"Les pessimistes votent FN, les optimistes Macron" : et si le bien-être jouait sur le vote ?

"Les pessimistes votent FN, les optimistes Macron" : et si le bien-être jouait sur le vote ?
SOCIÉTÉ

HUMEUR - Dans une étude publiée fin avril, le Cevipof s’interroge sur les liens entre le sentiment de bien-être, dans son quartier ou à l'avenir, et le vote. Certaines tendances franches apparaissent.

Vous êtes d’une nature optimiste ? Vous votez sans doute Macron. Plutôt pessimiste ? Il y a des chances pour que vous penchiez pour le FN. Non, il ne s'agit pas l’horoscope de la semaine, mais des conclusions d’une très sérieuse enquête réalisée par l’Observatoire du bien-être et le Cevipof, qui se sont amusés à croiser les données pour répondre à cette question : est-ce que le bien-être influence sur le vote ? Et il apparaît clairement que oui. Selon les résultats de la consultation, la France pessimiste voterait FN, la France optimiste Macron. Aussi simple que ça.

En fait, on peut désormais dire qu'il n’y a pas que l’idéologie dans la vie, il y a le bien-être, aussi. Les traditionnelles catégories socio-économiques et géographiques qui, par le passé, permettaient de comprendre la nature des électorats - notamment FN - ne suffisent plus. Notamment pour expliquer la forte pénétration du vote frontiste parmi des couches de la population très disparates que sont les jeunes, la classe moyenne ou la France périphérique et péri-urbaine. "Leur point commun : le mal-être et le pessimisme", indique l’étude, publiée à quelques jours du 1er tour des élections présidentielles. "Le vote Front national n’est plus celui des classes populaires mais des classes malheureuses." C’est en fait ça, le point commun des électeurs frontistes : "Un niveau de mal-être déclaré et de pessimisme face à l’avenir beaucoup plus élevé par rapport à celui des électeurs des partis traditionnels."

Macron, Fillon et Hamon chez les optimistes

Plusieurs jeux d’études ont été croisés pour parvenir à cette affirmation : les données de l’Observatoire du bien-être du Cepremap (Centre pour la recherche économique et ses applications), celles de l’Insee, ou encore l’enquête ENEF (enquête électorale française) du Cevipof, portant sur 17.000 personnes. 

Ils révèlent assez vite que, suivant les niveaux de satisfaction de vie et de satisfaction par rapport aux perspectives futures, les sondés ne penchent pas pour les mêmes candidats. "Les individus les moins satisfaits de leur vie actuelle et les plus pessimistes pour leur avenir expriment plus fortement une intention de vote en faveur de Marine Le Pen, puis pour Jean-Luc Mélenchon", résume l’étude.  Ceux qui sont en revanche les plus satisfaits de leur vie actuelle et les plus optimistes "ont davantage l’intention de voter Emmanuel Macron prioritairement, suivi de François Fillon et Benoît Hamon." Et ce, indépendamment du niveau de revenu. "Que l’on dispose d’un revenu élevé ou bas, que l’on soit employé, chômeur ou retraité, que l’on soit ouvrier, employé ou cadre moyen, la probabilité de voter en faveur de M. Le Pen est de même ordre de grandeur et augmente avec le niveau de pessimisme."  

Cette tendance des individus se retrouve à l’échelle des communes : plus les villes ont un bien-être subjectif haut, moins le vote FN est élevé. En clair, le bien-être est une sorte de rempart contre les extrêmes :  une commune ayant un point de bien-être subjectif de plus qu’une autre aura un score électoral du FN inférieur de 10 points de pourcentage aux élections présidentielles de 2012. 

Comment expliquer, alors, cette relation entre le vote extrême et la France qui gronde ? Les auteurs avancent une "crise des aspirations", une crainte de l’avenir et des perspectives qui l'accompagnent et qui aurait débuté avec la crise économique de 2008-2009, touchant d’abord les individus les moins diplômés, et jouant sur leur vision du futur, avant de s’élargir à tous, quel que soit le niveau d’éducation qui protège pourtant des votes extrêmes. "Après dix ans de crise, l’électorat du Front national est celui qui a perdu espoir dans son avenir et dans celui de ses enfants", analyse le rapport. "La crise des aspirations gagne des électorats très divers, bien au-delà des classes populaires et des classes moyennes, et est renforcée par un fort sentiment de dégradation du lieu de résidence."  La perception du cadre de vie joue en effet également un "rôle particulièrement important", comme le montre ce graphique, qui représente l’estimation de l’évolution du quartier, en fonction des intentions de vote au premier tour de l’élection présidentielle.  

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Les individus qui se déclarent proches du Front National sont aussi ceux qui sont "bien plus enclins à penser que la qualité de leur quartier s’est dégradée au cours du temps". 

"Le vote FN n’est plus celui des classes populaires, mais des classes malheureuses et pessimistes", conclut le rapport. "A l’inverse, Emmanuel Macron capte l’électorat optimiste."

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