Fin du port du masque à l'école : va-t-on trop vite ?

Fin du port du masque à l'école : va-t-on trop vite ?

RÉSERVES - Le port du masque ne sera plus obligatoire pour les élèves de primaire dans 68 départements à partir de lundi, soit 21 de plus qu'actuellement. Mais cet assouplissement, ou plus exactement le timing dans lequel il intervient, continue de diviser.

Lundi 4 octobre, les élèves des quarante-sept départements les moins touchés par le Covid-19 on pu se rendre à l’école sans porter le masque. Et dès ce 11 octobre, ceux de vingt-et-un nouveaux départements pourront en faire de même, la mesure s'appliquant dans les territoires où le taux d’incidence du Covid-19 est inférieur à 50 pour 100 000 habitants durant au moins cinq jours d’affilée. 

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Variant Delta : la France face à une quatrième vague

Si cet assouplissement du protocole se voit conforter ce vendredi par le nombre de classes fermées encore à la baisse sur sept jours, certains observateurs continuent d'y opposer certaines réserves. A commencer par le manque de recul.

L'école, incubatrice de la prochaine vague ?

"Ce n'est pas le moment", avait réagi d'emblée à l'annonce de la levée de la mesure l'épidémiologiste Catherine Hill sur LCI estimant que le masque chez les enfants, "c'est un plus" et que "tout ce qui permet de réduire la circulation du virus dans les écoles est une bonne chose." Car, avait-elle expliqué, si "la circulation du virus n'est pas grave pour les enfants, ils contaminent les adultes qui sont proches d'eux". Et de souligner : "Actuellement, huit millions de personnes de plus de 12 ans ne sont pas vaccinées et les 9,4 millions de moins de 12 ans ne le sont pas non plus. Le virus circule surtout chez ces 17 millions de personnes". 

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C'est aussi l'analyse de l’épidémiologiste Antoine Flahault, l’économiste Cécile Philippe et l’ingénieure Elisa Zen qui, dans une tribune à L’Express, redoutent quant à eux de voir les écoles devenir les incubateurs d’une nouvelle vague. "L’école accueille des enfants de moins de 12 ans n’ayant pas accès à la vaccination et, qu’en raison du nombre élevé de cas asymptomatiques, ce virus circule subrepticement", assurent-ils. Soulignant que l'épidémie n'est pas finie, ils estiment que la levée de cette mesure dans les écoles "devrait s’accompagner d’un programme public ambitieux visant à une meilleure ventilation et filtration des locaux scolaires fermés et à des dépistages hebdomadaires, comme le recommandent le Conseil scientifique et le Comité d’orientation de stratégie vaccinale". L’épidémiologiste Mircea Sofonea partage le même scepticisme. "La rentrée n’a eu lieu qu’il y a trois semaines. L’effet de la rentrée sur les transmissions à l’école peut arriver avec du retard", a-t-il expliqué cette semaine sur Europe 1. 

Gare à la baisse des températures

"Et puis, on entre dans une mauvaise saison", n'a pas manqué de rappeler ce dernier, estimant que le variant Delta "peut être encore plus contagieux lorsque les jours seront plus frais et plus courts" et soulignant que les salles de classe ne sont pas toutes équipées, notamment de purificateurs, pour permettre aux enfants d’enlever le masque.

"On arrive dans une saison où la météo est un peu plus favorable au virus. Le virus aime bien une température un peu plus froide et humide", a abondé ce vendredi sur LCI le Pr Alain Fischer, président du Conseil d'orientation de la stratégie vaccinale, précisant bien que "les modélisateurs nous disent que c'est un petit facteur de risque". Insistant sur le fait qu'"on ne peut pas tout prédire", il a exhorté à "être prudent, raisonnable et vigilant comme toujours". 

Il y a quelques jours le Pr Robert Cohen, pédiatre et infectiologue à l'hôpital intercommunal de Créteil avait fait part des mêmes réserves sur LCI. "La transmission des virus est accrue pendant la saison froide, qui arrive", avait-il rappelé, tout en considérant que s'il "paraît bien d'enlever le masque pour les enfants en primaire, la surveillance est fondamentale". Et d'insister : "Il va falloir rester très vigilants".

La situation "pas encore sous contrôle"

Cet appel à la vigilance vaut d'autant plus que ce jeudi à la sortie d'un nouveau conseil de défense sanitaire, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a indiqué que dans près d'une trentaine de départements de l'Hexagone, l'épidémie ne recule plus, voire repart légèrement à la hausse. "L'épidémie est globalement contenue dans la mesure où le nombre de nouveaux entrants à l'hôpital a beaucoup diminué mais il y en a encore", a commenté ce vendredi  le Pr Alain Fischer. Et de résumer : "On en ne peut pas dire que la situation soit encore sous contrôle".

À ce titre, les indicateurs, et particulièrement ceux chez les petits, restent au cœur des préoccupations de certains syndicats enseignants. Catherine Nave-Bekhti, secrétaire générale du Sgen-CFDT s'est notamment dite "plus que réservée au sujet de certains départements de la liste qui présentent un taux d'incidence élevé chez les petits". "Il va falloir que les précautions d'usage telles que l'aération des classes ou encore la fourniture de masques protecteurs en nombre suffisant pour les enseignants soient respectées", a-t-elle estimé auprès de l'AFP. De son côté, le Snuipp-FSU, premier syndicat du primaire, a dénoncé la semaine dernière dans un communiqué "l'incohérence et le manque de projection de la gestion de la crise sanitaire dans les écoles" et prône "la prudence", face à la levée du port du masque à l'école.

Quid de la "conjonction grippe-Covid"

A noter qu'à ces réserves, s'ajoute un dernier paramètre : la menace, plus importante cette année, que la précédente de la réapparition des virus responsables des épidémies saisonnières, à savoir la grippe et le VRS (virus respiratoire syncytial). Dans un contexte d'amélioration de la situation sanitaire et d'allègement des restrictions, le Conseil scientifique s'inquiète en effet dans son dernier avis d'un possible retour en force des virus saisonniers. Or "la conjonction grippe Covid, ça serait vraiment pas une bonne idée sur le plan des conséquences des maladies pulmonaires et de ce qu'il se passerait dans les hôpitaux", a encore noté ce vendredi Alain Fischer. 

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