Crise migratoire : faut-il parler de “migrants” ou de “réfugiés” ?

Crise migratoire : faut-il parler de “migrants” ou de “réfugiés” ?

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SÉMANTIQUE – Parce qu'il est trop connoté, la chaîne qatarie Al-Jazeera explique qu’elle abandonne le terme de "migrant" pour utiliser désormais celui de "réfugié" lorsqu'elle évoquera la crise migratoire européenne. Un terme plus adapté à la réalité selon elle. “Metronews” fait le point.

Migrants ou réfugiés ? Réfugiés ou migrants ? Quel terme faut-il employer pour parler de ces milliers de personnes candidates à l’exil qui traversent mers et pays en vue de rejoindre ce qui apparaît comme un Eldorado à leurs yeux : l’Europe ? Une crise migratoire sans précédent dans l’Union européenne depuis la Seconde Guerre mondiale et à laquelle cette dernière peine à apporter une réponse.

Car les sens ont un mot, comme l'explique la chaîne qatarie Al-Jazeera, qui a lancé le débat la semaine dernière sur son site et a fait un choix : exit le mot “migrant” lorsque la chaîne parlera de la crise migratoire qui touche l'Europe. Celle-ci privilégie désormais le mot de “réfugié”, moins réducteur et moins déshumanisant pour ces personnes qui sont avant tout, pour la rédaction, des demandeurs d'asile.

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“Migrant” occulte l'aspect persécution, mais…

Tous les réfugiés sont des migrants, mais tous les migrants ne sont pas des réfugiés”, explique à metronews le HCR, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés basé à Genève. En droit international, le statut de réfugié est défini par la convention de Genève signée en 1951. Derrière le mot réfugié, il y a l’idée de persécution — à cause de son origine, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un groupe social ou de ses opinions politiques – et de départ, subi, de son pays. Une notion qui ne se retrouve pas derrière le mot “migrant” qui, d’après le Larousse , signifie qu'il s'agit d'un déplacement volontaire “pour des raisons économiques, politiques ou culturelles”.

Est-il alors faux de parler de “migrants” dans le contexte actuel en Méditerranée ? “Non”, répond le HCR. Car appliquer le distinguo linguistique et juridique à la réalité est complexe. “La majorité des personnes qui arrivent au large de la Grèce sont des Syriens qui fuient la guerre, explique le HCR. Ce sont des réfugiés en devenir”, qui ne sont pas pour autant pleinement des migrants. Avant de pouvoir être considérés comme des réfugiés, il faut qu’ils aient demandé l’asile dans un pays, et que leur demande ait été acceptée. D’autre part, “parmi toutes ces personnes, il y a quelques migrants qui ont quitté leur pays, autre que la Syrie, volontairement”. “Dire migrant n’est pas incorrect, mais le terme est connoté péjorativement dans l’inconscient collectif, et ça enlève l'aspect persécution.”

Un choix pas anodin

Comme le relève Al-Jazeera, le choix des mots a un caractère politique. Dans son long argumentaire, la chaîne égratigne l'usage du terme “migrant” par les médias, ainsi que par la classe politique : “Nous sommes devenus les facilitateurs des gouvernements, qui ont des raisons politiques pour ne pas appeler ceux qui se noient en Méditerranée ce que la majorité d’entre eux sont : des réfugiés.”

En France, hommes et femmes politiques s’opposent sur le choix des mots. Et n'emploient pas le même en fonction de leur couleur politique. Ainsi, pour la patronne des Verts, favorable à l’accueil de ces personnes , il s’agit de “réfugiés”.

Pour Eric Ciotti, député LR, favorable lui à la destruction les embarcations des migrants , il s’agit au mieux de migrants, mais surtout de "clandestins qui veulent venir en Europe".

Le HCR de son, côté, prône l’utilisation... des deux mots.

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