De plus en plus infantilisés ? En France, les salariés sont de moins en moins autonomes

De plus en plus infantilisés ? En France, les salariés sont de moins en moins autonomes

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TRAVAIL - La dernière enquête "Conditions de travail" montre que certaines contraintes psychosociales diminuent, comme la charge mentale, les horaires, les comportements hostiles. En revanche l’autonomie des salariés recule.

L’impression d’être dans des cases, de ne plus pouvoir penser par soi-même, de devoir en passer à chaque fois par des process très compliqués, c’est l’impression qui semble saisir de plus en plus de salariés, et est confortée par la dernière enquête de la Dares (Direction de l’animation de la recherche des études et des statistiques) sur les évolutions des conditions de travail et des risques psychosociaux en 2016. 


Elle montre que l’autonomie et les marges de manœuvre des salariés dans leur travail continuent de décliner. Un mouvement de fond, entamé depuis 1998, parallèlement à la montée des normes et standards, et qui concerne toutes les catégories socioprofessionnelles, y compris les cadres. Le travail est en effet plus normé, avec un "reporting" constant.

L’étude indique ainsi que les salariés sont de moins en moins nombreux à "choisir eux-mêmes la façon d’atteindre les objectifs fixés" et à "ne pas avoir de délais ou à pouvoir faire varier les délais fixés". 


Le travail tend aussi à devenir plus répétitif : 43 % des salariés déclarent "répéter continuellement une même série de gestes ou d’opérations" contre 41 % en 2013 et 27 % en 2005. Les employés administratifs et les ouvriers y sont plus exposés. C’est pour les ouvriers non qualifiés que la hausse est la plus significative en 2016 (+ 6 points). Et les rythmes restent tendus : de plus en plus souvent, la tâche à accomplir est à faire dans la journée (passant de 46% salariés en 2013, à 48% en 2016).

Des contraintes de vigilance

Est-ce lié ? Il apparait que la charge mentale du travail est en baisse. En 2016, 44 % des salariés déclarent "devoir penser à trop de choses à la fois" contre 49 % en 2013. Ce recul s’observe pour toutes les catégories socioprofessionnelles, particulièrement pour les ouvriers qualifiés (-7 points), les professions intermédiaires et les cadres (- 6 points). Ces derniers restent néanmoins les plus nombreux (57 %) à devoir "penser à trop de choses à la fois".


D’autres indicateurs sont à la hausse, notamment ce qui est appelé "les contraintes de vigilance", qui continuent de s’accroître : en 2016, 43 % des salariés déclarent ne pas pouvoir quitter leur travail des yeux, soit quatre points de plus qu’en 2013. Le travail dans l’urgence continue à augmenter et particulièrement pour les femmes : elles sont plus nombreuses à "devoir fréquemment abandonner une tâche pour une autre plus urgente" (68 % en 2016 contre 65 % en 2013). Cette hausse s’observe surtout pour les employés administratifs (+3 points), les professions intermédiaires et les employés de commerce et de services (+2 points). 

Moins de comportements hostiles

A l’inverse, d’autres points de vigilance sont stables ou diminuent.  Les tensions dans les rapports avec les collègues ou le supérieur hiérarchique sont stables entre 2013 et 2016, après une hausse entre 2005 et 2013. Surtout, le sentiment de reconnaissance s’améliore : les salariés sont moins nombreux en 2016 (24 %) qu’en 2013 (29 %) à estimer que leur travail n’est pas reconnu à sa juste valeur. Mieux encore, les situations de violence morale ou comportments hostiles, bien que demeurant encore très fréquentes, sont en recul : en 2016, 30 % des salariés disent avoir subi un comportement hostile dans leur travail au cours des 12 derniers mois, contre 37 % en 2013 (4). 


Ces comportements hostiles, qui vont de l'indifférence systématique à des critiques injustes, humiliations, moqueries, propos obscènes ou dégradants, ou encore des propositions insistantes à caractère sexuel, sont "plus fréquents dans les contextes de changement important de l'environnement du travail", remarque la Dares. C'est le cas, par exemple, en cas de changement technique, d'organisation, de direction, ou encore de rachat d'une entreprise ou de plan social. La forte baisse de ces comportements peut donc être mise en relation avec le ralentissement des changements organisationnels ou avec une "plus grande attention" portée par les salariés.

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