Terrasses bondées : faut-il déjà s'inquiéter d'une reprise de l'épidémie ?

Terrasses bondées : faut-il déjà s'inquiéter d'une reprise de l'épidémie ?

COVID-19 - Les images de Français massés sur les terrasses pour fêter leur réouverture mercredi ont fait le tour des réseaux sociaux avec, à la clé, des débordements dans certaines villes. Le déconfinement s'amorce-t-il de la mauvaise façon ?

Quel bilan tirer du coup d'envoi de cette deuxième étape du plan de déconfinement en France ? Les terrasses des cafés et restaurants n'ont pas désempli mercredi, jour de leur réouverture après plus de six mois sans y voir un seul client attablé. Mais le plaisir non dissimulé des Français de renouer avec leurs habitudes et un peu de liberté s'est souvent accompagné d'un non-respect du protocole sanitaire pourtant toujours en vigueur.

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Entre tables bondées, distanciation sociale et port du masque non respectés et fêtes improvisées après le couvre-feu, des images ayant fait le tour des réseaux sociaux ces dernières heures ont de quoi interpeller. Dans certaines villes en proie à des débordements, comme Bordeaux, Paris, Rennes ou Marseille, les forces de l'ordre ont été contraintes d'intervenir. Doit-on y voir le signe d'un relâchement inquiétant sur le front de l'épidémie ?

Castex en appelle à "une discipline collective"

S'il est beaucoup trop tôt pour le dire, le Premier ministre Jean Castex a toutefois tenu à lancer jeudi un "appel à la responsabilité" des Français. "C'était la réouverture, on peut comprendre qu'il y a eu un engouement, mais j'appelle tout le monde, c'est notre intérêt commun, à respecter les règles", a rappelé le chef du gouvernement lors d'un déplacement à Blois où il a visité plusieurs commerces qui ont rouvert mercredi. "Personne ne veut fermer les terrasses, ce n'est pas l'objectif. L'objectif, c'est d'y arriver. On va y arriver. Ça suppose une discipline collective", a-t-il mis en garde, estimant ledit objectif "à la portée" des Français.

La veille déjà, en marge de ces réouvertures tant attendues, Emmanuel Macron avait lancé un appel à la prudence depuis Troyes (Aube), craignant un possible relâchement des mesures sanitaires. "Aujourd'hui, on peut être raisonnablement confiant, mais il faut tous rester vigilants, parce qu'on a une part de la clef du succès", a déclaré le président face à la presse,  soulignant que "ce n'est pas la bamboche du jour au lendemain", et que "la priorité était le retour à la vie normale".

Ce jeudi à Nantes, le ministre de l'Intérieur Gérald Darmanin a en tout cas demandé aux forces de l'ordre une "grande fermeté pour ceux qui ne respecteraient pas le couvre-feu". Et de faire valoir : "Il faut respecter les gestes barrière, il faut respecter les horaires de ce couvre-feu et il faut respecter les jauges que nous avons mis en place."

"Tiendra-t-on ainsi ?"

Mais qu'en pensent les soignants alors que même en baisse, les chiffres de l'épidémie restent toutefois élevés, particulièrement dans certaines régions, avec notamment, un taux d'occupation des services de soins critiques qui dépasse toujours les 100%. "Sentiment mitigé quand je vois les gens heureux de se retrouver en terrasse, mais vraiment très proches les uns des autres. Tiendra-t-on ainsi ?", s'est interrogé sur Twitter le président de la commission médicale des Hôpitaux de Paris, Rémi Salomon. "Ne faudrait-il pas être plus prudent et garder un peu plus de distance au risque d'un retour en arrière qui serait dramatique ?"

"Je crois qu'on doit avoir à l'esprit que la France a une stratégie de 'vivre avec le virus vivre', on en voit les avantages depuis hier, on en connait aussi les risques", a de son côté commenté Djillali Annane, chef du service de réanimation de l'hôpital Raymond-Poincaré de Garches, ce jeudi sur LCI, jugeant qu'"il faut faire attention à ne pas faire tomber trop vite les gestes barrières". Et d'insister : "lorsque la majorité des gens de moins de 50 ne sont pas vaccinés, ça veut dire qu'il faut être vigilants sur les gestes barrières lorsqu'on est proche les uns des autres et il vaut mieux porter le masque". 

Pour autant, le médecin a fait part de compréhension face aux images de terrasses bondées de la veille. "C'est le premier jour, c'est un peu un moment de libération, c'est important que chacun puisse profiter le plus possible de cette journée de délivrance".

"Franchement, ce n’est pas très bon..."

Mercredi, d'autres soignants avaient commenté cette journée de réouvertures, rappelant l'enjeu. "Si on veut s’offrir un bel été et voir cette courbe de nombre de cas du coronavirus continuer à baisser, il faut faire un effort", avait notamment rappelé sur LCI professeur Arnaud Fontanet, épidémiologiste et membre du Conseil scientifique, appelant à la prudence. "Les gens vont retrouver des gens qu’ils ne croiseraient pas normalement, ils vont se donner rendez-vous. Tout ça va faire circuler le virus. Franchement, ce n’est pas très bon…", a analysé pour sa part l’épidémiologiste Catherine Hill auprès du Parisien.

"La situation épidémique est encourageante, mais fragile parce qu'on est à un niveau élevé de contaminations", avait encore estimé le professeur de santé publique Philippe Amouyel sur RTL, appelant de son côté "à se libérer avec un peu de retenue". 

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Interrogé par BFMTV, Gilles Pialoux a comparé ce déconfinement à une "liberté conditionnelle" du fait d'une situation épidémique encore fragile dans l'Hexagone. "J'ai regardé hier où on en était le 19 mai 2020 : il y  avait deux fois moins de personnes en réanimation, deux fois moins de taux de positivité et moins de patients hospitalisés" qu'aujourd'hui, explique le chef du service des maladies infectieuses à l'hôpital Tenon qui n'exclut pas un retour "dans le mur à l'été ou à l'automne"

Anne-Claude Crémieux, professeure spécialiste de maladies infectieuses à l'Hôpital Saint-Louis à Paris abonde sur Franceinfo : "Il ne faut absolument pas baisser la garde."  

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