part parce qu'il va falloir trouver ces nouveaux enseignants rapidement, "ce qui n'est pas gagné". D'autre part parce que cela pose question concernant la qualité de l'enseignement. "Le ministère a acté le fait qu'on a besoin de remplaçants ce qui est un bon point (...) mais ces derniers ne vont pas être formés, et ce sont des remplacements de quelques mois alors qu'on est favorables à des emplois pérennes", commente la porte-parole du premier syndicat du primaire SNUipp-FSU.

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"On met devant les élèves des personnels qui ne sont pas formés"

"Recruter des contractuels est moins habituel dans les écoles qu'au collège et lycée" commente le vice-président national du SNALC, Jean-Rémi Girard, qui reconnait que dans le second degré l'effet de ces absences liées au Covid-19 et leur non-remplacement est moins prégnant. "L'absence d'un professeur au collège ne signifie pas qu'il n'y a pas cours de la journée contrairement à ce qui peut se produire à l'école surtout quand la situation se prolonge". Au sujet du recrutement annoncé de contractuels, il va plus loin en évoquant une "fonction de bouche-trous probablement pour un temps relativement court". Et de développer à son tour : "Parce qu'on doit recourir à des recrutements improvisés, on met devant les élèves des personnels qui ne sont pas formés, qui n'ont pas le concours (...) sans compter que ces contractuels, suivant le cas, sont plus ou moins preneurs c'est notamment le cas chez les surveillants."

Du côté de la fédération des Parents d'Elèves de l'Enseignement Public (PEEP), on préfère voir le verre à moitié à plein. "Il n'y a pas eu le raz-de-marée en termes d'absences que l'on pouvait redouter et en ce qui concerne Paris, on peut dire que les efforts sont faits pour créer le moins de situations anxiogènes possible, de là à dire que tout va bien, il ne faut pas exagérer", résume Cécile Frattaroli, porte-parole, évoquant dans certains établissements, et particulièrement certains départements, un système "inégal, imparfait et pas satisfaisant". Elle a elle-même été concernée à titre personnel puisque dans chacun des deux établissements où sont scolarisés ses enfants, des professeurs qui faisaient classe en septembre, mais reconnus personnels vulnérables depuis novembre, ont du s'absenter au retour des vacances de la Toussaint. 

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