Crise sanitaire et éducation : la France fait-elle mieux que ses voisins ?

Image d'illustration d'une salle de classe

INTERVIEW - Dans un rapport dévoilé ce jeudi, l’OCDE analyse la réponse éducative des pays face à la crise sanitaire depuis le mois de mars 2020. Comment la France s’en est-elle sortie par rapport à ses voisins ? LCI a interrogé Eric Charbonnier, analyste à la direction de l’éducation de l’OCDE.

L'une des priorités du gouvernement français ces derniers mois a été de maintenir les établissements scolaires ouverts. Si Emmanuel Macron a annoncé ce mercredi leur fermeture pour trois semaines à compter de ce 2 avril, l'exécutif se targue de faire partie des pays ayant le plus accueilli les élèves en classe. "Ce qui est ressorti dans les statistiques sur la France, c’est cette ouverture coûte que coûte", a confirmé à LCI Eric Charbonnier, analyste à la direction de l’éducation de l’OCDE, qui a publié ce jeudi un rapport sur la réponse éducative des pays face à la crise sanitaire depuis mars 2020.

Evaluation des élèves, politique vaccinale envers les professeurs, école à distance : comment la France s'en est-elle sortie face à ses voisins ? Quelles ont été les particularités de sa politique éducative ? Réponses avec Eric Charbonnier.

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Le gouvernement français se félicite d'avoir moins fermé ses écoles que ses voisins durant la crise. Est-ce vrai ?

C’est une réalité, avec moins de 40 jours de fermeture, la France fait partie des pays où les écoles ont le moins fermé en 2020. La moyenne des jours de fermeture des lycées généraux des pays de l’OCDE en 2020 a été de 65 jours, en France il y en a eu 39. Globalement, tous les pays ont eu la stratégie de fermer plus longtemps les lycées que les écoles maternelles, et les écoles maternelles ont fermé encore moins longtemps que les écoles primaires dans tous les pays. 

Au début de la crise, tous les pays européens ont décidé de fermer leurs établissements scolaires de mars à mai, ou de mars à juin. Mais depuis la rentrée de septembre, leurs réponses varient énormément. Certains comme la France ont fait le choix de garder les écoles ouvertes alors que d’autres les ont fermé dès septembre ou octobre. C'est ce qui explique les grandes différences sur le nombre de jours de fermeture en 2020. Et en 2021, la France sera encore mieux classée, puisque des pays comme l’Allemagne, qui ont moins fermé leurs écoles en 2020, ont débuté l’année 2021 sans accueillir les élèves en classe.

Sans arrêt au cours de cette crise, les objectifs sanitaires se sont opposés aux objectifs éducatifs. Lorsqu'on sait que les fermetures d’école ont tendance à aggraver les inégalités, faire partie des pays qui les ont peu fermé c’est plutôt bien, encore plus pour un pays comme la France, l’un des plus inégalitaires du monde. Je pense que cette volonté de ne pas fermer les écoles est aussi liée au très fort niveau d’inégalités dans notre société. 

Améliorer l'apprentissage numérique

La France a-t-elle fait le nécessaire pour accompagner professeurs, élèves et parents pendant les périodes de fermeture des établissements scolaires ? Les outils éducatifs proposés étaient-ils à la hauteur ? 

La France partait de loin, ses enseignants n’étant pas parmi les mieux formés à l'utilisation des outils numériques dans leurs apprentissages. Malgré tout, ils s'en sont bien sortis. Maintenant elle va devoir pérenniser ces pratiques et ne pas revenir complètement en arrière une fois que la situation sera redevenue normale. Pour des pays comme l'Estonie et la République tchèque ça a été plus facile, puisque avant même la pandémie ils avaient mis en place des changements profonds dans la formation des enseignants et l’apprentissage autour des outils numériques. La pandémie n’a pas bousculé leur façon de travailler avec les élèves. Ils s’en sont mieux sortis, mais parce qu’ils étaient mieux préparés.

La France fait partie des rares pays à avoir évalué le niveau de ses élèves pour mesurer une possible perte d'instruction. Dans quel but ?

 

Effectivement, seuls 7 pays sur 34 ont déjà fait une évaluation standardisée au niveau national pour évaluer la perte d’instruction. Les résultats français sont intéressants et montrent que le confinement a aggravé les inégalités. Idem au Royaume-Uni. Les pays qui ont mené ces évaluations sont soit des pays qui ont une culture de l’évaluation très développée comme le Royaume-Uni, soit des pays qui souhaitaient évaluer leur politique éducative, comme la France. Depuis le début du quinquennat d'Emmanuel Macron, plusieurs mesures ont été mises en place pour lutter contre les inégalités, à l'instar du dédoublement des classes de CP et CE1 en REP+. Au moment où il faudra faire un bilan des 5 ans de politique éducative sous Jean-Michel Blanquer, le gouvernement sera content d’avoir des éléments pour prendre en compte cette période du confinement.

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Plusieurs pays ont fait le choix de placer leurs enseignants dans les publics prioritaires à la vaccination. Avec quelle motivation ? 

En effet, 19 pays sur 30 ont mis des mesures en place pour que les enseignants soient prioritaires face au vaccin. Ca a été difficile de positionner la France car le discours est changeant toutes les semaines, mais au moment où l’étude a été publiée il n’y avait pas encore de plan concret de vaccination. Tout simplement, vacciner les professeurs a un impact indéniable sur leur sentiment de sécurité et de bien-être. 

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