Des gendarmes "journalistes" à Notre-Dame-des-Landes ? La polémique symbolique de la bataille d'images de la Zad

Société
BISBILLE - La gendarmerie a assuré qu'aucun de ses collaborateurs n'avaient arboré un brassard presse ces derniers jours, lors de l'évacuation de la Zad de Notre-Dame-des-Landes. Le Syndicat national des journalistes et la Commission de la carte, qui avaient relayé des témoignages allant dans l'autre sens, ont maintenu leur position, en pointant du doigt les conditions générales de travail des journalistes sur place.

Le champ de bataille de Notre-Dame-des-Landes, occupé par 2500 gendarmes depuis le début de la semaine, a-t-elle vu certains de ces derniers usurper la qualité de journalistes ? C'est en tout cas ce qu'a dénoncé la Commission de la carte d'identité des journalistes professionnels, jeudi 12 avril, dans un bref communiqué dans lequel, sur la base de "plusieurs témoignages de journalistes présents lors de l'évacuation de la zone dite de Notre-Dame-des-Landes", elle fait état de "plusieurs membres des forces de l'ordre [portant] sur eux un brassard identifié 'presse'". Un constat qui amène la Commission à dénoncer un "fait qui porte atteinte à la profession de journaliste".

Les "gendarmes-journalistes" impossibles à trouver

La veille, mercredi 11 avril, le Syndicat national des journalistes (SNJ) s'était déjà ému dans un communiqué de ce que "les seuls 'reporters' autorisés à se déplacer sur le site et à filmer les évacuations sont une dizaine de gendarmes dotés de dossards 'Presse' et équipés de caméras". Des accusations qui ont ensuite essaimé sur les sites d'information - Libé, Reuters ou France Info, qui relaie le témoignage d'un correspondant de France 2 certifiant avoir "vu au moins un gendarme avec un dossard presse".

La Commission de la carte et le SNJ se sont toutefois faits rapidement reprendre par la Gendarmerie nationale, laquelle, toujours sur Twitter, assurait, photos de gendarmes dépourvus de dossard ou de brassard presse à l'appui, que "ces gendarmes et personnels civils de la gendarmerie n'ont jamais porté de brassard presse". Et fustigeait par la même occasion des "fake news" et des "rumeurs".

"Aucun de ses militaires et personnels civils ne porte de brassard presse", a poursuivi plus tard le ministère de l'Intérieur dans un communiqué, détaillant ensuite les signes distinctifs de ses équipes de communication, sans laisser le moindre doute sur leur corporation. Sans surprise, la préfète de Nantes Nicole Klein a réitéré les commentaires de sa hiérarchie, ce vendredi en conférence de presse.

Démêler le vrai du faux dans cette histoire s'avère pour le moins délicat, d'autant qu'aucune preuve visuelle de ces fameux brassards ou dossards n'a été diffusée depuis ces accusations.


Interrogée par LCI, Dominique Pradalié, la secrétaire générale du SNJ, s'en remet à la parole des "deux journalistes qui lui ont remonté l'information" : "Ils sont sérieux et dignes de foi". Ceux-la n'ont toutefois pas fourni de photos ou de vidéos permettant de venir appuyer leur témoignage : "Vous savez ce que c'est, on n'a pas toujours le réflexe de tout noter, tout enregistrer. Je les aurais publiés, si j'avais eu ce matériel sous la main", poursuit la journaliste. Contactée, la Commission de la carte nous a renvoyé à son communiqué, rappelant qu'elle n'était "pas chargée d'enquêter".

En 2016, des policiers déguisés en journalistes

Et sur place ? Les journalistes interrogés n'ont pas pu appuyer les dénonciations des deux organismes. Ani Basar, envoyée sur la Zad pour LCI et TF1, indique pour sa part n'avoir rien vu de tel, se rappelant seulement avoir vu "des gendarmes filmer les opérations" et les empêcher de rejoindre certaines zones d'évacuation. Le vice-président du Club de la presse de Nantes-Atlantique Thibaut Dubois n'a pas vu ni entendu parler de telles pratiques, "ce qui ne signifie pas que ça n'existe pas", s'empresse-t-il de préciser, se rappelant que "des policiers s'étaient déguisés en journalistes à Nantes, lors d'une manifestation en opposition à Notre-Dame-des-Landes", en 2016.


Reste qu'au sens du SNJ, ce témoignage n'est qu'un symptôme des "conditions de travail extrêmement difficiles de la presse sur place", dénonce encore Dominique Pradalié. Un épisode de plus dans la "guerre des images" que le gouvernement, les zadistes et la presse se sont livrées depuis le début de l'évacuation, les journalistes critiquant le contrôle que la gendarmerie exerçait sur la liberté d'exercer leur métier ou la mise à disposition d'images tournées par ses services.

Pour Dominique Pradalié, "l'incident des brassards de presse est un point mineur. La vraie histoire, c'est qu'on nous empêche de bosser : les journalistes sont parqués à des endroits par des gendarmes, l'accès aux zones d'affrontement et d'évacuation sont très compliqués. C'est la première qu'on entend ça, moi je n'ai jamais vu ça." Sur place, les témoignages sont contrastés. Si Ouest France a publié une tribune pour témoigner de la facilité que ses reporters avaient eu à couvrir l'événement, un journaliste de France 2 déplorait pour France Info des conditions de travail jamais vues "en 20 ans de carte de presse".  "Ce sont des conditions très difficiles, les accès sont restreints, mais l'accès n'a jamais été totalement impossible", nuance Thibaut Dubois, dont l'association a toutefois dénoncé la violence des interventions après que trois journalistes se sont plaints de blessures.

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