Tests massifs envisagés dans trois métropoles de France : pourquoi Lille, Le Havre et Saint-Etienne ?

Pour la première dans l'Hexagone, une campagne de dépistage massif va être organisée dans les prochaines semaines à Lille, au Havre et à Saint-Étienne. Qui sera testé ? Les cas positifs seront-ils placés à l'isolement ?

DEPISTAGE- Les autorités sanitaires envisagent de procéder dès décembre à des campagnes de tests massifs du Covid-19 dans trois régions de France. Qu'en est-il de la situation épidémique dans ces territoires ?

La France se dirigerait-elle doucement vers le dépistage à grande échelle ? Il semble bien, ou localement au moins. Les autorités sanitaires envisagent en effet de procéder prochainement à des campagnes de tests massifs du Covid-19 dans les métropoles de trois régions de France, a annoncé ce mercredi 2 décembre le Premier ministre Jean Castex. Il s'agira de "tester massivement dans des aires urbaines assez denses" et "sur la base bien entendu du volontariat", a-t-il précisé sur RMC/BFMTV. À la question de savoir si ces campagnes interviendraient après les fêtes de fin d'année, le Premier ministre a répondu : "peut-être même avant, nous y travaillons".  

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Des campagnes de dépistage massif possiblement imminentes donc mais combien et où ? "On a prévu d'en faire trois (...) peut-être dans le Nord, peut-être en Normandie, peut-être en région Auvergne-Rhône-Alpes", a ajouté Jean Castex sans identifier les villes ciblées.  Selon nos informations, il s'agira de Lille, St Etienne et le Havre. Le Premier ministre avait de son côté confirmé qu'il s'agirait de métropoles : "Ça, c'est du bon sens, il faut qu'il y ait pas mal de population et surtout une densité".  Cette densité de population doit permettre selon lui de mieux connaître les quartiers, les populations et les lieux de vie les plus concernés par la maladie. Objectif ?  "En tirer des enseignements préventifs et curatifs". 

Dans le Nord

S'agissant des Haut-de-France, l'hypothèse d'un dépistage à grande échelle, comme celui lancé à Liverpool début novembre, avait déjà été évoquée récemment. "Le ministre Olivier Véran a proposé de faire un pilote. Les deux villes qu'il a proposées, c'était Lille et Roubaix", avait notamment annoncé le professeur Philippe Froguel le 18 novembre dernier, insistant sur le défi logistique important que cela représente. Devançant le comparatif sur le nombre d'habitants dans les pays ayant expérimenté la méthode, le Pr Philippe Amouyel, épidémiologiste et partisan du dépistage national a toujours maintenu que ce défi est à la portée d'un pays comme la France. "La Slovaquie compte effectivement dix fois moins d'habitants que la France, mais ce n'est pas ainsi qu'il faut raisonner", assure-t-il, puisque "son PIB est proportionnel au nombre d'habitants et que celui de la France est au moins dix fois supérieur". Du reste, dans les Hauts-de-France, région où le dispositif pourrait être testé, "le nombre d'habitants est semblable à celui de la Slovaquie".

S'agissant de la situation sanitaire dans la région, jeudi dernier, 2863 personnes étaient hospitalisées, soit 270 de moins en une semaine seulement et 387 patients se trouvaient en réanimation, soit 112 de moins en sept jours, selon les chiffres de Santé Publique France.  À date, le taux d'occupation des lits de réanimation atteignait alors 92.5%, ce qui reste malgré tout très élevé. On enregistre 3426 décès depuis le début de l'épidémie dans les Hauts-de-France. Depuis la semaine dernière, 249 personnes sont décédées. Concernant le nombre de contaminations, le taux d'incidence s'établissait à 180,6 cas pour 100.000 habitants le 22 novembre contre 291,6 une semaine plus tôt. Mais là encore, malgré la baisse enregistrée, cela reste important puisque le seuil d'alerte a été fixé à 50 cas pour 100.000 habitants par les autorités sanitaires.

