Denis Robert : "Clearstream, c'est le rêve de tout journaliste"

Denis Robert : "Clearstream, c'est le rêve de tout journaliste"

DirectLCI
INTERVIEW - A l'occasion de la sortie en salles ce mercredi de L'enquête de Vincent Garenq, avec Gilles Lellouche et Charles Berling, le journaliste Denis Robert revient sur l'affaire Clearstream. Plus de 15 ans après le début de son enquête, il évoque cette machination politico-financière qui a ébranlé la Ve République.

Quel a été le point de départ de votre enquête ?
Tout est parti de ma rencontre avec Ernest Backes (numéro trois de la chambre de compensation internationale Cedel International, basée à Luxembourg et devenu Clearstream ndlr). Après plusieurs rendez-vous avec cet homme, j'ai pris conscience de l'importance de ces chambres de compensation internationales et j'ai compris, contrairement à tout ce qui est dit à l'époque, qu'il y avait une traçabilité des parcours financiers, même s'ils se trouvent dans des paradis fiscaux. Ernest Backes avait en mains des documents très précieux, en l'occurrence, les listings des comptes clients de Clearstream, avec toutes les adresses postales - 16 000 environ. En comparant ces 16 000 adresses avec ce que Clearstream communiquait sur ces clients, on se rendait compte que 8 000 n'apparaissaient jamais. Une sorte de liste noire de la finance avec des sociétés offshore, des paradis fiscaux.

Cela ne vous a pas découragé?
Cela s'est passé en plusieurs temps. Concernant l'enquête financière, je n'étais pas découragé du tout, au contraire, j'avais commencé mon travail en 1999, publié mon livre Révélation$ en 2001 et La boîte noire en 2003 et j'avais des éléments. C'est en 2004-2005 que tout s'est compliqué, quand il y a eu les lettres du corbeau et que je me suis retrouvé dans l'affaire politique. J'étais effaré par ce qui arrivait. Il fallait que j'enquête, que je gratte pour comprendre et témoigner. Clearstream c'est le rêve de tout journaliste, c'est un scoop planétaire, une sorte de Graal.

Pour faire simple, l'affaire Clearstream, c'est quoi ?
Une enquête que j'ai menée de 1999 à 2003 et qui révèle l'existence, au cœur de l'Europe et protégée par un paradis fiscal qu'est le Luxembourg, d'une multinationale de la finance dont une des fonctions est de dissimuler de manière industrielle des transactions financières. Ça c'est la "vraie affaire". Vient ensuite l'autre affaire. Celle dans laquelle des personnes vont subtiliser certains de mes documents et listings pour les trafiquer en ajoutant des noms et pour régler des comptes à la fois dans le milieu de l'armement mais aussi et surtout dans la sphère politique. C'est l'affrontement Sarkozy/Villepin. Pendant plusieurs années les Français vont vivre avec Clearstream sans vraiment se rendre compte de quoi il s'agit. Le film L'Enquête remet les choses à plat et permet de comprendre.

Si c'était à refaire, vous le referiez ?
J'ai beaucoup perdu dans cette affaire : du temps, notamment vis-à-vis de mes enfants, et beaucoup d'argent. En même temps, je suis fier d'avoir tenu le coup jusqu'à ce que la vérité éclate. Depuis trois ans, je suis passé à autre chose.

Pourtant, l'affaire Clearstream reste omniprésente dans votre vie, avec vos livres, ce film, les expositions...
C'est vrai. Mais elle a pris une autre forme. Le public, sidéré de voir que tout ceci est vrai, applaudit aux avant-premières. Dans le film, ce sont les vrais noms qui apparaissent, cela donne une force incroyable à ce récit. Cela met en cause les politiques, qui, à un moment, ne peuvent plus faire comme si cette histoire n'existait pas. Plusieurs politiques sont d'ailleurs venus voir le film, Pierre Laurent, secrétaire national du PCF, Julien Bayou porte-parole d'EELV, Arnaud Montebourg, Aurélie Filippetti et plusieurs députés socialistes.

Des gens de gauche essentiellement... Savez-vous si Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy ont vu le film ?
Je ne crois pas, mais ils pouvaient venir s'ils le souhaitaient. Et maintenant, ils pourront aller le voir en salles.

EN SAVOIR +
>>  L'enquête de Vincent Garenq, avec Gilles Lellouche et Charles Berling en salle ce mercredi
.
>> L'affaire des affaires l'intégrale de Yan Lindingre, Denis Robert . Dessins : Laurent Astier. Éditions Dargaud
>> Exposition Hors-Champ de Denis Robert à la Galerie W, 44 rue Lepic, 75018. Jusqu'au 15 mars 2015.

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter