Covid-19 : la vaccination des enfants et ados devient-elle incontournable ?

Covid-19 : la vaccination des enfants et ados devient-elle incontournable ?

POINT D'ÉTAPE - Les États-Unis et le Canada autorisent les injections pour les 12 à 15 ans. De quoi relancer en France le débat sur la vaccination des mineurs dans le but d'atteindre l'immunité collective.

Pour atteindre l'immunité collective, il faudra "peut-être vacciner les enfants", estime Alain Fischer, professeur d'immunologie pédiatrique et président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale. "Si on ne cherche à vacciner que les adultes, on aura du mal à arriver" à cet objectif d'immunité collective, "même si tout le monde y met du sien" a-t-il développé lundi 17 mai sur franceinfo. Reste à s'assurer que les vaccins présentent une "sécurité" absolue, soient "efficaces" et à déterminer l'âge à partir duquel l'administrer, "peut-être qu'il suffirait de vacciner les plus de 10 ans", a-t-il développé au micro de nos confrères. 

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Covid-19 : le défi de la vaccination

De quoi relancer la question, longtemps taboue, de la vaccination des enfants et des adolescents en France. Alors qu'outre Atlantique les jeunes de 12 à 15 ans peuvent désormais recevoir des doses du vaccin Pfizer/BioNTech. Première étape avant une éventuelle ouverture de la vaccination aux mineurs en France, ceux de 16 et 17 ans pouvant développer des formes graves du Covid-19 peuvent se faire vacciner depuis le 6 mai. Où en est la France dans sa réflexion ? Quels sont les pays prêts à se lancer ? Dans quel but ? On fait le point.

Où en sont la France et l'UE sur ce sujet ?

La question de la vaccination des adolescents "est sur la table", a admis le 4 mai sur Europe 1  Olivier Véran qui avait pourtant indiqué quelques jours plus tôt en conférence de presse qu'elle n'était "pas d'actualité" et qu'il n'y avait "pas d’urgence". Le ministre de la Santé avait notamment justifié cette position par le fait que les enfants et les adolescents sont moins exposés aux formes graves de la maladie. "Notre objectif, c'est de continuer à protéger les personnes exposées aux formes graves [...] puis viendra la population adulte", avait-il ainsi souligné le 22 avril. Et de poursuivre : "Faudra-t-il dans un troisième temps vacciner les enfants ? C'est une question à l'échelle mondiale à travers les études scientifiques dont les premières données montrent que les vaccins sont sûrs et efficaces sur les enfants et à l'échelle des pays à travers les groupes d'experts".

De son côté, l'Union européenne ne devrait statuer sur le sujet qu'en juin, l'Agence européenne des Médicaments (EMA) ayant entamé début mai l'"évaluation accélérée" des données transmises par Pfizer et BioNTech. D'ici là, à l'exception des 16 et 17 ans atteints de certaines maladies graves autorisés à se faire vacciner depuis le 6 mai, les mineurs restent non éligibles à la vaccination en France.

Quels sont les pays prêts à se lancer ?

Le Canada et les États-Unis ont d'ores et déjà ouvert la vaccination dès 12 ans avec le vaccin de Pfizer/BioNTech, respectivement le 5 et le 10 mai. Très avancé dans sa campagne vaccinale, Israël s'apprête à faire de même. 

Plus proche de nous, en Allemagne, cette possible extension de la vaccination aux adolescents pourrait avoir lieu "au plus tard pendant les vacances d'été", a indiqué le ministre allemand de la Santé, Jens Spahn. 

Quel est l'enjeu ?

Derrière le choix d'étendre la vaccination aux plus jeunes réside un enjeu principal : atteindre l’immunité collective. "Si on se fie au niveau de contagiosité du variant britannique, il faudrait probablement que 75% de la population totale, enfants compris, soit vaccinée", avançait déjà début mai à nos confrères de l'AFP Alain Fischer. Si on ne vaccine pas du tout les mineurs, cela implique de vacciner "80% à 85%" des adultes, illustre l'immunologue français. À titre de repère, selon une étude, les parents d'enfants scolarisés au collège, au lycée, ou en garde chez une assistante maternelle ont plus de risques d'attraper le Covid que les autres. 

