Délit d'entrave - "On ne regrette jamais d’avoir un bébé, tu m’entends ?" : on a appelé IVG.net

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IVG - Jeudi 1er décembre, le gouvernement se lance dans l'élargissement du délit d'entrave à l'interruption volontaire de grossesse. Une dérive symbolisée par le site IVG.net, pseudo-"plate-forme" de renseignement sur l'avortement particulièrement bien référencée que nous avions testée.

Cela fait plusieurs mois que l'IVG est intégralement remboursée, des consultations jusqu'à l'acte en lui-même. Jusqu'au 1er avril, seul l'avortement en tant que tel était pris en charge à 100% par la Sécurité sociale.


Un avancement pour le droit des femmes à disposer de leur corps, que vient toutefois nuancer la question de l'accès à l'information sur l'avortement, toujours posée, et auxquelles s'attaque le gouvernement ce jeudi 1er décembre, en débattant d'une proposition de loi sur le délit d'entrave. Un combat symbolisé par le bon référencement dont bénéficie sur Google le site ivg.net. Un temps devancé par le site dédié du gouvernement dans le classement des recherches "IVG", il est aujourd'hui repassé devant et continue de dispenser des conseils "pro-vie" aux jeunes femmes cherchant de l'aide pour avorter. 

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Pour cette occasion, nous republions l'enquête que nous avions menée à l'époque, nous faisant passer pour une jeune femme cherchant des informations sur l'avortement :



Imaginez. Vous êtes une jeune femme, vous venez de découvrir que vous êtes enceinte mais vous n'êtes pas sûre de vouloir garder le bébé. Sur Internet, vous tapez "IVG" pour vous renseigner. En premier résultat, Google vous propose ivg.net, "Centre national d’écoute anonyme et gratuit" comme l'annonce la bannière d’accueil. "Vous êtes enceinte… vous avez des questions ? Ne restez pas seule !" peut-on lire encore, à côté d'un numéro Vert. A première vue, tout cela semble très sérieux.

Mais très vite, les illustrations de femmes éplorées et les témoignages catastrophes annoncent la couleur : IVG.net est tenu par le Centre de documentation médicale sur l'avortement, une association anti-IVG, qui avance masquée sous l’apparence officielle d’une plate-forme de conseils. Dans la rubrique "Santé", le détail, pour le moins alarmiste, des risques liés à l’IVG figure en bonne place : "Avortement et taux de mortalité chez les femmes", "risques psycho-comportementaux après une IVG", "dépression clinique à la suite d’un avortement" sont autant d'articles disponibles à la lecture.

"Le préservatif, ce n'est pas efficace"

Pour montrer ce à quoi sont confrontées les femmes qui hésitent à se faire avorter et qui font confiance à Google, nous avons appelé le numéro vert d’ivg.net et nous nous sommes fait passer pour l’une d’entre elles. Nous devenons donc Sophie, la vingtaine, vendeuse en magasin, qui a constaté la veille que son test de grossesse était positif. "Je voudrais savoir comment on fait pour avorter. Avec mon copain, ce n’est pas sérieux et je n’ai pas envie de faire un bébé avec lui", précisons-nous pour présenter notre situation.


Au bout du fil, une dame, d’un certain âge, en voiture ou dans la rue. Il y a du bruit autour d’elle. Première observation : ce numéro vert ne renvoie visiblement pas vers un centre d’appel, mais vers le téléphone portable d’un particulier. La discussion débute sur le moyen de contraception utilisé. Nous invoquons un oubli de pilule. Voici ce qu’on nous rétorque, tutoiement compris : "Tu es sous pilule ? Ah mais tu sais, les pilules micro dosées, on a plein de bébés avec ça ! Ce n’est pas efficace. La société nous dit que ça fonctionne, mais ce n’est pas vrai. Tout ça, c’est une histoire de fric, ça va dans le sens des laboratoires. C’est comme le préservatif, ça ne fonctionne pas. Moi, je conseille les méthodes naturelles. Une femme, avec un peu d’entraînement, elle sait quand elle ovule."

"Regarde-toi dans la glace"

Après ce premier laïus, notre interlocutrice revient sur notre cas. "Est-ce que tu as envie d’avoir un bébé plus tard ?" nous demande-t-elle. "Parce que tu sais, tu peux le faire toute seule au début et trouver un mec après. Avoir un bébé, ça aide à trouver quelqu’un de sérieux, parce que ça empêche de coucher à droite, à gauche. Tu peux même tester ton copain. S’il te demande d’avorter, alors ce n’est pas un mec bien." Et l’argument de Sophie, selon lequel elle ne se sent pas prête à fonder une famille avec ce garçon de passage ? Bizarrement, il est passé aux oubliettes.


Avant de raccrocher, la discussion prend un tour pour le moins intimidant, mais toujours sur un ton doux et maternel. "Ecoute-moi, Sophie. L’avortement, c’est très dur. Ça fait très mal. Par voie médicamenteuse, tu perds le bébé dans les toilettes et tu le vois. Par aspiration, on écrase le bébé avant de l’aspirer. On n’oublie jamais ça. Il faut que tu te regardes dans la glace et que tu te demandes si tu es prête à le supprimer. On ne regrette jamais d’avoir un bébé, tu m’entends ?"

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Pour seul conseil, on nous avise de prendre rendez-vous avec un médecin généraliste. Pour le reste, notre "conseillère" nous renvoie vers une autre jeune femme "à qui tout le monde disait d’avorter. Elle a gardé son bébé et maintenant elle est très heureuse." Et de poursuivre : "Elle est sur Paris, justement, tu pourrais la rencontrer et discuter !"


Début 2015, le site Ivg.net  avait été supplanté dans le référencement Google par le site officiel du gouvernement  sur l'avortement. En septembre 2015, un numéro Vert, fiable , a été mis à disposition par le ministère de la Santé. Si vous avez des questions sur l’avortement, préférez composer le 0 800 08 11 11.

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