Porter le masque dès l'âge de 2 ans ? "Absolument loufoque" selon des pédiatres français

Porter le masque dès l'âge de 2 ans ? "Absolument loufoque" selon des pédiatres français

ÉCLAIRAGE - Aux États-Unis, les Centres de lutte et de prévention des maladies plaident désormais pour le port du masque dès l'âge de 2 ans dans des lieux publics fermés, dont les écoles. Une recommandation jugée "absolument loufoque" par la communauté médicale pédiatrique en France.

Face à  la progression du variant Delta, la question du port du masque, notamment à l'école, suscite encore des crispations aux États-Unis. Et plus particulièrement en Floride, où le gouverneur républicain Ron DeSantis menace de couper les fonds aux établissements scolaires souhaitant suivre les recommandations de la principale agence de santé publique sur le sujet.

"Les enfants peuvent transmettre le Covid-19, même s'ils ont des symptômes légers ou pas de symptômes du tout", ont insisté les Centres de lutte et de prévention des maladies (CDC) dans un tweet dimanche matin, en recommandant le port du masque dès l'âge de 2 ans dans des lieux publics fermés, dont les écoles. 

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Le 19 juillet dernier, en prévision de la prochaine rentrée scolaire, l'Académie américaine de pédiatrie (AAP) avait déjà publié des directives en ce sens, plaidant pour le port du masque dès 24 mois en collectivité, et ce quel que soit le statut vaccinal. Sollicitée par LCI, la présidente de la Société française de pédiatrie, Christèle Gras Leguen, juge cette recommandation "absolument loufoque".

"Ça parait ubuesque"

"Ça m'inspire beaucoup d'agacement", réagit la cheffe des urgences pédiatriques et du service de pédiatrie générale du CHU de Nantes. Premièrement, "en termes de faisabilité, ça parait ubuesque", détaille-t-elle, évoquant "des contraintes totalement inadaptées" au regard de la balance bénéfice-risque. "Vous imaginez des enfants de deux ans, c’est-à-dire à la crèche avec des masques ? On se trompe de cible..." 

Pour la pédiatre et chercheuse en épidémiologie, "il faut sortir de cette idée que les petits sont le réservoir du virus et le reflet de la circulation du virus" car "il n'y a aucun argument épidémiologique qui montre qu'ils ont un rôle dans l'explosion de la vague épidémique". Ce que montrent les données, c'est qu'"ils s'infectent moins que les adultes et ne font pas de formes sévères", rappelle-t-elle, soutenant qu'il n'y a pas lieu d'"accentuer les contraintes chez une population déjà perturbée par cette crise". 

L'idée qu'une des mutations inéluctables du virus pourrait un jour cibler les enfants reste de la science-fiction- Christèle Gras Leguen, présidente de la Société française de pédiatrie

Quant à l'argument mis en avant par certains concernant la contagiosité accrue du variant Delta, Christèle Gras Leguen le juge "irrecevable" pour envisager d'élargir le port du masque à une population si jeune, soulignant qu'il n'"infecte pas davantage les enfants que les précédents". Et de rassurer : "L'idée qu'une des mutations inéluctables du virus pourrait un jour cibler les enfants est un scenario catastrophe qui a été anticipé mais qui reste de la science-fiction".

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S'il n'a jusque-là jamais été question d'envisager le port du masque chez les enfants en bas-âge en France, la spécialiste prévient tout de même : "Si jamais les autorités de ce pays venaient à y songer, jamais (la Société française de pédiatrie) ne pourra cautionner une telle proposition."

"On ne revient pas en arrière"

D'autant que lorsqu'une telle décision est prise, "on ne revient pas en arrière", prévient-elle, s'appuyant sur le cas des 6-11 ans, soumis au port du masque en France depuis la rentrée qui a suivi les vacances d'automne 2020. "On n'a jamais réussi à faire disparaître" cette mesure, déplore-t-elle, en référence à un communiqué daté de juin dernier dans lequel la Société française de pédiatrie, l'Association française de pédiatrie ambulatoire et le Conseil national professionnel de pédiatrie jugeaient que cette obligation en classe était désormais "inutile" et source de "pénibilité" face aux fortes chaleurs. 

"À un moment, ça prend une dimension politique pour lequel le discours médical n'a plus sa place", résume-t-elle, l'exécutif n'ayant jamais accédé à cette demande. "On n'a pas été entendus, j'espérais beaucoup qu'on arriverait à dispenser les enfants" de cette contrainte dans une période loin d'être anodine. "Si l'obligation avait été retirée en juin, ça aurait été plus facile d'en rediscuter pour la rentrée de septembre", explique celle qui craint que cela ne soit désormais peine perdue.

À l'époque, la communauté médicale pédiatrique a été "soutenante et accompagnante" concernant le port du masque à partir de 6 ans dans le but de "contribuer à faire diminuer les mesures barrières dans une période de forte ascension du virus, mais de là à descendre jusqu'à 2 ans, on ne soutiendrait pas ça", prévient-elle à nouveau. "Ils sont encore plus petits et encore moins concernés" par les contaminations.

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