Cyberharcèlement et "raids" antiféministes sur le forum 18-25 de JeuxVideo.com : "cela a assez duré"

Cyberharcèlement et "raids" antiféministes sur le forum 18-25 de JeuxVideo.com : "cela a assez duré"

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CYBERSEXISME - Plusieurs internautes féministes sont massivement harcelées sur les réseaux sociaux. Elles tiennent pour responsables certains membres du forum 18-25 ans de JeuxVideo.com. Contacté par LCI, un directeur général du site "regrette et condamne de tels propos" et assure que ses équipes de modération sont mobilisées.

EDIT 3 novembre 2017 : Alors que la journaliste et chroniqueuse Nadia Daam est la cible de certains membres du forum 18-25, son employeur Europe 1 a décidé de déposer plainte pour "menace de crime contre des personnes". La secrétaire d'Etat à l'égalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, a demandé à Webedia, la société éditrice du forum, de luttre contre le cyber-harcèlement. 


Elle se dit victime de véritables "raids". Flo Marandet est une militante féministe active sur les réseaux sociaux. Soutien des Femen, elle n’hésite pas à afficher ouvertement ses positions, ses combats et ses coups de gueule anti-sexistes. C’est peut-être ce que lui reprochent de nombreux internautes qui, depuis quelques mois, lui font subir un cyberharcèlement acharné.


Contactée par LCI, Flo Marandet nous raconte : "Ça a commencé en juillet dernier. Pendant l’été, j’ai constaté plusieurs actions anti-féministes sur mon mur Facebook. J’ai reçu des messages par dizaines. Ils ont vite dégénéré en menaces de viol. En novembre, comme ça ne cessait pas, j’ai porté plainte auprès du procureur de la République de Besançon pour harcèlement, calomnie et menaces." Cette démarche, la jeune femme décide de la porter à la connaissance de ses harceleurs, en évoquant sa plainte sur sa page Facebook. Et très vite, la situation devient hors de contrôle. 

"Menaces de mort et de mutilation"

"L’un de mes harceleurs s’est mis à contacter mes amis Facebook, mes proches. Ça virait à l’obsession malsaine" nous dit-elle. "Et puis en décembre, j’ai reçu des menaces de mort sur mon conjoint et moi, des menaces de mutilation. Le 18 décembre dernier, quelqu’un s’est même vanté d’offrir son RSA à celui qui voulait me tuer." Ces menaces répétées, incessantes, Flo Marandet en garde soigneusement les traces, sous forme de captures d’écran.

"Je suis terrorisée par les proportions que ça prend"

Un cyberharcèlement qui, depuis peu, a franchi les barrières du virtuel. "Je suis enseignante en collège. Certains sont allés jusqu’à contacter mon rectorat et la principale de l’établissement pour me diffamer, assurant que j’avais écrit des propos antisémites… ce qui est faux, bien entendu."  D’autres encore prétendent avoir trouvé l’adresse de son logement et se vantent d’avoir passé la nuit devant chez elle. "Je me réveille parfois à 4 heures du matin, pensant que quelqu’un a sonné à ma porte", confie-t-elle. "Je suis terrorisée par les proportions que cela prend."


Alors qui se cache derrière ces "raids" antiféministes ? Flo Marandet, images à l’appui, pense détenir la réponse. "Des proches m’envoient régulièrement des captures d’écran de gens qui m’insultent ou se vantent de m’avoir harcelée. Elles viennent toutes du forum 18-25 ans de Jeuxvideo.com."

Un hashtag pour dénoncer

Jeuxvideo.com – JVC pour les initiés – contient des plateformes de discussion déjà bien connues des gendarmes du web. Dès 2014, un article du Plus de l’Obs dénonçait par exemple "l’avalanche d’insultes sexistes" et de "commentaires racistes" postés sur le forum dédié aux 18-25 ans. Il faut dire que le cas de Flo Marandet est bien loin d’être isolé. Ce mercredi 4 janvier, plusieurs internautes – parmi lesquels de nombreuses militantes féministes – ont décidé de réunir leurs témoignages de cyberharcèlement sous le hashtag #HelloJVC. Toutes assurent être les cibles de certains membres du forum 18-25 de jeuxvideo.com et ce depuis des mois, voire des années. 

