A Mayotte, des "rondes" pour amener des étrangers à la gendarmerie

A Mayotte, des "rondes" pour amener des étrangers à la gendarmerie

Société
DirectLCI
POLÉMIQUE - Un collectif d'habitants du nord de l'île cherche à "démanteler les groupes d'étrangers, comoriens et africains", présumés en situation irrégulière. Une initiative condamnée par les autorités.

La situation reste tendue à Mayotte, secouée depuis près d'un mois par un mouvement de contestation populaire. Dernier exemple en date : des expulsions de présumés clandestins, menées ces derniers jours par des villageois. Une centaine d'étrangers auraient été visés.


Le collectif, créé lundi 12 mars suite à l'agression d'un villageois par des coupeurs de route, regroupe six villages du nord de l'île, a expliqué un habitant. "On ne veut pas d'affrontements, pas de tabassages, pas de coups", précise-t-il, affirmant qu'il n'y a pas de résistance de la part des clandestins présumés. Les membres du collectif demanderaient à ces personnes de préparer leurs bagages dans un délai imparti puis les amèneraient à la gendarmerie la plus proche "en fourgonnette". "Nous faisons partir de ceux que nous ne connaissons pas, qui n'ont pas d'attaches au village", selon ce villageois. Ceux mariés avec des gens de la commune seraient épargnés.

En vidéo

L'insécurité continue de régner à Mayotte

"J'invite les habitants à laisser les forces de l'ordre faire leur travail"

Le collectif d'habitants a affirmé que la gendarmerie "collaborait" avec eux, ce qu'a formellement démenti un officier responsable de la communication. "C'est absolument faux, on ne va pas assister les pseudo-milices qui expulsent des personnes en situation irrégulière. On agit dans un Etat de droit", a précisé ce dernier. Même condamnation de la part de la ministre des Outre-mer Annick Girardin : "Ce genre de pratique, ça n'existe pas dans un département. J'ai pris des engagements en matière de sécurité. Ils sont tenus, comme le prouvent les opérations de ces derniers jours. J'invite les habitants à laisser les forces de l'ordre faire leur travail".


Ces actions rappellent les opérations de "décasage" menées par des villageois dans le département en 2016. Une partie de la population, réunie en collectifs, avait en effet expulsé illégalement de leur logement des étrangers, en situation irrégulière ou non, parfois avec violence et en brûlant les habitations. Des incidents fréquents à Mayotte, qui connaît depuis plusieurs années une très forte immigration, souvent clandestine, en provenance des Comores voisines, qu'il s'agisse de personnes à la recherche d'un avenir meilleur ou de mères venues accoucher. Les Mahorais dénoncent cette immigration clandestine, source selon eux de l'insécurité grandissante, et plus largement des problèmes sociaux et économiques de l'île.

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter