Le variant Delta progresse en France : la quatrième vague est-elle inéluctable ?

Le variant Delta progresse en France : la quatrième vague est-elle inéluctable ?

INÉVITABLE ? - Si la décrue de l'épidémie se poursuit en France, le risque de voir émerger une quatrième vague pendant ou après l'été plane toujours. En cause : la souche Delta, plus contagieuse que le variant Alpha.

Attention à ne pas crier victoire trop vite. Grâce à la vaccination accélérée et à une météo très favorable, l'épidémie de Covid-19 continue de ralentir en France, mais les autorités traquent activement le variant Delta qui pourrait faire dérailler les modèles des prévisionnistes. Une souche qui "doit nous préoccuper", a estimé le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal ce mercredi, évoquant "une vigilance absolue autour de ce variant".

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Covid-19 : le défi de la vaccination

Désigné auparavant comme le variant indien, il est considéré plus contagieux que le variant Alpha détecté au Royaume-Uni, et est déjà devenu prédominant dans certaines régions du globe. C'est notamment dans la capitale portugaise et sa grande banlieue, où il représente plus de 60% des nouveaux cas détectés, a indiqué dimanche l'Institut national de Santé (Insa). Mais aussi en Angleterre où la levée des dernières restrictions a été repoussée de quatre semaines, jusqu'au 19 juillet, face à une remontée des infections causée par le variant Delta. Une telle situation est-elle inévitable dans l'Hexagone ?

"Une épée de Damoclès"

L'épidémie n'est pas terminée, a récemment prévenu l’épidémiologiste Martin Blachier sur LCI. Selon lui, "ce qu’il se passe cet été n’est absolument pas ce qu’il va se passer à l’automne". Et il n'est pas le seul à le penser. L'épidémiologiste Pascal Crépey abonde : "Il ne faut pas qu'on se croie totalement tirés d'affaire, car le virus est toujours là, et le variant Delta pourrait nous réserver des surprises". Selon Simon Cauchemez, modélisateur de l'Institut Pasteur, les modèles "pourraient se tromper si les gens se relâchent davantage que l'été dernier et si le variant Delta - pas pris en compte actuellement - prenait rapidement le pas" sur le variant Alpha (dit britannique). 

Si jusqu'à présent, la France semble avoir réussi à circonscrire ce variant, cela semble de plus en plus difficile. Il représente ainsi désormais 9% des cas contre 2 à 4% mi-juin. Dans les Landes, où le taux d'incidence a connu une augmentation "de l'ordre de 10 % sur une semaine", il "représente 70 % des cas positifs détectés" a fait valoir mercredi le porte-parole du gouvernement.

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D'où l'image choisie il y a peu par l’épidémiologiste et responsable de l’unité des infections respiratoires de Santé publique France, Daniel Lévy-Bruhl, qui évoquait pour sa part "une épée de Damoclès" pour les "prochaines semaines". Les clusters Delta déjà identifiés ne sont que "la partie émergée de l'iceberg", indique Pascal Crépey. "Si on détecte ce variant sans liens avec l'étranger, cela indique qu'il y a peut-être un début de circulation sur le territoire". Et de rappeler que le variant Alpha a démarré de façon similaire : "On en avait moins de 1% en janvier et aujourd'hui il est largement dominant". 

Un risque "réel"

L'épidémiologiste Antoine Flahault espère un changement de cap en Europe où il préconise de ne pas uniquement miser sur la vaccination mais de chercher à "supprimer le virus", comme en Asie. Pour cela, il faut être "plus réactifs", "tester, tracer et faire des confinements stricts et ponctuels de 3 à 5 jours". Quand elle sera à 2000 cas quotidiens, la France sera capable de "tout séquencer, démanteler toutes les chaînes, mettre à l'isolement tous les positifs", note-t-il. 

À défaut, le risque d'une quatrième vague est "réel" et "croire qu'on sera épargné est un pari risqué". Il rappelle en outre qu'"il reste 20% de personnes âgées non vaccinées, des segments entiers d'adultes non vaccinés y compris des vulnérables, qui constituent un réservoir très important pour une très grosse vague".  Or, si le variant Delta, 60% plus transmissible, prend le pas sur l'Alpha, il faudra un seuil d'immunité collective plus élevé pour contrôler l'épidémie sans nouvelles mesures de précaution : à 85/86% de la population contre 66% actuellement, estime enfin Pascal Crépey.

Dans la situation du Royaume-Uni à la rentrée ?

Interrogé par Ouest-France, l'épidémiologiste Arnaud Fontanet juge de son côté probable qu'"à la rentrée prochaine, nous soyons dans la situation que connaît le Royaume-Uni actuellement". Cette échéance avait déjà été évoquée par le président du Conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, début juin, à la veille d'une nouvelle levée des restrictions en France marquant la troisième et avant-dernière phase du déconfinement. Selon lui, "une reprise" de l'épidémie de Covid-19 est en effet à redouter "en septembre ou octobre". 

Quelques jours plus tôt, le Pr Gilbert Deray, médecin à l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière, avait déjà fait part de ses craintes sur LCI, se montrant lui aussi nuancé, voire "inquiet", sur la période qui va s'écouler d'ici rentrée. "La période qui m'inquiète, ce n'est pas tant octobre, où on sera vaccinés (...) Ce que j'attends, c'est cette boite noire dans les deux ou trois prochains mois, c’est-à-dire entre maintenant et septembre. Et je ne sais pas ce qu'il va se passer parce que c'est une course de vitesse entre vaccination et épidémie", avait-il expliqué.

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Si le scénario britannique venait effectivement à se reproduire en France, il s’agira alors de voir si la vaccination a suffisamment avancé, et si elle est suffisamment de bonne qualité, pour éviter des hospitalisations massives. Quand pourra-t-on tirer un tel bilan ? "En novembre ou décembre prochains, au cœur de l'automne ou à l'approche de l'hiver", avait estimé fin mai le ministre de la Santé, Olivier Véran interrogé sur LCI par Ruth Elkrief  sur le risque de survenue d'une quatrième vague. Et de préciser : si là, "les choses se passent au mieux, alors là nous pourrons tourner la page du Covid".

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