192 tweets d'insultes en une journée

Sophie, connue sur Twitter sous le pseudo @DouxBidou, est à l’origine de ce hashtag. Elle explique à LCI ce jeudi : "J'avais déjà été victime de harcèlement. Mais ce lundi soir, cela a recommencé quand j’ai raconté sur les réseaux sociaux une agression que je venais de vivre. Très vite, dans mes mentions et mes messages, des menaces de viol sont arrivées. On me disait que je l’avais bien cherché, ce genre de choses... Je suis habituée à ces remarques, je sais y faire face. Mais si cela arrive à une fille qui n’y est pas sensibilisée, je me dis que les conséquences peuvent être très graves."


Pour Sophie, l’impunité des auteurs de cyberharcèlement a assez duré. "Tout le monde connaît la réputation du forum 18-25 ans, il est temps de faire quelque chose. J’ai donc lancé un appel à témoins afin de créer un mouvement massif, pour faire bouger les lignes. En quelques heures, j’ai reçu des dizaines et des dizaines de témoignages de personnes harcelées par des membres de cette communauté." Parmi elles, une grande majorité de femmes. Eve en fait partie. Elle aussi détaille auprès de LCI de longs mois de harcèlement. "Après avoir répondu à un blogueur sur la thématique de la culture du viol, j’avais reçu une vague de menaces. J’avais alors établi des statistiques : de mémoire, j’ai dû recevoir, sur une journée, 192 tweets d’insultes, et pas seulement de la part des membres du forum 18-25 ans." Elle poursuit : "Pour eux, je pense que ça relève de la bonne blague. En fait, ils ne sont pas si nombreux que ça, mais ils se relaient pour être efficaces."

"Nous condamnons ces propos"

Et du côté de Jeuxvideo.com, qu’en dit-on ? LCI a questionné Cédric Page, directeur général en charge de l’activité jeux vidéo au sein de Webedia, société éditrice du forum en question. "Nous avons un système de modération qui permet à nos équipes de surveiller les propos tenus sur les forums et de les supprimer de manière proactive quand cela s’avère nécessaire" nous explique-t-il. "Nous regrettons et condamnons la tenue de tels propos, qui ne reflètent en rien la très grande majorité des échanges sur nos forums. Ils n’y ont pas leur place. Nous mettons en place des veilles spécifiques sur les discussions sensibles ou sur les intervenants qui proféreraient des propos déplacés ou malveillants." "Une dernière étape", nous confie-t-il, "consiste en la transmission d’informations aux forces de l’ordre en cas de menaces ou de propos très graves. Cela arrive très régulièrement. Par ailleurs, nous travaillons en étroite collaboration avec Pharos (la plate-forme du ministère de l'Intérieur pour signaler un contenu illicite repéré sur Internet,ndlr) et la direction de la lutte contre la cybercriminalité."


Une modération constante et efficace ? Les trois victimes de cyberharcèlement que nous avons contactées, pourtant, sont formelles : malgré leurs nombreuses interpellations des modérateurs de jeuxvideo.com, elles disent n’avoir jamais reçu de prise de position officielle. "Il est vrai que certains topics (sujets de discussion, ndlr) sont supprimés" précise Eve. "Mais beaucoup restent en ligne… et leurs insultes avec."

Pratiques encore impunies

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Harcèlement: le cybersexisme, la nouvelle discrimination sur internet

En attendant, le cyberharcèlement, longtemps méconnu, semble faire son entrée dans les plans d’action gouvernementaux. Ainsi, le 5eme plan de mobilisation et de lutte contre les violences faites aux femmes publié en novembre dernier dévoile ses ambitions pour bannir le cyber-sexisme des pratiques sur internet. On annonce ainsi la création d'un "kit de formation spécifique élaboré avec l’appui de différents ministères." Par ailleurs, le plan souhaite "faciliter le signalement du cybersexisme" en recensant la liste des services de police disposant d’enquêteurs formés." Joint à ce sujet, le cabinet de Laurence Rossignol, ministre des Droits des femmes, ne nous a pas encore transmis d’éléments complémentaires.

 

Reste que pour le moment, le harcèlement subi par Flo Marandet, Sophie, Eve et tant d’autres reste impuni. De même que celui de Caroline de Haas, militante féministe reconnue, elle aussi victime il y a quelques mois de menaces et de harcèlement sexiste notamment par des membres du forum 18-25. 

Faute d’avoir pu identifier les auteurs, la justice, rapporte-t-elle, a prononcé un non-lieu suite à sa plainte.

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