Des galettes de mazout sur les plages du Var, marée noire en vue ?

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POLLUTION MARINE - Des galettes d'hydrocarbure ont envahis les plages du Var, dans le sud-est de la France. Si les images sont impressionnantes, faut-il pour autant parler de marée noire ?

C'est en promenant son chien sur la plage que Gérard Alexandre a découvert ces "plaques énormes" d'hydrocarbures. Sa commune, Ramatuelle, fait partie des villes du littoral touchées par la pollution marine causée par la collision entre deux navires au large de la Corse. "J'étais très surpris, ça n'était pas du tout annoncé", nous explique le président des Amis de Ramatuelle. "Mes chaussures étaient maculées de goudron", "ces plaques qui collent, il y en a partout !"


Ces résidus d'hydrocarbures étaient initialement attendus sur les côtes de l'île de Beauté mais les puissants vents en ont décidé autrement. Gérard Alexandre veut relativiser : "Ce n'est rien comparé à ce qui se passe actuellement dans l'Aude", nous confie-t-il, mais la situation l'inquiète forcément. Pas question pour lui de retourner sur la plage, et il regrette qu'aucune information ne circule quant au début de la dépollution.

On ne peut pas parler de marée noireJean-Luc Videlaine, préfet du Var

Au niveau de la Préfecture, on se veut rassurant. "La pollution est sérieuse avec des galettes d'hydrocarbures semi solides sur une bonne longueur du littoral", reconnait le préfet du Var, "mais on ne peut pas parler de marée. D'abord, il n'y a pas de marée en Méditerranée, enfin pas beaucoup, et puis la référence des marées noires, c'est tout ce qui s'est passé depuis 1967 (...) quand des pétroliers étaient éventrés et déversaient leur cargaison. Là on n'est évidemment pas dans le même cas de figure."


"Il n'y a pas de mer moire qui va submerger les côtes", renchérit Nicolas Tamic, responsable opérations du CEDRE (Centre de documentation, de recherche et d'expérimentations sur les pollutions accidentelles des eaux), "on est juste sur des petites galettes de pétrole." "Ce ne sont que 600m3 (d'hydrocarbures) qui sont partis à l'eau, la mer méditerranée elle est grande, donc en comparaison, c'est infime." 


Il cite en comparaison la catastrophe de l'Erika où 20 000 tonnes de pétrole avaient finies dans l'océan. "On parle d'une cuve, ce n'est pas un bateau qui a déversé la totalité de sa cargaison, c'est comme un réservoir de voiture qui se fend et qui répand son pétrole. Ce n'est pas un camion citerne qui se renverse et qui se déverse sur la route", poursuit cet expert. 

Dépolluer prendra du temps

Si "l'activation du plan POLMAR Terre n'est pas fréquente" dans cette région de France, le préfet Jean-Luc Videlaine nous explique qu'elle est automatique quand "il y a plusieurs communes touchées".  Elle ne serait donc pas uniquement liée à l'ampleur de la pollution. "Son but est d'organiser les chantiers de dépollution c'est-à-dire d'en prévoir l'encadrement, le matériel, y compris les protections individuelles pour ceux qui vont opérer sur le littoral ainsi souillé et prévoir les filières d'évacuation des produits polluants récoltés", poursuit-il. "C'est ça qu'on est en train de mettre en place dans la cellule de crise." 


Tout comme l'expert du CEDRE, il se veut confiant en ce qui concerne le nettoyage. "A partir du moment où on aura bien défini l'étendue de la chose et les méthodes de ramassage et de traitement des déchets, ce sera insignifiant pour l'environnement", estime Nicolas Tamic. "L'expérience prouve, y compris dans des pollutions plus intenses, qu'on peut très bien revenir à un état initial après dépollution", explique Jean-Luc Videlaine, "mais ça peut être long". 


Le préfet prévoit "au moins une quinzaine de jours" pour faire le plus gros du nettoyage. "On ne peut pas exclure l'arrivée de nouvelles boulettes", a-t-il dit, confirmant l'arrivée "inquiétante" de boulettes sur trois plages au nord de Porquerolles. Deux experts du CEDRE sont arrivés ce mercredi après-midi pour évaluer les actions à mener. "Nous voulons avoir leur avis parce que - croyez-moi je l'ai vécu ailleurs - le risque, en se précipitant, c'est de mener des actions qui ont des effets nocifs sur l'environnement". Et de citer en exemple des nettoyages de plages lors de la marée noire de l'Erika qui,  en voulant bien faire en récurant les plages de manière brutale, auraient eu des conséquences négatives sur la biodiversité. 


La dépollution ne s’opérera donc pas de manière précipitée. D'autant plus que les plages ne sont pas les seules zones impactées. "On a les rochers et le granit qui sont souillés", indique Raymond Viala, garde du conservatoire du littoral. "Les engins mécaniques ne pourront pas passer donc ce sera un nettoyage manuel qui sera compliqué". 

La mairie de Ramatuelle a porté plainte

Actuellement, une centaine de personnes, agents du département, de la protection civile, pompiers et bénévoles sont à pied d'oeuvre sur la plage de Pampelonne et une quarantaine à Sainte-Maxime et Saint-Tropez. Les autorités rappellent aux habitants de la zone qu'il ne faut pas toucher les plaques à main nues. "C'est du bon sens, il s'agit du pétrole", explqiue le préfet.


Si le maire de Ramatuelle est mobilisé pour retrouver le décor paradisaque des plages de sa commune, il espère bien qu'un coupable sera trouvé.  "J'ai déposé plainte ce (jeudi) matin auprès de la gendarmerie pour pollution et dégradation du littoral de la presqu'île de Saint-Tropez et en particulier Ramatuelle, la plage de Pampelonne", a indiqué Roland Bruno. "Nous avons fait des constats d'huissier et nous tenons une comptabilité précise des dépenses engagées, l'objectif étant que ce soit in fine facturé par celui qui sera reconnu coupable de cette pollution", a ajouté Jean-Luc Videlaine, préfet du Var.

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