Mais "vacciner les enfants, c'est d'abord les protéger contre le virus. Les formes graves sont rares mais existent, sans oublier le risque de Covid long chez les enfants, qui existe mais est encore très peu documenté", avance pour sa part Elisa, cofondatrice du collectif "Écoles et familles oubliées". 

Quelles sont les principales réserves ?

L'une des réserves émises à l'égard de la vaccination des plus jeunes est d'ordre éthique. "C'est un enjeu dans les pays où la circulation virale est encore très élevée. Mais je ne pense pas que ça fasse sens là où il n'y a quasiment plus de virus", estime ainsi auprès de l'AFP Beate Kampmann, professeure en maladies infectieuses pédiatriques à la London School of Hygiene and Tropical Medicine. Dans une situation où le virus circulerait peu et où la plupart des personnes fragiles seraient déjà vaccinées, "on éviterait plus de souffrances en laissant les vaccins à des pays où il y a beaucoup de gens gravement malades et de morts, comme en Inde, plutôt qu'en faisant vacciner nos adolescents", juge-t-elle encore. Pour le Pr Odile Launay de l'Hôpital Cochin AP-HP, membre du comité scientifique vaccin Covid-19, il est normal que le sujet soit débattu. "Aller vacciner une population qui ne présente pas de risque de faire des complications pour permettre d'obtenir cette immunité collective, ça peut être discuté", admet-elle.

A l'échelle de la France, l'autre bémol inhérent à la vaccination des mineurs a trait à la défiance. L'intention vaccinale semble en effet diminuer avec l'âge, selon plusieurs sondages qui n'ont toutefois pas été réalisés auprès de mineurs. Mais le cas échéant, leur vaccination nécessitera un double accord : celui d'un parent et du mineur lui-même. Autre signe de cette défiance : la reprise sur les réseaux sociaux de mots-dièses très relayés par la sphère complotiste comme #touchepasamesgosses et #touchepasamesenfants et repérés dans plus de 25.000 tweets fin avril.

Qu'ont conclu les études pour cette tranche d'âge ?

Toujours selon l'infectiologue Odile Launay, la question de l'efficacité sur les mineurs des vaccins, jusqu'ici testés chez les adultes, fait peu de doute. "En général, les enfants ont une bien meilleure réponse immunitaire que les adultes", a expliqué à l'AFP la membre du comité sur les vaccins Covid en France, "par contre, réglementairement et éthiquement, on est obligés d'avoir des données de sécurité plus spécifiques à cette population", a-t-elle ajouté.

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Les demandes déposées par Pfizer/BioNTech se basent sur les résultats d'une étude clinique de phase 3 menée sur les 12-15 ans, annoncés fin mars, concluant à "une efficacité de 100%" selon les laboratoires. Le vaccin a également été "bien toléré et les effets secondaires étaient généralement cohérents avec ceux observés" chez les 16-25 ans, assurent-ils, ajoutant qu’une étude est en cours pour les 5-12 ans et que les résultats sont attendus d'ici juillet. À noter que le laboratoire américain prévoit de demander en septembre à la Food and Drug Administration, l'autorité sanitaire américaine, une autorisation d'urgence pour administrer son vaccin aux enfants âgés de 2 à 11 ans. 

De son côté, Moderna a annoncé le lancement d’essais de son vaccin sur 6750 enfants âgés de 6 mois à 11 ans, aux Etats-Unis et au Canada, les résultats étant là encore attendus prochainement. L'université d'Oxford a pour sa part suspendu début avril l'essai du vaccin AstraZeneca sur les 6-17 ans face au risque rare de thromboses atypiques observé chez des adultes. Il n'y avait toutefois à ce stade "pas d'inquiétude concernant la sécurité de l'essai clinique pédiatrique", précise l'université britannique.

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