Dans les bars parisiens, "l'Euro 2016 doit être l'occasion de refaire la fête"

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REPORTAGE - Des dizaines de cafés dans la capitale diffuseront dès le 10 juin et jusqu'au 10 juillet les matchs de l'Euro 2016. Près de sept mois après les attentats qui ont fait 130 morts et 352 blessés à Paris et Saint-Denis, les propriétaires des bistrots sont unanimes : il ne faut pas "avoir peur".

Dans le quartier Montorgueil (2e), le Frog & Rosbif a ses habitués, souvent amateurs de bière et de sport. Alors, quand on demande à la gérante si dans neuf jours il aura du foot dans son pub, elle n'en revient pas de la question. "Si on va diffuser les matchs ? Bien sûr ! Nous aurons deux télévisions et un grand écran. Le public sera là, comme à chaque fois. Et s'il y a un problème, le commissariat est à côté. Et les policiers viennent toujours en cas de besoin." 

"Le foot, c'est des moments entre potes"

Dans ce pub bien connu, comme ailleurs dans Paris, sept mois après les attentats qui ont endeuillé la France, les amateurs de ballon rond comme les patrons de café s'apprêtent à vivre un mois de suspense et d'émotions. Thomas et Simon, deux supporters de l'Equipe de France sont très excités. "Il y a quelques temps encore, on se disait : 'Non, on n'ira pas au café, on fera des soirées dans les appartements des uns et des autres. Les terrasses, le monde, c'est trop risqué'. Et puis, on a changé d'avis, on s'est dit qu'il fallait continuer à vivre, à faire la fête. Le foot, c'est fédérateur, c'est des moments entre potes, c'est cool !"

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Pour les patrons de cafés, il faut que l'Euro soit un "moment de partage et de joie" et il faut que les clients soient "contents". "Je vais installer deux vidéoprojecteurs à l'intérieur, nous indique Olivier, le gérant du Magellan bar, situé rue Goncourt, non loin du Carillon et du Petit Cambodge, deux cafés meurtris le 13 novembre 2015. "C'était prévu avant même les attentats, et je n'ai rien changé depuis. A aucun moment je n'ai pensé à de nouvelles attaques. Quant aux consignes de la police, pour l'instant, nous n'en n'avons pas eu".

Du côté des cafés visés le 13 novembre...

Les cafés où les attentats ont été commis ont choisi ou non de vivre cet événement. "Nous faisons le festival We love green le week-end du 10 juin, donc pas de foot. En général, il n'y a pas de foot chez nous de toute façon", fait-on savoir au Petit Cambodge. Au Carillon, en face, la décision n'a pas été prise de retransmettre ou non les matchs, comme au restaurant Casa Nostra, rue de la Fontaine-au-Roi (11e) lui aussi ciblé par les terroristes. "Nous avons l'écran, nous avons TF1, M6 et beIN, potentiellement, on peut tout faire, on verra ce qui sera décidé", nous indique-t-on laconiquement.

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Xavier, responsable de l'Apérock café, 46, boulevard Voltaire, attend l'événement avec impatience. "Nous sommes à quelques mètres du Bataclan, le 13 novembre on s'en souvient, les policiers, les blessés, tout le monde dans le café. L'Euro 2016 doit être pour nous une vraie occasion de refaire la fête. Avant, tous les spectateurs du Bataclan venaient boire un verre chez nous, il y a eu un vide… Notre rétroprojecteur et nos trois télévisions seront là, branchés sur l'Euro, et pour tous les matchs ! Venez tous !"

"Nous n'avons pas peur"

Au Comptoir Voltaire (11e) où Brahim Abdeslam s'est fait exploser, le foot sera aussi au rendez-vous. "Nous n'avons pas peur et nous diffuserons tous les matches. On aura un rétroprojecteur, deux télévisions et même une télévision en terrasse. On attend du monde", nous assure un serveur.

Pourtant, l'écran en terrasse n'est pas garanti. Car contrairement à ce qu'ont assuré plusieurs propriétaires de café, il y a bel et bien eu des consignes strictes de la préfecture de police de Paris destinées au gérant. Dans ce document intitulé "Fiche de sureté sécurité" que metronews a pu consulter, les propos sont clairs. "Au regard de la menace terroriste, tout rassemblement de personnes constitue une cible potentielle".

Des consignes très strictes

La préfecture de police de Paris conseille ainsi et notamment à chaque gérant de "disposer de préférence les écrans en milieu fermé, avec possibilité de fermeture rapide des portes en cas de menaces avérées", de ne pas orienter les écrans vers l'extérieur "pour ne pas favoriser de regroupement sur le trottoir", d'identifier dans les établissements "des possibilités de refuge ou d'échappatoire par des issues arrières" ou encore de "développer un réseau d'alerte entre commerçants pour signaler des comportements atypiques mais aussi en cas de passage à l'acte pour une mise à l'abri la plus rapide possible." 

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La préfecture de police de Paris demande par ailleurs à chaque gérant de signaler au commissariat local la diffusion de match ouverte au public. Elle précise, en outre, que pour les établissements à forte fréquentation "un service de sécurité sera mis en place avec des agents de sécurité privée dotés de consignes précises".

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