Débat sur la fessée : "On ne frappe pas son voisin ou son collègue de travail, pourquoi le faire avec son enfant ?"

Débat sur la fessée : "On ne frappe pas son voisin ou son collègue de travail, pourquoi le faire avec son enfant ?"

INTERVIEW - La Fondation pour l’Enfance lance ce mardi une nouvelle campagne nationale contre les "violences éducatives ordinaires", telles que les fessées ou les gifles. Pour le Dr Gilles Lazimi, l'un des coordinateurs du dispositif, ces châtiments ont de réelles conséquences sur le développement de l'enfant.

Faut-il donner la fessée à son enfant ? Le sujet avait déjà défrayé la chronique il y a un peu plus d'an au moment du vote de la loi Egalité et citoyenneté qui prévoyait, entre autres, le refus des violences corporelles commises par les parents envers les enfants. Cet article, voté définitivement au Parlement le 22 décembre 2016, avait complété la définition de l'autorité parentale dans le Code civil, en excluant "tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux violences corporelles".

Mais quelques semaines plus tard, le Conseil constitutionnel l'avait censuré pour des raisons de forme, précisément en raison de vices de procédure législative. Dans leur saisine, les sénateurs LR avaient contesté "l'interdiction des fessées des parents données à leurs enfants". Les partisans, de leur côté, dénonçaient des gestes avec des conséquences sur "la santé physique et mentale" des enfants. 

Ce mardi, la Fondation pour l'Enfance lance une nouvelle campagne nationale de sensibilisation "aux effets et conséquences des violences éducatives ordinaires sur le développement de l'enfant". Pour mieux en comprendre les enjeux, nous avons interrogé le docteur Gilles Lazimi, un des coordinateurs de cette campagne.

Lire aussi

LCI.fr : Quel message voulez-vous faire passer à travers cette nouvelle campagne ?

Dr. Gilles Lazimi : Nous voulons parler des ‘violences éducatives ordinaires’ (humiliation, cri, fessée, gifle, chantage, pincement...), dire que ce sont des méthodes obsolètes d'un autre monde et montrer qu'elles ont une incidence directe sur la santé de l'enfant. Les mots blessants et les coups vont marquer un enfant pour longtemps. Cela peut altérer sa capacité à penser, à réfléchir, à gérer ses relations avec les autres mais aussi provoquer du stress ou de l'anxiété quand il sera adulte.

LCI.fr : Que préconisez-vous ?

Dr. Gilles Lazimi : Comme pour les adultes ou les animaux, nous souhaitons la création d'une loi qui interdise toutes formes de violences envers les enfants. Aujourd'hui, la France est l'un des rares pays d’Europe où il n’y a pas de loi à ce sujet. La Suède interdit les violences éducatives ordinaires depuis 1979. Et on y observe moins de tentatives de suicides, moins d’acte de délinquance et une consommation de drogues en baisse. L'an dernier, la loi a été retoquée par le Conseil constitutionnel pour des raisons de forme et non de fond, mais la France est prête à ce que cela soit mis en place. Maintenant, nous attendons avec impatience une parole du ministère de la Santé et une proposition de loi bienveillante.

LCI.fr : Comment convaincre les parents réfractaires ?

Dr. Gilles Lazimi : Il ne faut pas culpabiliser les parents. C'est pour cela que nous voulons une loi symbolique et non pénalisante. Il faut avant tout qu’ils comprennent les dangers des châtiments corporels et se mettent systématiquement à la place de l’enfant. 90% des parents sont bienveillants et veulent le bien de leur enfant. Mais il faut leur dire que frapper leurs enfants ne les fera pas grandir. On ne frappe pas son voisin ou son collègue de travail, pourquoi le ferait-on avec son enfant ?

En vidéo

ARCHIVE - Laurence Rossignol sur le rejet de l'interdiction de la fessée : "Ils n'ont pas de quoi être fiers"

Les deux films de la campagne de prévention de la Fondation pour l'Enfance sont diffusés sur les chaînes de télévision des groupes TF1, France Télévision, Canal + et LCP ainsi que sur internet à partir de ce mardi 16 janvier.

Sur le même sujet

Les articles les plus lus

Covid-19 : que sait-on des symptômes du variant Omicron ?

EN DIRECT - Covid-19 : près de 32.000 cas ces dernières 24 heures

VIDÉO - Victime de violences conjugales, Camille Lellouche se livre dans "Sept à Huit"

"Ça ne finit pas de tomber" : la galère des automobilistes bloqués par la neige sur l’A89

VIDÉO - Sur les côtes anglaises, les habitants assistent consternés à l'arrivée de centaines de migrants

Lire et commenter
LE SAVIEZ-VOUS ?

Logo LCI défend l'ambition d'une information gratuite, vérifiée et accessible à tous grace aux revenus de la publicité .

Pour nous aider à maintenir ce service gratuit vous pouvez "modifier votre choix" et accepter tous les cookies.