Des étudiants stagiaires pour informer les touristes en Ile-de-France : "une trappe à précarité", dénonce l'Unef

SOCIÉTÉ
TOURISME - Pour relancer le tourisme en Île-de-France, Valérie Pécresse prévoit, entre autres, de recruter de jeunes étudiants volontaires pour informer les touristes étrangers. Seul hic, ils seront rémunérés comme des stagiaires. Une mesure dénoncée par les principaux syndicats étudiants à LCI.

"C’est une solution de facilité de la part de la région, au détriment des jeunes." Les syndicats étudiants ne mâchent pas leur mots face aux récentes annonces de Valérie Pécresse dans le JDD pour "relancer le tourisme en Île-de-France". La présidente de la région veut mettre en place des "volontaires du tourisme", des étudiants parlant anglais qui "seront déployés sur les principaux sites touristiques" et "chargés d'informer les touristes étrangers". Elle prévoit de les rémunérer "sur la base légale de l'indemnité de stage, soit environ 250 euros net pour 15 jours". Une décision inacceptable pour les syndicats étudiants.


"C’est encore une fois une trappe à précarité pour les jeunes, regrette Lilâ Le Bas, présidente de l'Union nationale des étudiants de France (Unef), interrogée par LCI. Je l’incite plutôt à embaucher des personnes qualifiées, en CDD et correctement rémunérées pour faire ce travail là". Un avis partagé par Jimmy Losfeld, président de la Fédération des associations générales étudiantes (Fage). "Ce que propose Valérie Pécresse me semble plus relever d'un CDD que d’un stage, abonde-t-il. C’est un risque de précarisation pour les jeunes."

On a du mal à saisir quelle sera la plus-value pédagogique pour les jeunesJimmy Losfeld, président de la Fage

Les syndicats s'interrogent également sur la "portée pédagogique" de ce travail. "Le stage dans sa définition doit être intimement lié à une formation. Et là, on a du mal à saisir quelle sera la plus-value pédagogique pour les jeunes", analyse Jimmy Losfeld. Les deux syndicats déplorent également que ces "stages" soient prévus sur les périodes de vacances scolaires. En effet, Valérie Pécresse précise que ces "volontaires du tourisme" seront recrutés "pour les fêtes de fin d'année" et lors des pics de fréquentation touristique. "Les jeunes ont aussi un droit aux vacances, s'insurge Lilâ Le Bas. S'ils travaillent pendant ces périodes, la solution n’est pas de le faire pour des miettes de pain à la fin."


Et les syndicats étudiants ne sont pas les seuls à tirer la sonnette d'alarme. Les guides-conférenciers s'interrogent de leur côté sur la pertinence d'une telle mesure censée, entre autres, "éviter que les touristes ne se perdent". "Le besoin n'est pas là, affirme Cécile Reverdy, guide-touristique à Paris. Les groupes de touristes sont déjà encadrés et les gens qui voyagent seuls ont les informations qu'il faut via internet et le GPS de leur téléphone. Ils ne sont pas perdus." Elle va même plus loin, affirmant  que "c'est de l'argent fichu par les fenêtres". La mesure devrait coûter aux environs d'un million d'euros pour l'année 2017.

Colère des guides-conférenciers

Un constat partagé par Aude Deboaisne, vice-présidente de la Fédération nationale des guides interprètes et conférenciers (FNGIC), pour qui la région n'investit pas au bon endroit. "Plutôt que de faire appel à des stagiaires, qui ne sont pas formés du tout à part le fait de parler anglais et qui ne connaissent pas le patrimoine, il serait plus pertinent de faire appel aux personnes qui se retrouvent au chômage." Elle affirme que sur les 11.000 guides conférenciers en France, seuls 3.000 vivent de leur métier. 


Aujourd'hui, elle dénonce une "uberisation" de ce métier. Et ce n'est pas terminé. "Le gouvernement veut désormais ouvrir la profession de guide-conférencier aux gens titulaires d'un master, peu importe le domaine tant qu'ils justifient d'un an d’expérience sur le terrain. "C'est une dépréciation complète de notre métier", lâche-t-elle. Une manifestation est organisée le 3 novembre prochain à Paris , quelques jours avant une rencontre entre les cinq organisations professionelles de guides-conférenciers et le gouvernement sur ce sujet.

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