Dans le Nord, des hébergements ouverts pour les migrants en situation "d’extrême urgence"

Calais, février 2021

FROID – Face à des températures descendues en dessous de 0, les préfectures du Nord et du Pas-de-Calais ont ouvert des hébergements temporaires pour les étrangers dormant dehors. Les associations ne sont pas satisfaites pour autant.

Ce mardi 9 février, il fait -3°C à Calais, ville du Nord et lieu de passage pour de nombreux étrangers tentant d’accéder à l’Angleterre depuis la France. Alors que plusieurs centaines de migrants dormaient encore dehors il y a quelques jours, les différentes préfectures ont décidé d’ouvrir des hébergements, le temps que le thermomètre remonte. 

Des dizaines de personnes toujours à la rue

Tandis que la préfecture du Nord a annoncé dimanche 7 février l'ouverture de 170 places "supplémentaires" pour les étrangers installés aux alentours de Grande-Synthe, celle du Pas-de-Calais a ouvert deux hangars avec une capacité d’accueil de quelque 600 places. Selon les associations, plusieurs dizaines de personnes n’ont pas encore bénéficié de cet hébergement d’urgence, sans pouvoir dire combien avec précision. "Soit elles n’ont pas été informées du dispositif, soit elles ont préféré rester dans leur tente, de peur de perdre leur matériel", nous résume François Guenoc, président de l’Auberge des Migrants. 

À Calais, l’État a d’abord ouvert un premier bâtiment fort de 200 places à la mi-janvier, lorsque le plan Grand Froid a été élargi aux adultes, mais de manière épisodique. Les deux hangars, situés dans une zone industrielle, sont en réalité ouverts en continu depuis ce week-end, et ce pendant une semaine. "On demande une ouverture non seulement le jour mais aussi dans la durée, de façon à ce que les gens sachent à quoi ils peuvent accéder", précise François Guenoc. Dans un communiqué commun, l'Auberge des Migrants et huit autres associations ont demandé lundi 8 février la possibilité d'"accéder à ces lieux 24 h/24, au risque de retrouver des dizaines de personnes en situation d’hypothermie et d’extrême urgence vitale". 

L'État cherche à les éloigner mais ça ne marche pas- Yann Manzi, Utopia 56

À Grande-Synthe, où 400 personnes environ dorment dans des tentes à l’extérieur selon l’association Utopia 56, l’État a donc libéré des places en urgence. "Les opérations de mises à l’abri inconditionnelles seront poursuivies toute la semaine dans le département", a indiqué la préfecture, précisant que "ces décisions d’urgence ne constituent pas une solution durable" et incitant les exilés à déposer une demande d’asile. 

En effet, les étrangers à la rue sont invités à se diriger vers des centres d’accueil et d’examen des situations (CAES), où ils doivent entamer une procédure de demande d’asile ou bien quitter le territoire s’ils sont "dublinés" ailleurs, c’est-à-dire là où ils ont laissé leurs empreintes en arrivant sur le continent européen. "L’État cherche à les éloigner mais ça ne marche pas", se désole Yann Manzi, fondateur d’Utopia 56, qui demande au contraire des accueils de proximité. Ce dernier a rejoint le nord de la France il y a quinze jours : "La situation sur le terrain est dramatique. Et pendant le plan Grand Froid, l’État continue ses actions de saccage des matériels. Quand on fait une action à Paris, place de la République, tout le monde s’émeut, mais ici, les droits humains ne sont même pas respectés." 

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La protection civile, elle, est sur le terrain pour prévenir et secourir les cas d’hypothermie. "Le département du Pas-de-Calais est actuellement en alerte orange Grand Froid. Durant cette période, nos bénévoles sont régulièrement amenés, sur demande de la préfecture, à venir en aide aux populations qui vivent dans la rue", a-t-elle communiqué lundi 8 février sur Twitter. Cette semaine, Météo France prévoit des températures descendant jusqu’à -7°C, avec un ressenti entre -14° et -16°C. 

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