Dédoubler les classes de CP en REP+, est-ce (vraiment) une bonne idée ?

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DÉCRYPTAGE - Les effectifs des classes de CP dans les écoles situées dans les quartiers très défavorisés (dits REP+) vont être réduits à 12 élèves dès cette rentrée. Mais la réduction de nombre d’élèves par classe est-il forcément synonyme de réussite scolaire ?

Lors de cette rentrée, environ 2500 classes de CP avec un effectif de 12 élèves vont voir le jour dans les écoles de quartiers très défavorisés (dits REP+). C’était l’une des mesures phares d’Emmanuel Macron lors de la campagne présidentielle afin de prévenir l’échec scolaire. A terme, toutes les classes de CP et CE1 en REP et REP+ seront concernées dans cette disposition. 


Le monde enseignant a globalement toujours été favorable à une réduction des effectifs dans les premières classes. Plus il y a d’élèves dans une pièce, surtout s’ils sont en difficulté, plus le bon déroulé du cours est compliqué. Dans le passé, plusieurs tentatives de dédoublement de classe ont déjà été menées. En 2002, Luc Ferry, alors ministre de l’Éducation nationale, décide de réduire le nombre d’élèves en CP dans certains établissements situés en zone sensible. Sauf qu’un rapport sur l’efficience de ce dispositif conclut à l’époque "à un intérêt pratiquement nul".

Il faudrait que les élèves restent deux ou trois années dans une classe réduitePascal Bressoux, chercheur au Laboratoire des Sciences de l'Education

Ce rapport sera toutefois sujet à caution en raison des biais méthodiques. Depuis, la majorité des recherches effectuées sur la réduction des effectifs dans les classes indique qu'une telle mesure présente en réalité des effets bénéfiques pour les élèves. C’est en tout cas la conclusion du rapport Monso (réalisé en 2014) qui synthétise les nombreux travaux nationaux et internationaux sur la question. "Un nombre d’élèves par classe plus faible semble permettre une meilleure réussite scolaire. Les travaux récents sur données françaises consacrés à l’impact de la taille des classes sur la réussite scolaire ont tous abouti, quoiqu’avec des nuances, à ce constat", peut-on lire.


Toutefois, les conditions dans lesquelles sont mis en place les dédoublements de classe ont une importance prépondérante sur la réussite des élèves. Selon Pascal Bressoux, chercheur au Laboratoire des Sciences de l’Éducation basé à Grenoble, "il faudrait que les élèves restent deux ou trois années dans une classe réduite. Il faut donc garder ces tailles de classes en CP et CE1 et, dans l'idéal, aussi en CE2", expliquait-il fin juin dans la Lettre de ToutEduc, site d’information des professionnels de l’éducation. 

Autre élément influent, le niveau de formation des enseignants. En clair, faire cours à un petit nombre d’élèves ou face à un effectif plus traditionnel (20 ou 25 élèves) ne se fait pas de manière identique. Eric Charbonner, analyste sur les questions d’éducation à l’OCDE, suggère de s’inspirer des pays qui ont adopté le dédoublement depuis déjà plusieurs années, comme la Norvège ou la Finlande par exemple. 


"Dans ces pays-là, on forme mieux les enseignants. On les prépare à travailler avec des groupes réduits et à utiliser le numérique. Si on reste purement dans une réforme quantitative, c’est-à-dire diviser la taille des classes par deux ou par trois, on peut douter du bénéfice de ces réformes", assure-t-il. 

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Blanquer justifie le dédoublement des classes de CP en REP+

Pour éviter cet écueil, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, a insisté ce mardi matin sur le rôle clé des enseignants. "Nous avons tous raison de penser qu'il faut diviser les classes par deux mais en plus il faut évidemment de la qualité pédagogique, ça passe par des professeurs expérimentés et une formation réussie". Si la présence de professeurs expérimentés dans le corps enseignant est une évidence, l’absence d’une formation adaptée est, pour le moment, tout aussi patente.

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