"Sans le vaccin, on ne pourra plus rien faire" : à Paris, MSF organise la campagne chez les plus précaires

Devant les tentes de Médecins Sans Frontières dédiées à la vaccination, certains attendent depuis 8h du matin.

REPORTAGE - Depuis début juin, l’association Médecins Sans Frontières vaccine les personnes les plus précaires dans des cliniques mobiles. Rendez-vous au nord de Paris, où près de 120 doses sont administrées chaque jour.

Bathily n'a pas pris le temps de se reposer après son travail de nuit. Il attend patiemment son tour. Dans la queue des premières doses, ce quinquagénaire explique s’être fait dépister avant de venir, croyant que cela était exigé. "Je travaille dans les salles de mariage, de spectacle… Je fais le nettoyage. Il y a beaucoup de monde. Rien qu’hier soir, il y avait au moins 300 personnes." La société qui l’emploie lui a demandé d’avoir ses deux doses d’ici à la fin août, comme le prévoit la loi étendant le pass sanitaire et visant le personnel des établissements recevant du public. 

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Covid-19 : le défi de la vaccination

Si Bathily s’est rendu à la clinique mobile de Médecins Sans Frontières (MSF), déployée au nord de Paris en face du centre de distribution des Restos du Cœur, c’est qu’il est familier des lieux. Le foyer qui l’héberge est situé non loin d’ici, indique-t-il d’un signe de tête. Malgré la pluie, les files d’attente devant les quatre tentes blanches de MSF ne diminuent pas ce mardi. Les plus motivés, munis de leur ticket de passage, sont arrivés vers 8 heures du matin, trois heures avant l’ouverture. Car la vaccination se fait sans rendez-vous, laissant supposer que les premiers arrivés sont les premiers servis. En une heure et demie, le nombre de tickets à attribuer est déjà épuisé. 

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Des tests PCR bientôt payants

"C’est le test ou le vaccin ?" "On peut leur faire confiance vous croyez ?" "Le vaccin, c’est deux doses d’un coup ?" Les curieux s’approchent des tentes, s’interrogent. Quelques-uns contemplent la scène sans vouloir y prendre part. Comme Baqir*, 27 ans, qui refuse le vaccin. L’homme, d’origine afghane, a même quitté son poste de chef de cuisine dans un restaurant pour ne pas se plier aux consignes données par son patron. 

Maria, elle, n’a pas hésité longtemps. Cette jeune femme aux cheveux décolorés est venue avec son fils d’un an et demi, encore en poussette. Vivant seule avec ses enfants dans des hôtels sociaux entre Barbès et Château Rouge, Maria ne voyait pas d’autre solution que le vaccin pour rentrer en Roumanie de temps en temps et voir ses parents. "Ils vont faire payer les tests. Ça va coûter plus cher après", souffle-t-elle en s’allumant enfin la cigarette qui lui a été interdite après l’injection. En effet, à l'instar de nombreux pays européens, le gouvernement a décidé de faire payer les tests PCR "de complaisance" à compter de cet automne pour inciter à la vaccination.

Tandis qu’un camion installé à l’arrière est dédié aux consultations médicales, les équipes de MSF peuvent se concentrer sur la campagne de vaccination, qui bat son plein depuis deux semaines. Traducteurs et travailleurs sociaux gèrent le flux, participent aux pré-discussions médicales, tandis que médecins et infirmiers se chargent de la vaccination. "Français ? Anglais ? Which language ?", demande une travailleuse sociale, depuis la tente dédiée à la consultation. Les flacons, eux, sont conservés dans des sacs à dos réfrigérés, une technologie développée par l’association. 

"J’ai envie de sortir, faire la fête… Il parait que sans le vaccin, on ne pourra plus rien faire", fait mine de s’inquiéter Pierre*, installé dans la dernière tente pour ses 15 minutes de repos réglementaires après l'injection. Le jeune homme, tatoué de la tête aux pieds et à qui on ne donnerait pas plus de 25 ans, explique brièvement sa situation après avoir brandi fièrement son certificat de vaccination. "Je suis préparateur pharmaceutique, mais je n’ai pas trop de famille alors… Je mange à droite à gauche. Aux Restos du Cœur, on m’a dit qu’ils vaccinaient ici."

Plus de 3000 personnes vaccinées

"L’annonce du Président a eu un impact direct parce que ces gens-là sont tous inquiets de perdre leur place d’hébergement ou de ne pas pouvoir voyager et rentrer au pays", souligne Corinne Torre, chef de la mission France pour MSF. Pour preuve, le nombre de doses administrées chaque jour est passé de 25 à quasiment 120. Mais rien ne garantit que l’objectif que s’est fixé l’ONG - 6000 vaccinés à la fin septembre - soit respecté. Selon le dernier bilan du vendredi 23 juillet, 3148 personnes en situation de précarité ont déjà reçu une première dose depuis le 8 juin. Mais quid des sans-abri et des travailleurs migrants qui ne seront pas vaccinés à temps et qui ne pourront bientôt plus compter sur les cafés pour recharger leur téléphone, boire un café ou utiliser les toilettes ?

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Autre sujet préoccupant Corinne Torre, le flou qui demeure autour de l’extension du pass sanitaire. Si les lieux rassemblant plus de 50 personnes sont d'ores et déjà concernés, les foyers d’hébergement et les centres de jour vont-ils être soumis à la règle ? "Les détails ne sont pas clairs", s’agace la responsable de mission. Sollicité à plusieurs reprises par les associations, le ministère de la Santé doit les recevoir mercredi 28 juillet pour faire le point. 

*Les prénoms ont été modifiés.

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