Loin de la campagne, "les Tati" en grève pour sauver leur emploi

LUTTE - Des salariés des magasins de l'enseigne Tati, placée en redressement judiciaire ce jeudi 4 mai, ont protesté devant le magasin historique de Barbès. Ils veulent protéger leurs emplois aujourd'hui menacés.

Entre eux, ils l'appellent "la Paquebot". De tous les magasins Tati, il est le plus imposant, "celui qui tire tous les autres". Celui qui, s'il coule, entraînera les autres établissements dans sa chute. "Le jour où Tati Barbès ferme, on pourra dire que ce sera fini" résume Bernard. Employé de l'enseigne depuis 25 ans, il arbore fièrement un pull siglé "Barbès", de ceux qui, vendus 10 euros en édition limitée, ont fait la fierté des bobos qui ont réussi à mettre la main dessus. Car c'est aussi ça, Tati Barbès : une enseigne symbolique, l'âme de tout un quartier... et un vivier d'emplois aujourd'hui menacés. 


C'est pour ces emplois, et ceux du groupe, mis en danger à travers toute la France, que Bernard et ses collègues ont choisi de manifester, ce jeudi 4 mai, devant les grilles fermées du fameux magasin. Ils sont plusieurs dizaines, accompagnés de délégués CGT, à se serrer sur un bout de trottoir le long du boulevard Rochechouart (Paris 18e), en lisière du métro aérien. Dans tous les esprits flotte encore ce matin le débat de la veille qui, à quelques jours du second tour de l'élection, a vu s'opposer Emmanuel Macron et Marine Le Pen. Tous les deux, dans le cadre de leur campagne d'entre-deux-tours, sont allés rendre visite aux salariés de l'usine Whirlpool Amiens, elle aussi menacée de fermeture. Mais leur absence, ce jeudi à Barbès, est pour les grévistes de Tati lourde de sens. "Ils sont où Macron et Le Pen ? On les a vu débattre hier mais aujourd'hui il n'y a personne" lancent plusieurs salariés.

Personne, sauf Philippe Poutou, ex candidat à l'élection présidentielle, qui a répondu présent devant le risque d'une nouvelle casse sociale. Tati, à l'image des autres sociétés du pôle Agora distribution, propriété du groupe Eram, est en effet en cessation de paiement depuis une semaine. Aujourd'hui, le tribunal de Bobigny a annoncé sa mise en redressement judiciaire. Depuis 2013, après une brève amélioration, l'entreprise est dans le rouge et connaît de grandes difficultés. En tout, ce sont aujourd'hui  1754 salariés qui risquent leur place, dont 80 environ à Barbès.

Si on est payés au mois d'avril, ce sera déjà bienLes employés grévistes

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Emploi : crise sociale chez les employés de Tati

Aux représentants du personnel, la direction a annoncé que sept repreneurs s'étaient d'ores et déjà présentés. Parmi eux, le fondateur de Gifi et un consortium de trois magasins. Mais seront-ils en mesure de sauver tous les emplois Tati ? Ou bien privilégieront-ils la vente "à la découpe" des différents établissements, laissant automatiquement certains postes de côté ? Contacté par LCI, Michel Rességuier, patron d'Agora, "comprend les inquiétudes" des grévistes. Il nous confirme que les "sept offres de reprise sont pour l'instant toutes partielles". Et qu'elles ne pourraient reprendre, aux dernières nouvelles, que les deux tiers des emplois actuels."On va faire mieux" promet le patron. "Il va y avoir plusieurs vagues de cessions au cours desquelles nous chercherons des solutions pour les autres. Cela ne veut pas dire que 100% des emplois seront sauvés, mais c'est l'objectif."


"On est dans le flou" répétent de leur côté les employés grévistes. "Si on est payé au mois d'avril, ce sera déjà bien." En effet, dans ce contexte agité, les travailleurs assurent ne pas avoir encore reçu leur paye du mois d'avril. Et si Michel Rességuier nous assure que les virements sont partis ce jeudi après-midi, des questions subsistent parmi les salariés. "On a une famille à faire vivre, un loyer à payer, des crédits à rembourser. Comment on s'en sort, nous ?" s'interroge Liz, salariée de Tati Barbès depuis treize ans, qui dénonce aussi les conditions de travail à l'intérieur du magasin. "On fait le travail de trois personnes" nous dit-elle. "On est à la vente, à la caisse, au rangement, à l'accueil... tout ça pour un Smic." Malgré tout, Liz, qui figure parmi les meneuses du mouvement de contestation, l'assure : "Si on se bat aujourd'hui, c'est aussi parce qu'on aime Tati. On aime son histoire, on aime sa place dans le quartier. Bien sûr on veut sauver nos emplois, mais on veut aussi sauver Tati." 

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