Derrière la tentative de censure des "Huit salopards", un anti-mariage pour tous

Derrière la tentative de censure des "Huit salopards", un anti-mariage pour tous

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DECRYPTAGE - Depuis 1996, l’association Promouvoir a obtenu l’interdiction aux mineurs de nombreux films, au nom de la lutte contre la violence et la pornographie au cinéma. A l’origine de ces plaintes ? Un fervent pourfendeur du mariage pour tous.

Après "La Vie d'Adèle" et "Antichrist", l'association Promouvoir jette à présent son dévolu sur le dernier film de Quentin Tarantino, "Les Huit salopards". Le 6 février, elle a déposé un recours contre son visa d'exploitation. Le but : élargir l'interdiction - à présent limitée aux moins de douze ans - qu'elle n'estime pas suffisante. 

A l’origine de ce recours? L’association Promouvoir qui, créée en août 1996 à Carpentras (Vaucluse), s’est donnée pour mission de lutter contre la promotion du sexe et de la violence au cinéma. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’elle n’en est pas à son coup d’essai. Cet été, l’association a ainsi obtenu l’interdiction aux moins de 18 ans du film "Love" de Gaspar Noé . A son tableau de chasse figurent également "Ken Park" de Larry Clark, "Baise-moi"  de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi, "Nymphomaniac" de Lars von Trier ou encore "Saw 3D", sorti en 2010. Tous ces films, désormais, sont interdits aux mineurs.

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"Objection de conscience à Christiane Taubira"

L’homme qui se cache derrière ces recours en justice souvent fructueux, on le connaît depuis un moment. Il s’appelle André Bonnet et se présente comme l’avocat et l’un des co-fondateurs de l’association, qui comptabiliserait aujourd’hui, selon ses dires, 350 adhérents et "500 sympathisants". Contacté par metronews en décembre 2015, au moment de sa censure de "La Vie d'Adèle", il se montre "très satisfait" de la décision du tribunal : "Je suis content que les juges aient résisté à la pression des médias. 'La Vie d’Adèle' était seulement interdit aux moins de douze ans !" tient-il à rappeler.

Dans la région Paca, où il vit et travaille, le pourfendeur de la pornographie sur grand écran, catholique traditionnaliste, est bien connu. Candidat aux municipales de 2001 dans le Vaucluse pour le parti de Bruno Mégret (le Mouvement national républicain), André Bonnet délaisse bien vite la politique pour retourner dans les tribunaux. Jusqu’en 2013, il officie à Marseille en tant que vice-président du tribunal administratif, mais finit par en démissionner par "objection de conscience à Christiane Taubira" : "Je pensais être le premier… j'ai été le seul". Un parcours bien ancré à droite que l’avocat assume difficilement. "Tout ce qui est dit sur le caractère idéologique de l’association, qu’on accuse d’avoir des liens avec l’extrême droite, c’est à côté de la plaque", nous assure-t-il. "Parmi les membres de Promouvoir, il y a des partisans Les Républicains, certains peuvent être au Front national, mais nous sommes d’abord des parents qui nous battons pour la protection des mineurs contre la violence, le porno et l’inceste."

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Un pseudonyme ?

Reste qu’une simple recherche sur Internet permet de le retrouver dans une vidéo datant de 2013, filmée au moment du débat sur le mariage pour tous. Invité par Frigide Barjot, l’avocat apparaît… sous un autre nom. C’est donc un dénommé "Patrice André, juriste", qui explique à la tribune que le mariage homosexuel "impose la théorie du gender dans le but de subvertir totalement la société dans laquelle nous vivons." Il ajoute que cette revendication est "comparable à l’instauration du marxisme-léninisme" en son temps.

Deux ans plus tard, le représentant de l’association Promouvoir persiste et signe. Et avance une explication pour justifier l’usage de ce pseudonyme : "En 2007, j’ai créé ce pseudo pour écrire un livre sur la Constitution européenne en parallèle de mes activités de magistrat. Je l’ai simplement gardé au moment de la Manif pour Tous."

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