Démantèlement d’un campement de migrants à Grande-Synthe : l’État a-t-il manqué à ses engagements ?

Démantèlement d’un campement de migrants à Grande-Synthe : l’État a-t-il manqué à ses engagements ?

ÉVACUATION - Alors qu’un important campement a été évacué mardi à Grande-Synthe, des journalistes et associations sur place dénoncent le non-respect par l’État de plusieurs de ses engagements, pris il y a quinze jours par le médiateur.

Plusieurs centaines de personnes, de nationalités irakienne, pakistanaise ou syrienne, ont été évacuées tôt mardi 16 novembre au matin à Grande-Synthe, dans le Nord, alors qu’elles étaient installées dans un campement de fortune. "Sur mon instruction, les forces de l’ordre procèdent à l’évacuation du campement illicite de migrants à Grande-Synthe ce matin. Merci aux policiers et aux gendarmes mobilisés, ainsi qu’aux agents de la préfecture qui assurent leur mise à l’abri", avait communiqué Gérald Darmanin vers 8h, peu après le début du démantèlement.

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Sur place, la presse et les associations ont rapidement été écartées du périmètre par les forces de l’ordre, qui procédaient à l’évacuation. Mais certains expliquent avoir constaté des manquements des autorités à leurs obligations : "Les personnes n’ont pas été mises au courant de l’expulsion, ce qui était pourtant l’un des engagements de l’État", a avancé Louis Witter dans un tweet relayé par un millier de personnes.

"Un arrêt des évacuations par surprise"

Ce photojournaliste indépendant, installé dans le Nord, fait ici référence à la venue, fin octobre, de Didier Leschi, directeur de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii) et désigné médiateur à Calais pour tenter d’y désamorcer les tensions existantes. À l’issue de cette visite, initiée par l’État pour négocier avec des grévistes de la faim qui demandaient l’arrêt des évacuations pendant la trêve hivernale, Didier Leschi s’était engagé le 2 novembre sur plusieurs points : d’abord de proposer systématiquement un hébergement aux personnes évacuées, mais aussi de les informer au moins 24 heures avant un démantèlement prévu et de leur accorder un délai de 45 minutes au moment de l’évacuation, le temps de les laisser récupérer leurs affaires.

Le médiateur s’en était expliqué le 1er novembre dans La Croix : "Je vais aussi proposer qu’il y ait un arrêt des évacuations par surprise, que les personnes soient prévenues en amont et qu’un délai de trois quarts d’heure leur soit laissé pour récupérer leurs effets personnels, y compris leurs tentes. Pour les effets qui ne seront pas récupérés à ce moment-là, nous allons organiser un système de ramassage et de séchage avec une entreprise d’insertion". Concrètement, une maraude de l’Ofii était supposée se déplacer "avant chaque évacuation" pour établir un diagnostic aux côtés des associations.

Des affaires détruites, selon Utopia 56

Or, ces derniers engagements n’ont pas été tenus par les autorités à Grande-Synthe, ni ce mardi, ni six jours plus tôt, lors d'une autre évacuation, avance Utopia 56, sur place. Contactée, l’association confirme les propos du photojournaliste Louis Witter. "Il n’y pas eu d’aide médicale ni de travailleurs sociaux qui sont venus pour informer les gens. Il y avait simplement des rumeurs dans le camp", atteste Marie Chapelle, coordinatrice locale d’Utopia 56. 

L’association a toutefois été mise au courant par des sources, lundi en fin de journée, qu’un important dispositif viendrait évacuer le campement le lendemain matin. Et a ainsi pu prévenir les personnes installées là-bas, sur la base de ces "rumeurs", ainsi que la presse.

"Quand on a des informations, on se rend sur place pour informer les gens, leur expliquer qu’ils ont leurs droits, qu’ils peuvent se déplacer avec leur matériel. Mais on ne peut les prévenir à chaque fois, car on n’est pas toujours informés", détaille la coordinatrice. C’est ce qui se serait passé mercredi 10 novembre, lorsque les forces de l’ordre ont évacué plusieurs centaines de personnes, installées dans un champ de Grande-Synthe. Là aussi, Marie Chapelle dénonce une évacuation par surprise. 

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Mardi midi, "une partie des effets personnels" des exilés était même "en cours de destruction", alors que les évacuations se sont poursuivies jusqu'à 14h, avance aussi l’association sur Twitter. Louis Witter a aussi constaté de son côté la destruction de tentes, "d’abord découpées au couteau par les équipes de nettoyage pour ne pas être réutilisées, avant d’être embarquées". Selon Utopia 56, le délai de 45 minutes devant être accordé par les autorités n’a pas non plus été respecté mardi. "Elles sont sommées de sortir des tentes et partir immédiatement. Elles ne peuvent pas prendre leurs affaires. On ne leur justifie jamais rien." 

Sollicitée, la préfecture du Nord rejette ce dernier élément, sans toutefois apporter de réponse sur les autres manquements évoqués : "L'opération sur site a débuté hier (mardi) à 8h00 du matin et le premier car à quitter le site a démarré à 9h10, soit 1h10 après le démarrage de l'opération", fait-elle valoir. 

Sans davantage répondre aux accusations portées contre elle, la préfecture dressait, mardi en fin de journée dans un communiqué, un bilan de l'évacuation menée quelques heures plus tôt, indiquant que "663 personnes, transportées dans 23 bus" avaient "accepté la mise à l’abri" et que "les mises à l’abri ont été réalisées, à l’écart du littoral, dans des centres d’hébergement répartis dans le Nord, mais également d’autres régions françaises". 

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