Covid-19 : la fin du masque obligatoire en extérieur, c'est vraiment "pour bientôt" ?

Covid-19 : la fin du masque obligatoire en extérieur, c'est vraiment "pour bientôt" ?

DELIVRANCE - Les masques pourraient tomber prochainement dans les rues de l'Hexagone, selon de nouvelles déclarations du ministre de la Santé Olivier Véran. Déjà franchie dans certains pays, cette étape symbolique conforte la position de nombreux experts face au peu de contaminations à l'air libre.

Devrons-nous encore nous couvrir le visage à l'extérieur cet été ? Sur la table depuis que la France a amorcé la première phase de son déconfinement, cette question est loin d'être tranchée. Le ministre de la Santé vient toutefois d'ouvrir la porte à un allègement de cette obligation dans des cas précis si la situation épidémique s'avère favorable. 

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La France face à une 3e vague d'ampleur

Pourquoi la question divise-t-elle autant les experts de santé publique ? Pour quel timing les autres pays qui se déconfinent  ont-ils opté ? On fait le point.

Vers un été sans masque ?

La France va "bientôt" arriver à un point où le masque ne sera plus obligatoire en extérieur, a déclaré lundi le ministre de la Santé Olivier Véran sur BFMTV, interrogé par la chaîne à propos de cette échéance. "Si la circulation du virus continue à baisser, ça va être rapidement envisagé", a-t-il ajouté sans vouloir donner de date. Mais cela ne vaudra que dans certaines situations a-t-il insisté. "Quand vous êtes dehors, dans le centre d'une grande ville, avec plein de boutiques, vous allez faire la queue dehors, vous allez manger, vous allez croiser des gens etc. Là, tant qu'on n'a pas un niveau de couverture vaccinale adéquate, il paraît plus prudent de maintenir l'obligation de port du masque", a détaillé le ministre. En revanche, "si vous êtes seul ou quelques-uns dans un très grand espace, très aéré comme une plage, une montagne, une forêt, un parc, une rue déserte, là on doit pouvoir être rapidement amené à revenir sur l'obligation du port du masque dans cette situation", selon lui.

Le 4 mai dernier alors que la France entamait la première phase de son déconfinement, le ministre avait déjà été interrogé sur ce point. "J’espère que ça sera cet été. J’espère sincèrement que ce sera cet été", avait-il déclaré sur Europe 1. 

Pourquoi ça serait pertinent ?

Si aucune date n'est arrêtée pour l'heure, de nombreux scientifiques s'accordent désormais à dire que le risque de transmission du Covid-19  est moindre à l'air libre et que se trouver dans une pièce en intérieur est plus risqué car l'air y est alors comme emprisonné, notamment lorsqu'elle n'est pas aérée. "Pour être infecté, il faut une charge virale suffisante. Ce n'est théoriquement pas impossible, mais, depuis le début de l'épidémie, aucun cluster à l'extérieur n'a été documenté", avait notamment reconnu  le directeur de l'Institut de santé globale à Genève, Antoine Falhaut, dans le JDD le 2 mai.

Plusieurs études sont d'ailleurs venues renforcer cette idée au cours de l'année écoulée, en montrant que la vaste majorité des contaminations se produisent lors d'un contact en intérieur avec une personne infectée. En plus d’un an de pandémie, seuls quelques clusters ont été détectés à ciel ouvert dans les pays occidentaux. En France, le village de Cournonterral (Hérault) a recensé 30 cas de Covid-19 après le rassemblement de 100 personnes durant la fête des Pailhasses, début février. D’autres contaminations en terrasse, au Royaume-Uni par exemple, ont été recensées. Mais ces épisodes restent rarissimes. Sur 318 clusters en Chine, un seul s’est produit en extérieur, selon une étude parue en juillet 2020. En Irlande, environ 0,1% des cas confirmés résultent de contaminations en plein air, selon le Health Protection Surveillance Centre, département statistique des services de santé irlandais. Publié en septembre 2020, le rapport d'un chercheur de l’université de Canterbury, au Royaume-Uni, fait état d’environ 6% de contaminations à l’air libre. Ce serait plutôt 10%, selon une étude plus récente, publiée le 15 février dernier, dans la revue Journal of infectious Diseases.

... ou au contraire prématuré ?

Si le risque de contamination à l'air libre est moindre, il n'est pour autant pas nul. "Les contaminations peuvent avoir lieu dans des zones de fort brassage où des personnes sans masque se retrouveraient proches. Les marchés, les foules... Bref quand la distance de plus d'un mètre ne peut être respectée", détaille auprès de L'Express Christian Rabaud, médecin infectiologue au CHU de Nancy. "Pour une personne se promenant seule, ou quasiment seule, il n'y a aucun risque à transmettre le virus", poursuit-il. Et de conclure : "Le message ne doit pas être : 'Parce qu'on est à l'extérieur, il ne peut rien se passer', même s'il est bien moindre, le risque n'est pas nul". Pour cette raison, certains experts avancent que l'intérêt de rendre le port du masque obligatoire à l'extérieur est de simplifier le message à destination du public.

Comment ça se passe ailleurs ?

La position française concernant le port du masque à l'extérieur n'est pas une exception. Au Portugal par exemple, où la dernière étape d'un déconfinement graduel a été entamée le 1er mai, l'état d'urgence a été rétrogradé au niveau d'une "situation de calamité", un cadre juridique permettant aux autorités de maintenir certains secteurs d'activité fermés, d'imposer le port du masque en extérieur ou de maintenir l'obligation du télétravail quand c'est possible. En Belgique, qui se déconfine aussi, la question de lever l'obligation de port du masque à l'extérieur est encore en discussion, un taux de 30-40% de vaccination de la population ayant été évoquée par certains experts ces dernières semaines.

Si dans d'autres pays, comme Israël, c’est une réalité depuis le 18 avril, notons que l'État hébreu avait entamé son déconfinement début février et qu'il aura donc fallu attendre plus de deux mois pour que le port du masque ne soit plus obligatoire. Depuis le 27 avril, les Américains vaccinés contre le Covid-19 n’ont, eux aussi, plus besoin de porter de masque en dehors des lieux clos, sauf lorsqu’ils se trouvent dans des foules. 

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Mais Olivier Véran s'est dit lundi réservé quant à cette politique des Etats-Unis. Le président "Joe Biden a fait une communication très importante en disant: portez le masque ou vaccinez-vous. L'effet immédiat, et c'est très critiqué aux Etats-Unis depuis trois-quatre jours, c'est une chute de l'adhésion à la vaccination. (...) Il faut être prudents", a considéré le ministre.

 "Le plus grand risque qu'on prendrait, c'est d'y aller trop vite trop fort, de dire: c'est parti, on y va. Et dans un mois, dans trois semaines, dire: les amis, il y a un problème, le virus réaugmente, il y a des hospitalisations, on referme", a-t-il développé. 

Ailleurs, comme en Suisse, ou en Australie, le masque n'a jamais, ou très ponctuellement, été obligatoire dehors. 

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