Créneaux dédiés, sensibilisation... Le Samu social face au "défi" de la vaccination des plus précaires

Créneaux dédiés, sensibilisation... Le Samu social face au "défi" de la vaccination des plus précaires

INTERVIEW - Le Samu social, qui tente de vacciner les publics vivant dans la rue et dans des hôtels sociaux, se heurte à différents obstacles, explique le Dr Armelle Pasquet-Cadre, qui dirige le pôle Médical et Soins du Samu social de Paris.

Parmi la moitié de la population française qui n'a, à ce jour, reçu aucune dose de vaccin contre le Covid-19, il y a les indécis bien sûr, les opposants farouches surnommés les antivax, mais aussi les populations situées à la marge de la société. Ainsi, les publics précaires sont moins vaccinés que les autres en raison de difficultés d’accès à la campagne, comme une plus grande déconnexion numérique ou bien l’absence de couverture médicale. 

À Paris, le Samu social vaccine dans ses centres d’hébergement depuis le mois de mars. Cet été, alors que les populations précaires sont considérées depuis début juin comme prioritaires face à la vaccination, le groupement d'associations compte cibler de nouveaux publics exclus de la campagne. Entretien avec le Dr Armelle Pasquet-Cadre, qui dirige le pôle Médical et Soins du Samu social de Paris. 

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Covid-19 : le défi de la vaccination

LCI : Vous avez démarré la campagne de vaccination dès mars. Où en êtes-vous ? 

Dr. Armelle Pasquet-Cadre : Nous avons 200 places réparties sur six sites de personnes sans domicile fixe et ayant besoin de soins au quotidien, très exposées à des risques d’un Covid sévère et, par ailleurs, dans un état de santé très précaire. Du fait de la collectivité, c’est très compliqué de contenir un cluster ou une épidémie. Ces hébergés-là ont été protégés rapidement : nous avons mis en place des vaccinations dans nos centres et dans certains de nos centres d’hébergement d’urgence. Dans d’autres, nous nous sommes rapprochés de la mairie de Paris pour avoir des créneaux dédiés. 

Nous avons aussi ouvert des séances de vaccination dans un centre d’accueil de jour, à destination des personnes vivant dans le bois de Vincennes. Et depuis récemment, nous réalisons des bilans de santé et une orientation des demandeurs d’asile primo-arrivants. Des infirmiers et interprètes agissent dans des centres d’accueil et à la Halte Humanitaire, gérée par l’Armée du Salut, et font des maraudes dans les campements, en coopération avec Médecins Sans Frontières (MSF). Cette mission vaccine depuis la semaine dernière à la Halte Humanitaire.

"C’est un vrai défi que l’on va devoir relever"

Combien de personnes sont-elles déjà vaccinées ?

70% des hébergés dans des centres de soins sont vaccinés. Mais notre bilan n’est pas exhaustif puisque les gens que l’on a adressés sur l’extérieur ne sont pas comptabilisés. Nous avons maintenant d’autres publics à viser : les publics de rue, les populations et les familles qui sont hébergées à l’hôtel et qui sont très précaires. C’est un vrai défi que l’on va devoir relever. 

Les réticences à la vaccination sont-elles importantes chez ces publics ? Que constatez-vous lors des maraudes ? 

Je ne coordonne pas l’ensemble des maraudes du Samu social, seulement celles à destination des demandeurs d’asile, mais le retour que j’ai est que le travail de sensibilisation est compliqué. Il est difficile, mais de manière générale, celui de sensibilisation à la santé, en dehors du Covid, est difficile. Toutes nos équipes sont extrêmement mobilisées sur ces questions-là, y compris pour les publics hébergés à l’hôtel, que les travailleurs sociaux peuvent orienter sur des créneaux de vaccination dédiés. 

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Quelles sont les difficultés que vous rencontrez dans cette campagne ? 

Nous avons identifié deux difficultés principales : la sensibilisation et la médiation autour de l’acceptabilité du vaccin et l’assurance du suivi de la deuxième dose. Ce suivi va demander beaucoup de ressources pour que les personnes adhèrent au deuxième rendez-vous. Dans les centres d’hébergement, c’est assez facile et nous n’en sommes pas à ce stade à la Halte Humanitaire. Mais du côté de nos partenaires, nous voyons bien que la deuxième dose n’est pas facile à honorer. Peut-être que les effets d’annonce du gouvernement et la quatrième vague à venir vont augmenter l’adhésion de notre public. Car les résistances à la vaccination et les inquiétudes sont les mêmes. C’est un public qui a beaucoup souffert des vagues successifs, qui a eu très peur lors du premier confinement et qui s’est senti bien seul, donc la quatrième vague peut aussi beaucoup l’inquiéter.

Et puis, même si l’on dédie des créneaux à certains publics, l’adhésion à la vaccination n’est pas forcément complète. Donc si nous voulons être efficients sur cette campagne, il faudra se déplacer au contact de ces populations. Il faut aller vers ces publics pour les vacciner, comme peut le faire MSF aujourd’hui. 

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