En Auvergne-Rhône-Alpes

L'annonce par Jean Castex d'un dépistage de masse en Auvergne-Rhône-Alpes n'est lui non plus pas vraiment une surprise. Le 16 novembre dernier, dans un entretien à plusieurs journaux locaux, Laurent Wauquiez avait jugé que "les campagnes de dépistage actuelles ne sont pas assez importantes" et annoncé dans la foulée une "immense opération logistique" de dépistage prévue entre les 16 et 23 décembre dans sa région. Il avait d'ailleurs précisé qu’une première commande de deux millions de tests avait été passée. Lors de cette annonce, un pic de 7000 hospitalisations venait d'être atteint en Auvergne-Rhône-Alpes, région la plus impactée par cette deuxième vague, en termes de circulation virale, d’hospitalisation et de mortalité. Au point d'organiser plus de 100 transferts de patients vers des hôpitaux d’autres régions depuis octobre. 

Jeudi dernier, selon le point de Santé Publique France, la diminution de la circulation du Covid-19 se poursuivait en Auvergne-Rhône-Alpes, le pic de la seconde vague semblant avoir été franchi. "Les indicateurs virologiques sont en forte baisse dans tous les départements de la région" y précisait Santé Publique France. Malgré ces données encourageantes, le directeur général de l'ARS Auvergne Rhône-Alpes évoquait vendredi un taux d’occupation des lits de réanimation encore très élevé à date, soit d'environ 83 %. Dans le détail, ce dernier a évoqué 938 patients en réanimation sur l'ensemble de la région, dont 572 patients Covid et 366 patients non-Covid pour un nombre de lits de réanimation de 1128. 

En Normandie

Jamais mentionnée jusque-là par les autorités ou des experts pour accueillir une campagne de dépistage à grande échelle, la Normandie est donc la surprise de l'annonce de Jean Castex ce mercredi. Une fois de plus, il s'agit d'un territoire que la seconde vague épidémique n'a pas épargné. Le 10 novembre dernier, l'Agence régionale de santé avait même alerté  la population sur une situation plus préoccupante qu'elle ne l'était au printemps annonçant un qu'un "pic était devant nous".

Actuellement, comme sur l'ensemble du territoire, le ralentissement de la circulation du virus se poursuit. Et la situation, bien que les chiffres restent élevés, n'a rien de comparable avec les deux autres régions citées précédemment. D'après le dernier bilan de l'Agence régionale de santé, le taux d'incidence atteint désormais de 78,86 pour 100.000 habitants (contre 104,59 sept jours plus tôt). Le taux de positivité diminue également : il est de 9,47 % (contre 10,35 % sept jours plus tôt). En outre, 1229 personnes sont hospitalisées (contre 1 305 le 27 novembre), dont 114 en réanimation (contre 128 sept jours plus tôt).

"Les trois régions évoquées sont confrontées à une circulation du virus différente", observe Philippe Amouyel qui note "une zone à très haute circulation, une à relativement basse circulation et une intermédiaire". Et de commenter : "ça peut correspondre à un plan consistant à tester la logistique du dépistage massif et à récupérer des infos sur l'épidémie".

Selon le spécialiste en santé publique, l'intérêt du dépistage massif est triple. En premier lieu, il s'agit d'"essayer de réduire au maximum le nombre de personnes asymptomatiques qui circulent avant Noël".  En second lieu, ce dernier voit dans ce dispositif "la possibilité de faire des tests de façon répétée pour arrêter mécaniquement la diffusion du virus". Enfin, l'objectif "est d'être capable de mesurer une incidence réelle à travers un dépistage aléatoire qui permettrait notamment d'avoir une idée réelle du coefficient de réplication."

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Si tester à grande échelle représente un défi logistique important, d'autres pays l'ont pour rappel déjà relevé. L'Autriche, par exemple, va mener une campagne de dépistage volontaire avant les fêtes de fin d'année. L'Italie en a lancé une fin novembre dans le Sud-Tyrol, à la frontière avec l'Autriche. La Slovaquie et le Royaume-Uni s'y sont essayés en novembre. Alors que la France s'apprête à marcher dans leurs pas, Philippe Amouyel recommande "de le faire tant que les gens sont encore confinés", en prévision des fêtes de fin d'année. 

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