Danger du tabac : comment sont choisies les images chocs présentes sur les paquets de cigarettes ?

Danger du tabac : comment sont choisies les images chocs présentes sur les paquets de cigarettes ?
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SANTÉ - En écho au combat de Serge Nizet, un Belge qui a reconnu le portrait de son père, aujourd'hui décédé, alité sur un lit d'hôpital, pour avertir des dangers du tabac sur les paquets de cigarettes, LCI s’est demandé comment ces images étaient choisies, et à qui elles appartenaient. Eléments de réponse.

Un trou dans la gorge. Un œil exorbité. Un pied déchiqueté. Un poumon putrescent. Ces images ont déboulé sur les paquets de cigarettes il y a quelque mois. Elles se veulent choquantes, percutantes. Leur but : que les adeptes du tabac arrêtent de fumer. Sont-elles réellement efficaces ? Impossible à dire. Quoi qu’il en soit, vous n’avez pas le choix : depuis mai 2016, elles sont présentes sur tous les paquets de cigarette de l’Union européenne, assorties d’un message sanitaire couvrant 65% de sa surface. C’est une mesure issue de la directive "produits du tabac", entrée en vigueur en mai 2014, et donc applicable dans les Etats membres de l’Union européenne depuis mai dernier.


Depuis juillet dernier, un Belge, Serge Nizet, se bat pour faire retirer l’une d’elle. Il a en effet reconnu son père, décédé six ans auparavant, sur un des clichés. Cette photo montre un homme alité et intubé. Son combat, compliqué, soulève plusieurs questions : d’où viennent ces images ? Comment sont-elles prises ? Sont-elles les mêmes partout ? LCI vous apporte quelques éléments de réponse. 

  • 1A qui appartiennent ces images ?

    Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce ne sont pas les cigarettiers qui décident quelles images seront apposées sur les paquets. Elles leur sont en fait imposées par la Commission européenne, via la directive "produits du tabac". Valable pour tous les pays membres, elle établit des règles concernant la fabrication, la présentation et la vente du tabac et de ses produits dérivés. La photographie qu’il faut placer provient donc d’une banque d’image de l’Union européenne.
  • 2Combien d’images existe-t-il ?

    La Commission européenne s’est dotée d’une bibliothèque de 42 images, réparties en trois séries. Chacune se rattache à l’un des 14 messages de prévention. Ces images sont fournies aux cigarettiers, industriels et Etats membres qui doivent utiliser tous les clichés de chaque série. Par ailleurs, un document explicatif de la Commission précise que les industriels doivent changer de série tous les ans, par roulement, pour "réduire l’effet d’usure qui se produit quand les gens s’habituent aux images, les avertissements perdant alors de leur force". De leur côté, les États membres doivent aussi "garantir et contrôler la répartition égale de tous les avertissements" sur chaque marque de tabac.
  • 3Mais qui a fourni les photos ?

    La Commission européenne indique sur son site que les photos ont été "préparées par des contractants externes", dotés d’un budget de près de 600.000 euros. "Les contractants comptaient parmi eux des experts de disciplines variées (psychologie, médecine, économie comportementale, communication) et ont consulté des spécialistes de ces avertissements par images", précise la Commission. Des suggestions ont ensuite été émises. Pour illustrer chaque message d’avertissement sanitaire, une sélection de photos a été proposée. Puis une nouvelle sélection a été réalisée par des experts internes à la Commission européenne, et testée en ligne auprès de 8.000 participants dans dix États membres. Ce sont les clichés jugés les plus efficaces qui ont été retenus.
  • 4Comment les premières images ont-elles été choisies ?

    En 2016, le journal Le Parisien avait recueilli le témoignage de Karine Gallopel, professeure en marketing social et spécialiste du tabagisme à l'Ecole des hautes études en santé publique de Rennes, qui avait fait partie d’un comité d’experts. Elle racontait ainsi que certaines photos déjà utilisées sur les paquets n’avaient pas d’impact. Comme celle de deux mains se rapprochant, symbole pour que les fumeurs se fassent aider, mais qui rappelait en fait plus "la création d'Adam dans la Chapelle Sixtine qu'un message de prévention". Selon la professeure, "plus les gens vont voir des scènes de la vie courante, plus ils se sentiront concernés. Montrer une personne avec un trou dans la gorge est plus efficace que des poumons encrassés." Cependant, il ne faut pas exagérer l'aspect "gore" : certaines images, trop horribles, comme cet homme avec une énorme tumeur sous la gorge, sont du coup contre-productives, les fumeurs ne voulant pas les regarder. Ces clichés ne figurent ainsi plus sur les paquets.
  • 5Qui sont les personnes photographiées ?

    C’est la partie la plus obscure : difficile de savoir qui a été pris sur les photos, dans quelles conditions, et s’il s’agit de comédiens ou de réelles personnes. Une chose est sûre : la Commission indique que les déclarations de consentement et les autres documents juridiques lui donnent l’intégralité des droits d’auteur. Elle connaît par ailleurs l’identité de toutes les personnes apparaissant sur les photos, mais, "dans un souci de protection de leurs droits", elle ne "peut en dire plus". D'ailleurs, tel un message aux plaignants comme Serge Nizet, elle souligne sur son site "recevoir parfois des protestations de gens convaincus que les sujets photographiés n’ont pas donné leur accord", et tient à préciser "que toutes les personnes représentées ont été informées de l’intégration des photos dans la bibliothèque d’images de l’UE et ont signé une déclaration de consentement quant à leur utilisation". Par conséquent, toute ressemblance avec des personnes n’ayant pas donné leur consentement est "éminemment regrettable", mais "n’est que pure coïncidence", assure-t-elle.

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